‹ Vie de CharlesQuint a YusteChapitre 45 sur 63 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

il écrivit immédiatement à Valladolid , pour presser la régente d’envoyer sans retard de l’argent à son frère, qui autrement ne pourrait guère tenir la campagne et protéger les Pays-Bas contre une invasion : » Je sais, » disait-il, « que vous n’avez pas besoin de mes recommandations pour agir aussi promptement que possible, mais je ne puis m’empêcher d’écrire, car je redoute tellement les suites de ce désastre, que. je ne serai pas tranquille avant de savoir les mesures prises pour le réparer. » Ainsi stimulée, Jeanne fit des efforts extraordinaires et Philippe reçut bientôt des sommes considérables; grâce à ces envois, il put garder sur pied des forces suffisantes pour couvrir les frontières, et finit, après la mort de son père, par dicter les conditions d’un traité de paix aussi glorieux pour l’Espagne qu’humiliant pour l’ennemi.

Pendant que la situation à l'extérieur se présentait sous ces sombres couleurs, Charles fut plus péniblement affecté par la nouvelle d’un malheur de famille; ce fut la mort de sa sœur, la reine de France. La fièvre qui avait interrompu le voyage de celte princesse et l’avait retenue dans une petite ville, à trois lieues seulement de Badajoz, s’était compliquée d’un asthme, maladie à laquelle elle était depuis longtemps sujette. Les symptômes devinrent de jour en jour plus défavorables. Le mal défiait toute l'habileté du médecin et il fut bientôt évident qu’Éléonore touchait à la fin de sa vie. L’empereur avait envoyé Gaztelu avec des dépêches pour Marie de Hongrie; le secrétaire arriva à temps pour recueillir les dernières paroles de la sœur du monarque. Il trouva la reine, qui, ayant conservé toute sa présence d’esprit, attendait avec résignation l’heure de la délivrance. Elle chargea Gaztelu de rapporter à Charles les paroles affectueuses qu’elle eût voulu

VIE DE CHARLES-Ql'INT A YÜSTE.

lui adresser ; elle priait humblement son frère, par l’amour qu’il lui avait toujours porté, de veiller aux intérêts de sa fille, lorsqu’elle ne serait plus là pour y veiller elle-même. Sa dernière pensée fut pour celte fille qui l’avait si mal récompensée de sa tendresse; par son testament, elle lui légua tous les biens considérables quelle possédait eu France et en Espagne, cl qui, réunis aux vastes domaines appartenant à cette princesse, en Portugal, en faisaient la plus riche héritière de la chrétienté. Mais, quoique plus d’un prince eût aspiré à sa main, il était dans la destinée de Marie d’Avis de vivre et de mourir sans avoir été jamais mariée. L’infante survécut peu d’années à sa mère; elle employa, à sa mort, la pins grande partie de son magnifique patrimoine à doter des couvents, des chapelles, et à faire d’autres œuvres pies; aussi les chroniqueurs portugais ne parlent d’elle qu’avec un profond respect et vénèrent sa mémoire à l’égal de celle des bienheureux morts en odeur de sainteté.

L’empereur, au temps de la maladie de sa sœur, souffrait d’une quatrième attaque de goutte, et, sans doute, l’état de son esprit avait aggravé ce mal violent, qui le retint plus de quinze jours au lit. Pour ajouter à ses tourments, il eut une inflammation de la bouche, et sa langue gonfla au point qu’il fut réduit à se nourrir de biscuit trempé; il fêta de cette triste manière la Saint-Mathias, le 24 février, jour anniversaire de sa naissance, fête qu’il avait célébrée si joyeusement, l’année précédente.

Charles se montra très affligé en apprenant la mort d’Éléonore. Quoiqu’il n’eût pas l’habitude de laisser paraître ses émotions, c’est, les larmes aux yeux, qu’il parla d’elle à son secrétaire Gazlelu. « Elle était bonne chrétienne, » ditil. « Nous nous étions toujours beaucoup aimés. Elle était

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