CHAPITRE IV
Mauvaise santé de Charles-Quint. — Célébration de ses obsèques. — Sa dernière maladie. — Son codicille. — Progrès de la maladie. — Extrêmeonction. — Derniers moments et mort de l’empereur. — Honneurs funèbres rendus au défunt. — Visite de Philippe II à Yuste. — Transfert des restes mortels de Charles-Quint et des membres de sa famille à l’Escurial. — Décadence du couvent de Yuste.
Au printemps de 1558, la santé de l’empereur s’améliora peu à peu; il était très sensible au froid, et, comme l’été approchait, il ressentait la bénigne influence de la chaleur et se portait aussi bien qu’auparavant, d’après les lettres de Yuste. L’appétit lui était également revenu avec ses habitudes d’intempérance. « Sa majesté, » écrivait le docteur Mathys, son médecin, * mange beaucoup et boit plus encore, ne changeant rien à son ancien genre de vie, et se fiant imprudemment à la vigueur naturelle de sa constitution, confiance mal placée dans un corps rempli d’humeurs malignes. » « Les rois, » écrivait de son côté Quixada, « s’imaginent, sans doute, que leur estomac est fait autrement que celui du commun des mortels. » A la fin, les humeurs
VIE DE CHARLES-Ql'INT A YliSTE.
malignes dont parlait le médecin se manifestèrent sous forme d’une éruption cutanée au dessous des genoux. Charles souffrit beaucoup; pour calmer l’irritation, il fit couvrir très légèrement son lit, et tint les fenêtres et les portes de sa chambre ouvertes. Il prenait fréquemment aussi des bains d’eau froide. Le docteur n’était pas partisan de ces remèdes violents, mais le monarque lui dit qu’il aimait mieux avoir un peu de fièvre que d’endurer ces démangeaisons insupportables; sur quoi Mathys fit judicieusement observer qu’on n’est pas maître de choisir ses maux et que, si on l’était, on courrait risque de prendre les pires. Ces représentations toutefois ne furent pas écoutées de l’empereur, que son caractère impérieux rendait le plus intraitable de tous les malades.
Une fièvre tierce des plus dangereuses désola, vers ce temps, la t'cra et y fit de grands ravages. Le comte d’Oropesa, qui habitait son château de Jarandilla, ne fut pas épargné par le fléau, et son ancien hôte lui envoya son propre médecin. Le 9 août, Charles, après un long intervalle, fut attaqué de la goutte, dont on attribua le retour à un froid que l’empereur avait pris, en dormant, les fenêtres de sa chambre ouvertes; une nuit, l’air qui avait été brûlant dans la soirée était brusquement devenu glacial. Cette attaque ne parait pas avoir été aussi grave que certaines autres dont il avait été tourmenté auparavant, à Yuste, car nous voyons le monarque assister, le 15 du même mois, au service célébré dans la chapelle, où il se fit, il est vrai, porter dans un fauteuil. Tous les symptômes du mal avaient disparu le 24 août; les lettres écrites de Yuste, à cette date, parlent du malade comme étant entièrement rétabli.
C’est dans la dernière moitié du mois d’août, qu’eut lieu,