CHAPITRE II
L’habitation de Charles-Qoint à Yuste. — Meubles et objets d’art. — Van Mille. — La maison de l’empereur. — Frais d’entretien. — Manière de vivre de Charles-Quint. — Sou confesseur. — Son goût pour la mécanique. — Sa ponctualité à observer les rites religieux. — Son contentement à Yuste.
La maison de Charles-Quint à Yuste, quoique le plan en eût été fourni par un des meilleurs architectes de l’Espagne, avait peu de droits au nom de palais , sous lequel les moines chroniqueurs avaient l’habitude de la désigner, par respect pour celui qui l’occupait. C’était un bâtiment simple et de très modestes dimensions, élevé sur le flanc escarpé de la montagne et, au midi, adossé au monastère; il ne comprenait que huit chambres, quatre à chaque étage, de grandeur uniforme, longues de vingt-cinq pieds et larges de vingt; toutes s’ouvraient sur des corridors, traversant la maison et aboutissant â deux larges portiques ou galeries, qui la flanquaient à l’est et à l’ouest. Ces galeries touchaient à des terrasses, qu’il avait été facile de disposer sur ce terrain en
pente et que l’empereur orna plus tard de fleurs, de fontaines et de viviers alimentés par les eaux qui descendaient des hauteurs environnantes. Un chemin doucement incliné, approprié h la faiblesse du vieux monarque, conduisait de la terrasse occidentale au jardin , situé plus bas, au pied de l’habitation. Ce jardin, d’une étendue considérable, était séparé du domaine des moines par un mur élevé; on en avait réservé une petite partie pour les légumes destinés à la table royale ; le reste était un parc avec des parterres de fleurs et des allées riantes, ombragées par des orangers, des citronniers et des mûriers, qui, dans ce coin de terre abrité contre les âpres vents du nord, croissaient aussi abondamment que sous des latitudes plus méridionales. Une de ces allées conduisait à un pavillon, d’une construction légère et gracieuse, dont on découvre encore les ruines parmi les décombres qui s’amoncellent aujourd’hui en cet endroit; une autre avenue, bordée de cyprès, finissait à une porte qui s’ouvrait sur la forêt voisine, où paissaient deux vaches qui fournissaient du lait pour l’empereur.
Charles se logea, au second étage, dans une chambre exposée au nord-est et attenant à la chapelle, partie du couvent à laquelle sa maison était adossée. Une des fenêtres de son appartement donnait sur le chœur et, de son lit, le prince voyait complètement le maître-autel ; il pouvait meme, lorsqu’il était malade, assister de cette manière aux services religieux. A l’extrémité opposée du bâtiment, était le cabinet où il passait le jour à traiter les affaires, dont il continuait de s’occuper â Yuste; c’est là aussi qu’il recevait les envoyés et les visiteurs qui venaient lui rendre leurs hommages dans sa retraite.
Les chambres situées au nord devaient être sombres et