CHAPITRE IV
Depuis lors ce récit a été reproduit, chaque fois avec de nouveaux détails, par tous les historiens, jusqu’à Robertson, qui après avoir revêtu l’empereur du drap mortuaire et l’avoir couché dans son cercueil, où il prie avec l’assistance pour le repos de son âme, l’y laisse livré à ses méditations après le départ des moines. Ce n’est que de nos jours qu’un examen plus attentif ayant fait découvrir des inconséquences dans ce récit, quelques écrivains furent tentés de le prendre pour une légende et de révoquer le tout en doute.
Dans l’après-midi du jour où furent célébrées ses obsèques, le 31 août, Charles, d’après les chroniqueurs hiéronymites, vint s’asseoir sur la terrasse couverte qui flanquait son palais à l’ouest. Il aimait à se reposer là, aspirant les suaves parfums qui s’exhalaient de son jardin et jouissant de la douce chaleur des rayons du soleil couchant. Après y être resté quelque temps pensif, les yeux fixés sur un cadran solaire que Torriano avait fabriqué pour lui et placé au pied de la terrasse, il fit tout à coup appeler son joaillier et ordonna à celui-ci de lui chercher une miniature de l’impératrice Isabelle, dont, comme on l’a vu, il avait plusieurs portraits dans sa collection. Il resta longtemps à regarder cette belle figure, « comme si, » dit le chroniqueur, « il priait la morte de tenir prête pour lui une place dans les célestes
supérieur du grand couvent hiéronymite, celui-ci eut accès aux meilleures sources d’informations ; il eut, de plus, toutes facilités de se renseigner auprès de quelques-uns des moines qui avaient habité Yuste pendant le séjour du monarque au monastère, et qui accompagnèrent sa dépouille mortelle à l’Escurial. Siguença a publié le résultat de ses recherches dans le premier volume de son « Historia de la Orden de San Geronimo, * paru à Madrid, en 1605, ouvrage qui, par la véracité de l’auteur et la lumineuse clarté du style, tient une place distinguée dans la littérature ecclésiastique de l’Espagne.
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demeures qu’elle était allée habiter. » Il contempla plus longtemps encore le tableau du Titien, « L’agonie dans le jardin des olives, » puis il se fit apporter le chef-d’œuvre de ce peintre, « Le jugement dernier; » ce n’était probablement qu’une copie de ce tableau, car celui-ci, qui ornait les murs de la chapelle , était trop grand pour pouvoir être transporté; nous voyons, en effet, un « Jugement dernier » mentionné dans le testament du monarque, comme se trouvant parmi les objets gardés par le joaillier. Il arrêta si longtemps ses yeux sur cette toile et avec une attention si soutenue, que le docteur Malhys s’inquiéta, craignant les effets d’une aussi vive surexcitation nerveuse, dans l’état de faiblesse où était l’empereur. Ces inquiétudes étaient bien fondées : Charles, sortant enfin de sa rêverie, se tourna vers le médecin et lui déclara qu’il se trouvait mal. Le pouls annonçait une fièvre chaude. Le malade se retira bientôt après dans sa chambre, d’où il ne devait plus sortir vivant.
Que le récit des moines hiéronymites ne soit pas parfaitement exact, le fait est prouvé par une lettre en date du 1 er septembre, dans laquelle le docteur Malhys rapporte qu’étant allé, le 50 août, par ordre de son maître, visiter le comte d’Oropesa, îi Jarandilla, il trouva à son retour l’empereur souffrant d’un fort mal de tête, qu’il attribua à la grande chaleur du soleil , que le monarque avait bravée en dînant sur la terrasse. Après une nuit où le malade ne put fermer l’œil , ajoute le médecin , et souffrit beaucoup de la soif, il se leva et s’habilla, mais, quoiqu’il fût un peu mieux dans la matinée, il eut une rechute dans l’après-midi, le mal de tête revint avec plus de force et des symptômes de fièvre se déclarèrent. De celte lettre écrite de Yusle même, il résulte que les faits rapportés par les deux chroniqueurs ne purent