‹ Vie de CharlesQuint a YusteChapitre 53 sur 63 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tait à une époque antérieure, à moins que l’on ne voie dans l’anecdote une de ces légendes qui, nées dans les couvents, y trouvent facilement crédit. On ne peut objecter que le moine qui raconte le fait en avait été témoin ; il dit simplement que c’était un bruit répandu et, écrivant, comme le montre son manuscrit, plus de vingt ans après, il pouvait bien n’avoir plus la mémoire parfaitement fidèle.

II en est tout autrement des obsèques; l’écrivain prétend y avoir assisté. Nous ne pouvons donc rejeter l’anecdote, sans la regarder comme une pure invention. Un tel effort d’imagination ne serait pas, sans doute, prodigieux chez un moine, surtout si la gloire de son ordre y était intéressée, mais on ne voit pas ce que le couvent de Yuste pouvait avoir à gagner à un pareil mensonge. Le caractère des chroniqueurs d’ailleurs s’oppose il la supposition d’une supercherie de leur part; la manuscrit du moine porte, comme M. Gachard le fait observer avec raison, Je cachet de la simplicité et de la vérité, tandis que Siguença, l’autre hiéronymite, quoique partageant les superstitions de son temps, jouissait d’une grande réputation d’honnêteté et de bonne foi. A quelque point de vue que l’on se place, la question est difficile. à résoudre, mais peut-être un examen impartial de l’affaire engagera le lecteur à supposer , non que les écrivains ont forgé impudemment le fait, mais qu’ils ont commis uneierreur de date , chose peu étonnante , si l’on considère le long espace de temps qui s’était écoulé depuis l'événement \

1 Djaua écrivain qui, si l’on pouvait retrouver son ouvrage, trancherait probablement cette difficile question ; c’est frère Martin de Angulo, prieur de Yuste, qui rédigea pour la régente Jeanne un récit complet des derniers jours de l’empereur, qu’en sa qualité de supérieur du couvent, il

m VIF, DE CHARLES-QU1NT A YUSTE.

Mais, pour laisser là une discussion plus longue, pourraiton penser, que le sujet n’en vaut la peine, il résulte de la lettre du docteur Mathys que Charles, après son dîner sur la terrasse, le 50 août, fut attaqué de la maladie dont il ne devait pas guérir. A une nuit sans sommeil, succéda une journée de grandes souffrances. L’empereur était tourmenté d’une soif excessive, et son mal de tête était parfois si violent qu’il perdait connaissance. Le mal prit bientôt l’aspect d’une fièvre tierce maligne, et le médecin décida de saigner le malade, malgré son grand état de faiblesse, si les symptômes ne devenaient pas plus favorables le lendemain.

Le monarque lui-même commença à s’alarmer; sa maladie était différente de celles qu'il avait eues auparavant. Il prit donc ses arrangements, exprima le désir d’ajouter uu codicille à son testament et, sans retard, se confessa et communia; pendant celte communion, malgré sa faiblesse, il resta un quart d’heure agenouillé dans son lit, remerciant Dieu des faveurs qu’il lui avait accordées dans le cours de sa

voyait chaque jour. Son manuscrit, qui n’a jamais été imprimé, fut consulté par Sandoval, qui déclare en avoir fait passer la substance dans son histoire ; nous voyons rapportée dans celle-ci une conversation que le monarque aurait eue avec un des officiers de sa maison, au sujet de ses funérailles, qui toutefois n’auraient pas eu lieu, parait-il, puisqu’il est dit plus loin que l’argent destiné à de fausses obsèques fut enfin employé à de vraies. Cependant le marquis de Valparayso, dans un ouvrage encore inédit, qu’il composa environ soixante-dix ans plus tard, ayant sous les yeux le mémoire du prieur de Yustc, affirme formellement que ces obsèques furent célébrées. En présence de ces contradictions, il est fort à désirer que l’on découvre le manuscrit original de frère Angulo. Il existe encore, assure-t-on, à la bibliothèque nationale de Madrid, où M. Gachard dit l’avoir aperçu un jour; s’il en est ainsi, il s’est de nouveau égaré dans la masse de manuscrits que cette bibliothèque possède, et tous les efforts faits pour le retrouver ont été inutiles jusqu’ici.

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