‹ Vie de CharlesQuint a YusteChapitre 28 sur 63 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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lion. Après vêpres et avant de se retirer dans sa chambre à coucher, il se faisait servir un souper, où l’on était sûr de voir paraître du poisson indigeste et savamment apprêté.

Un sentiment religieux, malheureusement entaché de fanatisme, formait le fond du caractère de Charles-Quint, comme il le montra dans sa vie agitée d’empereur, non moins que dans sa retraite ; il avait toujours été attentif à observer les cérémonies de l’Église et prompt à saisir toute occasion de témoigner du respect aux ministres de sa religion. Un jour, assistant au service dans la chapelle de l’université d’AIcala, il refusa de monter sur le trône qu’on lui avait préparé et s’assit entre les chanoines, disant « qu’il ne pouvait être mieux placé qu’au milieu de ces savants et respectables prêtres. » Après la mort de l’impératrice, il entendit chaque jour, en particulier, une messe pour elle, aussitôt qu’il était levé, et, après avoir donné audience, il se rendait dans sa chapelle, où l’ollice divin était célébré publiquement. A Yuste, il fit dire quatre messes tous lesjours, deux pour l’àme de ses parents, une pour sa défunte épouse et une quatrième pour lui-même; il était toujours présent à cette dernière. Il semblait constamment désireux de manifester l’ardeur de sa dévotion. Comme, peu de temps après son arrivée, un des moines, intimidé par sa présence, hésitait à l’asperger d’eau bénite, il lui ôta le goupillon des mains et s’arrosa vigoureusement, en lui disant : « Voilà, mon frère, comment vous devez faire à l’avenir, sans aucune crainte. » Le vendredi-saint, les moines réunis pour adorer la croix, virent tout à coup paraître Charles, avec les gens de sa maison qui s’empressèrent, à son exemple, de s’appliquer la discipline. L’empereur permit aux religieux de le précéder, et, quoiqu’il fût si faible qu’on dût le soutenir, il voulut

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assister jusqu’à la fin aux cérémonies célébrées par la communauté, et se prosterna trois fois avant d'embrasser la croix.

* Charles observait aussi ponctuellement que le permettait l’état de sa santé, les fêtes et les jeûnes; ses infirmités toutefois l’exemptaient jusqu’à un certain point de ceux-ci. En 1534, il avait obtenu du pape, Jules III, une bulle qui le dispensait de jeûner, même les malins où il devait communier. Aux termes de celle pièce, « il était délivré de tout scrupule de conscience qu’il pouvait éprouver pour avoir autrefois enfreint, sous ce rapport, des lois de l’Église, auxquelles il était à l’avenir complètement soustrait, » et cette faveur, était-il dit, lui était accordée, « à cause non seulement de sa mauvaise santé, mais du zèle pieux avec lequel il s’était constitué en tout temps le défenseur du catholicisme. •

Mais, si l’empereur était lui-même dispensé des jeûnes, il obligeait les autres à les observer et à remplir exactement tous leurs devoirs religieux. Le mercredi des Cendres, les gens de sa maison devant communier ensemble , on put le voir debout sur les marches de l’autel, regardant s’il n’en manquait aucun. Il leur donnait un exemple édifiant; tous les vendredis du carême, il prenait place dans le chœur, et, les cérémonies finies, lorsque les moines avaient éteint les cierges, il se Ilagellait vigoureusement comme eux, au point de se mettre le dos et les épaules tout en sang. Les disciplines dont il se servait furent soigneusement conservées par Philippe II dans un coffre, avec d’autres objets, précieux souvenirs de la piété de son père, et léguées par ce prince à son fils et successeur, l’imbécile Philippe III.

Assidu aux lugubres cérémonies de l’Église, l’empereur

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