‹ Vie de CharlesQuint a YusteChapitre 43 sur 63 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Nous n’avons aucun moyen de déterminer quel était le véritable caractère de l’autobiographie de Charles-Quint. La guerre avait été la grande occupation de la vie de l’empereur, et, d’après les indices que nous fournit Van Male, il est assez probable qu’il s’agissait de mémoires militaires, composés peut-être sur le modèle des Commentaires de César, que le monarque estimait beaucoup et dont il avait une traduction dans sa petite bibliothèque de Yuste. Quoi qu’il en soit, un pareil ouvrage écrit par un homme qui, on peut le dire, dirigea la politique de l’Europe pendant près d’un demisiècle, avait une valeur inestimable, et tout ami des lettres regrettera la perte de ce manuscrit.

Vers la fin de septembre, l’empereur reçut la visite de ses deux sœurs, les reines douairières de France et de Hongrie. Le palais de Yuste n’élanl pas assez grand pour recevoir ces princesses avec leur nombreuse suite, Charles avait ordonné à Quixada de leur préparer des appartements à Jarandilla, probablement dans l’hospitalière demeure des comtes d’Oropesa, où il avait lui-même cherché autrefois un asile. Le pauvre majordome, qui ne se procurait déjà qu’à grand’peine des provisions dans cette vera désolée par la famine, perdit toute patience à la perspective des nouveaux hôtes qui allaient arriver : « Nous avons de la glace en abondance, » écrivit-il à son ami , le secrétaire d’État ; a c’est la plus grande friandise que nous ayons à offrir à leurs altesses. »

Le monarque, qui n’avait plus vu ses sœurs depuis son départ de Valladolid, leur fit l’accueil le plus tendre. Il était particulièrement attaché à Eléonore, l’ex-reine de France et de Portugal, généralement aimée, du reste, à cause de sa douceur et de sa bonté. Marie, douée d’un esprit viril, était plus souvent auprès de son frère, lorsque celui-ci se

VIF, DE CHARLES-OUINT A YDSTE.

livrait aux travaux du gouvernement; elle passait de longues heures dans son cabinet à lire avec lui les dernières dépêches envoyées du théâtre de la guerre. L’empereur écoulait volontiers les avis de cette princesse, qui, h un bon jugement, joignait une grande habitude des affaires. Il avait toujours eu, paraît-il, beaucoup d’estime pour les femmes; il avait vécu dans sa jeunesse à la cour de sa tante, Marguerite de Savoie, qui avait très habilement administré les Pays-Bas et avait laissé la régence de ce pays à Marie, laquelle ne s’était pas acquittée moins honorablement d’une tâche si difficile pour ses successeurs. Charles avait même une si haute opinion des capacités de sa sœur, qu’il voulut l’associer au gouvernement de l’Espagne; sa fille, la régente Jeanne, n’était guère aussi capable et peut-être ne l’était pas assez pour répondre aux exigences d’une situation critique ; mais Jeanne refusa nettement de partager le pouvoir avec qui que ce fût, et moins encore avec sa tante de Hongrie, qui, s’écriat-elle, « était si ambitieuse qu’elle lui enlèverait bientôt toute autorité. » Ce projet fut donc abandonné. Marie, heureuse de la confiance que lui témoignait son frère, ressentait pour lui une affection voisine de l’idolâtrie; il était, disait-elle, « tout ce qu’elle aimait au monde après Dieu. »

Les princesses restèrent près de trois mois à Jarandilla ; pendant tout ce temps, Éléouore ne put, à cause de sa santé délicate, visiter le couvent que deux ou trois fois. Sa sœur, plus robuste, ardente amazone, traversait souvent au galop de son cheval les bois dépouillés par l’automne, et venait, bravant les rigueurs du temps, passer quelques heures auprès de Charles; mais elle égayait rarement de sa présence les repas solitaires de celui-ci, qui, paraît-il, ne l’invitait guère à lui tenir compagnie dans ces moments.

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