‹ Vie de CharlesQuint a YusteChapitre 37 sur 63 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

reur, sujet dont il s’occupait, parait-il, en ce moment. Mais, lorsqu’il proposa à Charles de lui lire la partie qu'il avait déjà rédigée, celui-ci ne le lui permit pas. « Je ne veux, » dit-il, « ni écouler ni lire ce que l’on a écrit sur moi, d’autres le feront quand je ne serai plus. Mais, si vous désirez des éclaircissements sur quelque point, vous n’avez qu’à les demander et je m’empresserai de vous les donner. » Charles-Quint était exempt de cette mesquine vanité qui parfois rabaisse les caractères les plus nobles; il le prouva un jour à l’iiistorien Avila. Cet homme distingué, qui, après avoir suivi l’empereur dans ses guerres contre les protestants d’Allemagne , avait répandu au loin , par ses élégants Commentaires, la gloire des exploits de son maître, résidait, comme on le sait déjà , dans la ville de Plasencia ; là , retiré des affaires publiques, il passait la ün de sa vie dans l’obscurité, réunissant dans sa demeure de précieux objets d’art et charmant ses loisirs par la composition d’une histoire de la campagne d’Afrique, destinée à servir de complément à ses Commentaires. Cet ouvage, vanté par les critiques du temps qui purent l’examiner, a eu le sort de beaucoup d’autres en Espagne, il est resté manuscrit. Plasencia n’étant qu'à quelques lieues de Yusle, le grand-commandeur fit de fréquentes visites au couvent, où il était toujours sûr d’être gracieusement reçu par son ancien maître. La magnifique maison d’Avila à Plasencia était ornée de plus d’un tableau rappelant les hauts faits de son héros favori; entre autres sujets choisis, on y remarquait la bataille de Renti, peinte à fresque sur le plafond d’une des chambres; cette bataille sanglante étant restée si indécise que, des deux côtés, on s’était prétendu vainqueur. Avila toutefois n’avait point de doutes à ce sujet, et, en véritable hidalgo, il avait fait représenter les

Français mis en déroute et fuyant honteusement, dans toutes les directions, devant les Espagnols victorieux. Cela ne plut nullement à l’empereur, qui, après avoir entendu la description de ce tableau , fit observer au grand-commandeur que « la chose n’était pas ainsi ; que, loin d’avoir été mis en déroute, les Français s’étaient retirés en bon ordre, et que l'artiste ferait bien de refaire son œuvre, pour la rendre conforme à la vérité. »

Personne à Yuste ne s’intéressait aussi vivement que Charles lui-même à la campagne alors ouverte en Picardie. La première chose qu’il faisait le matin, en s’éveillant, était de s’informer si l’on n’avait point reçu de nouvelles du théâtre de la guerre ; il écoutait la lecture des dépêches avec beaucoup d’attention, demandant, lorsqu’elle était finie, s'il n’y avait plus rien et se les faisant souvent relire. Les lettres de son fils lui faisaient toujours grand plaisir, mais il se plaignait quelquefois qu’elles étaient trop courtes; Philippe, en effet , malgré sa déférence pour les désirs de son père, à d’autres égards, montrait une négligence qui était presque de l’ingratitude, en ne fournissant pas h celui-ci les renseignements qu’il réclamait avidement sur la marche des affaires publiques. Le roi n’adressa pas plus de six lettres à l’empereur, à Yuste ; il ne trouvait pas sur le trône autant de temps pour écrire que celui-ci en avait pour lire, dans sa retraite.

Le grand intérêt et même la part active que le monarque prenait à la conduite du gouvernement firent supposer qu’il était sur le point de quitter le couvent et de prendre le commandement de l’armée en Navarre. L’empereur, parait-il, ne fit rien pour démentir ce bruit, jugeant probablement avec Philippe qu’il pouvait avoir un bon effet. Avila fut pris au

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