‹ Vie de CharlesQuint a YusteChapitre 40 sur 63 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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laquelle il n’était entré qu’à son corps défendant. » On l’entendait même regretter , lorsqu’il recevait une lettre d’Italie, de n’y pas voir annoncée la mort de Paul ou de ses funestes conseillers, les Caraffa ' ! Si on lui eût appris que Rome avait été saccagée par le duc d’Albe, comme elle l’avait été autrefois par ses propres troupes , sous les ordres du connétable de Bourbon, il eût probablement été moins affligé qu’à la lecture du traité de paix.

A la réception des dépêches , Charles ne put retenir son indignation ; les clauses secrètes, dit-il, n’étaient pas moins scandaleuses que les conditions publiques. Pendant tout un mois, au rapport du majordome, il ne se passa pas un jour où on ne l’entendit murmurer entre ses dents, de manière à montrer son mécontentement. Lorsqu’il fut informé que le duc d’Albe se disposait à quitter Naples et à revenir en Espagne , « sa colère, » écrivait Gazlelu, « fut plus grande qu’il ne convenait à sa santé. » Quelque temps après, le grand-commandeur d’Avila lui apporta une lettre du général, dans laquelle celui-ci exprimait l’espoir qu’il lui serait permis, à son retour, de baiser la main de sa majesté. L’empereur resta silencieux, mais lorsque d’Avila voulut lui lire certains détails communiqués par le duc, relativement au traité, il refusa de l’écouter, disant qu’il en avait déjà trop entendu.

1 » Del Papa y de Caraffa se siente aqui que no haya llegado la nueva de que se han muerto, que es harto dano que se desee esto â un Vicario de Jésus Cristo, y en Espana, y mucho mayor que dé ocasion el Papa para ello. » Carta de Martin de Gaztelu a Vazquez de Molina, 8 de Noviembre, 1558, MS.

Nous reproduisons l’original, n’ayant vu ce passage remarquable cité nulle part, et la lettre où il se trouve n’étant pas dans la collection publiée parM. Gachard.

Le lecteur en sait assez pour comprendre que Charles était injuste dans ses reproches et qu’il eût dû s’en prendre, non au duc qui n'avait fait qu’obéir à des ordres, mais au roi qui avait donné ceux-ci. Cependant il ne lui échappa aucune observation sur la conduite de son fils, et, comme il lui fallait quelqu’un sur qui il pût décharger sa colère, l’homme qui n’avait été, dans cette affaire, qu’un instrument aux mains de Philippe, porta tout le poids de l’indignation de son ancien maître, qui, parait-il, semblait convaincu de sa culpabilité. Lorsque le monarque apprit, peu de temps avant sa mort, que son fils avait fait don au général de cent cinquante mille ducats , « il a fait plus pour le duc, » s’écria-t-il, « que celui-ci n’a jamais fait pour lui. »

Malheureusement, vers le temps où il reçut ces dépêches d’Italie, l’empereur soufîrait d’une attaque de goutte d’autant plus douloureuse peut-être qu’il était resté longtemps sans en éprouver une. Le chagrin causé par de fâcheuses nouvelles aggrava, sans doute, son mal, et ses souffrances physiques ne servirent pas à calmer l’irritation de son esprit; « c’était, » disait-il, « l’accès le plus cruel dont il eût jamais été tourmenté. » Son médecin lui tira, en un seul jour, seize onces de sang, et Quixada, craignant que le tempérament pléthorique de son maître et ses excès de table ne lui devinssent funestes, regretta qu’au lieu de seize onces on ne lui en eût pas tiré trente.

Pour ajouter au découragement de Charles en ce temps, il était exposé à certaines petites contrariétés que l’on ressent parfois plus vivement que des chagrins d’une nature plus sérieuse. 11 paraît que les habitants du village de Cuacos étaient de rudes et grossiers paysans, qui ne montraient guère autant de respect qu’on eût pu en attendre d’eux, pour

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