‹ Vie de CharlesQuint a YusteChapitre 39 sur 63 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

velles les plus satisfaisantes; on apprenait par chaque courrier des succès remportés par le duc d’Albe. Cet habile général avait, grâce à l’argent venu d’Espagne et, en grande partie, procuré par l’empereur, pu réunir des forces assez considérables pour tenir tête à son rival , le duc de Guise. Il s’était donc porté rapidement vers le nord ; à sou approche, les villes conquises par les Français lui ouvrirent leurs portes. Guise n’attendit pas son arrivée, il battit en retraite, et le duc d’Albe lui fit, sans coup férir, repasser les frontières. Il s’abattit alors avec toute son armée sur le territoire pontifical, prenant coup sur coup villes et hameaux; Paul IV, du haut du Vatican, put le voir s'avancer à travers les ruines fumantes de la campagne romaine. Le duc conduisit même ses légions victorieuses jusqu’aux portes de la capitale; il tim , pendant quelques heures , le sort de Rome dans ses mains. Il pouvait, comme le connétable de Bourbon, saccager la ville et répéter une sanglante tragédie, dont le souvenir était resté présent à la mémoire de tous. Une terreur panique s’empara des habitants; avec des cris frénétiques, ils demandèrent à Paul de traiter avec les Espagnols. L’arrogant pontife comprit qu’il serait dangereux de résister au courant et qu’il ne lui restait qu’à se soumettre. Dans ce jour d’humiliation, la clémence ou, pour mieux dire, la superstition de ses ennemis convertit sa défaite eu un triomphe.

Philippe sentait depuis longtemps qu’il n’avait ni honneur ni profit à retirer d’une guerre contre le pape ; l’extrême violence de Paul avait seule pu le forcer de s’engager dans cette lutte, si contraire à la fois à ses principes religieux et à sa politique; c’était comme le champion de l’Église et non comme son agresseur qu’il voulait se présenter devant le

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monde. Leroi, désireux de sortir d’une position embarrassante, avait ordonné au duc d’Aibe de s’arranger le plus tôt possible avec sa sainteté. Aussi , le 14 septembre, un traité fut signé, par lequel il était convenu que toutes les villes conquises sur le territoire pontilical seraient rendues et que le général espagnol demanderait publiquement pardon au pape d'avoir porté les armes contre lui. Ce traité, comme le duc le faisait observer avec amertume, « paraissait avoir été dicté par le vaincu plutôt que par le vainqueur; » mais il fallait obéir aux ordres péremptoires de Philippe, et Paul IV, après tous ses désastres, eut la satisfaction de voir son ennemi à genoux implorer l’absolution de sa faute. « Si j’avais été le roi, » dit le duc, furieux de cette humiliation, « au lieu de faire demander pardon au pape par mon général , j’aurais exigé que sa sainteté envoyât un de ses neveux à Bruxelles pour me faire humblement ses excuses. »

La nouvelle de la paix fut reçue avec joie dans toute l’Espagne, où le peuple semblait désirer aussi vivement que son souverain une réconciliation avec Rome; partout on célébra cet événement par des illuminations, des feux de joie, des sonneries de cloches et des solennités religieuses. Jeanne, avec l’infant don Carlos, assista à deux processions, dont le secrétaire Vazquez parla dans ses lettres à Yuste. Des dépêches, renfermant les articles du traité, furent également adressées à l’empereur, et firent sur son esprit une impression bien différente de celle qu’on avait remarquée dans le public. Charles n’avait jamais partagé les scrupules de son fils au sujet de celte guerre; « elle était juste, » disait-il. « Le pape n'eût pu traiter plus mal Philippe, s’il eût été un hérétique ; celui-ci était irresponsable , devant Dieu et devant les hommes, des suites d’une guerre dans

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