‹ Vie de CharlesQuint a YusteChapitre 54 sur 63 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

vie et manifestant, avec une ardeur qui toucha tous les assistants, le plus profond repentir de ses péchés.

Quixada, sur l’ordre de son maître, écrivit au secrétaire Vazquez d’envoyer des pleins pouvoirs à Gaztelu pour agir en qualité de notaire, attendu qu’il n’y avait personne à Yuste qui pût remplir ces fonctions; il demanda en même temps que l’on établit des relais de poste sur la route de Valladolid, afin que les' nouvelles fussent transmises plus régulièrement et avec plus de rapidité. Sur ces entrefaites, la fièvre augmentant, le médecin tira au malade dix onces d’un sang noir et épais; il lui en ôta encore huit, dans la soirée, ce qui procura à Charles un grand soulagement. Mathys cependant reculait devant la responsabilité qu’il allait assumer, en donnant seul des soins à l'empereur, dans celle crise; mais celui-ci, qui, parait-il, n’avait guère conûance dans le grand nombre des conseillers, ne voulut pas que l’on appelât aucun autre médecin, excepté celui de sa fille Jeanne, le docteur Cornélius, homme qui joignait k une longue expérience une parfaite connaissance de la constitution du malade.

Comme le monarque avait constamment besoin de son fidèle majordome, celui-ci vint habiter le couvent, afin d’être jour et nuit auprès de son maître. Quixada avait, peu de temps auparavant, comme nous l’avons vu, amené sa famille de Villagarcia k Cuacos. Dona Magdaiena, sa femme, était venue, accompagnée de son jeune pupille, don Juan d’Autriche, le fils naturel de Charles-Quint; elle élevait cet enfant, alors âgé de onze ans, avec la tendresse d’une mère, bien qu’elle ne connût pas son illustre origine. A son arrivée à Cuacos, elle fut invitée par l’empereur k visiter Yuste, où celui-ci l’accueillit gracieusemeut, et, comme elle avait, sans

doute, conduit don Juan avec elle, le vieux monarque se sentit peut-être ranimé à la vue de ce bel adolescent, qui avait alors déjà donné des preuves de ces sentiments chevaleresques par lesquels il se fit remarquer plus tard.

L’arrivée du docteur Cornélius ne fut suivie d’aucun changement dans le traitement du malade, car le vieux praticien approuva entièrement ce qu’avait fait son jeune confrère. Mais le mal continua de faire de rapides progrès ; la fièvre était si intense que Charles pouvait à peine supporter les couvertures les plus légères, et elle était quelquefois accompagnée de paroxysmes qui le laissaient insensible ensuite, pendant des heures entières. Le 9 de ce mois, Gaztelu reçut de Valladolid ses pleins pouvoirs de notaire, et l’empereur, qui, en ce moment, jouissait de toutes ses facultés, ne perdit pas de temps pour faire rédiger son codicille, préparé déjà depuis quelque temps; celui-ci était très long comme le testament auquel il était ajouté. Par ce testament, il avait destiné trente mille ducats à doter des jeunes filles et à racheter des captifs sur les côtes barbaresques ; une autre clause, qu’il confirma alors, portait que trente mille messes seraient dites pour le salut de son âme, dans les monastères et les églises paroissiales de l’Espagne et des Pays-Bas. Par son codicille, il accorda des gratifications et des pensions à toutes les personnes de sa suite, depuis le docteur Malhys jusqu’au dernier marmiton ; le chiffre des pensions variait d’après le rang des individus, s’abaissant progressivement de quatre cents à quatre-vingt-dix florins par an. Quelques-uns des principaux hiéronymiles, attachés à la personne du monarque, eurent leur part de ces libéralités. Deux mille ducats devaient être donnés en une fois au majordome, dont les services étaient rappelés dans les termes les plus affectueux,

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