‹ Vie de Copernic et histoire de la découverte du système du mondeChapitre 20 sur 68 · COPERNIC PRÊTRE · texte numérisé non relu

COPERNIC PRÊTRE

Brudzewski à la chaire d’astronomie de l’Université, chaire vacante depuis plusieurs années, et en continuant sur les bords’ de la Vistule les cours éloquents qui l’avaient couronné de lauriers sur les bords du Tibre. A toutes ces tentations mondaines il préféra la vie méditative d’un tranquille chanoine : il se flt prêtre. Jean Konarski, évêque de Cracovie, lui conféra les ordre sacrés. Quelques années après, en 1510, sur la recommandation de son oncle, il fut nommé chanoine à Frauenbourg, autre petite ville polonaise située à 66 kilom. S.-O. de Kœnigsberg, et qui appartient au- • jourd’hui à la Prusse (2,200 habitants).

Le principal agrément de la position de chanoine était, alors comme aujourd’hui, de toucher régulièrement et sans fatigue des rentes toujours respectées, et de pouvoir consacrer toiit son temps à des études de prédilection. L’esprit de Copernic aimait les recherches mathématiques , son cœur aimait à faire du bien ; son caractère aimait la justice. Le chanoine de Frauenbourg partagea son temps ^tre l’astronomie pour sa satisfaction personnelle, et l’exercice de la médecine en faveur des pauvres. Dans sa vie semi-publique, on voit constamment dominer en lui le sentiment profond de la justice.

11 y avait alors, en Allemagne, un ordre moitié religieux, moitié guerrier, fort turbulent, ennemi des Polonais, et, à tort ou à raison, accusé de vivre de rapines et de brigandages : c’était l’ordre teutonique. Les chevaliers teutoniques étaient redoutés des villes lesjplus voisines de leur domination, qu'ils troublaient ,et persécutaient sans cesse. Ils ne respectèrent pas

COPERNIC CHANOINË.

davantage la retraite du chanoine astronome. Toutes les fois que Copernic portait plainte contre eux, ils se bornaient à nier le fait, ou bien ils répondaient par des calomnies. Après l'avoir attaqué dans ses droits de possession, ils ' poussèrent leur hypocrite audace jusqu’à l’accuser, devant la diète de Posen, dans un pamphlet outrageant pour son caractère, d’avoir été luimême l’agresseur. Pour obtenir justice contre eux, il eut besoin d’être soutenu par tout le crédit dont jouissait l’évêque de Warmie.

En 1513, après la mort de l’évêque Fabian de Lusianis, ayant été nommé administrateur du diocèse, if s’aperçut que des biens de l’Église avaient été usurpés par l’ordre teutonique. 11 s’agissait d’en demander et d’en obtenir la restitution. Comme il avait été déjà lui- . même inquiété dans sa propre possession par les chevaliers teutoniques, il savait d’avance quels gens actifs, puissants et perfides il allait avoir pour adversaires. Homme ferme et résolu en présence des obstacles, quelle qu’en fût la nature, il n’hésita pas à entamer la lutte. II s’adressa au roi de Pologne, Sigismond I er , mit sous ses yeux les titres de propriété, et obtint l’autorisation de poursuivre en justice l’ordre tant redouté.

Il fallut de la persévérance et du temps pour venir à bout de cette atfaire. A la fin, l’ordre, condamné, se vit contraint de restituer les terres de l’Église. Les chevaliers teutoniques, irrités par la perte de leur procès, prodiguèrent à Copernic les injures et les menaces ; ils lui suscitèrent des tracasseries qui fatigué-

l’altéhation des monnaies. G5

rent excessivement son esprit, mais sans l’ébranler.

Une question importante était à l'ordre du jour, dans la diète de Grudzionz. L’altération des monnaies, qui fut le grand moyeu financier des États pendant le inoyen-àgeet la Renaissance, avait été poussée à l'extrême en Pologne. Les choses en étaient à ce point, que les commerçants étrangers ne voulaient plus échanger leurs produits que contre des lingots d’or ou d’argent pur. A cette époque, plusieurs villes de la Pologne avaient le privilège de frapper monnaie, et de là était résultée une sorte d’anarchie monétaire, dont l’ordre teutonique, placé sur les frontières, avait rapidement - profité. Il avait mis en circulation une monnaie dans laquelle il entrait beaucoup de cuivre et peu d’argent , ce qui avait déconsidéré toute la Pologne, au point de vue commercial. On entendait de tous les côtés des plaintes contre les embarras et les abus qui résultaient de la circulation de ces pièces sans valeur. Celte situation étant devenue intolérable, il fallait en déterminer les véritables causes et indiquer les moyens d’en prévenir le retour.

Telle fut la question que Copernic eut à traiter devant la diète. Prenant la parole, il remonte à l’origine du mal, qu'il suit dans ses développements et, après avoir montré le danger, qui menace la Pologne en général et en particulier la Prusse, il propose, pour ramener la confiance, pour rétablir, le crédit et sauver d'une ruine imminente le commerce et 1 industrie nationale, d’abolir le privilège de frapper monnaie accordé à Thorn, àElbling, à Leipzig, et de fixer une seule ville où

l’altération des monnaies.

la monnaie serait fabriquée d’après une même base et sous la sauvegarde du roi de Pologne. On retirerait de la circulation l’ancienne monnaie, et on la remplacerait par une monnaie nouvelle. Il serait prescrit à la Lithuanie, à la Pologne, à la Prusse et. à tous les États soumis au roi de ne faire usage, dans leurs transactions industrielles et commerciales, que de la monnaie nationale , qui olfrirait toutes les garanties propres à faire renaître la conüance et à satisfaire, en même temps, aux besoins des particuliers de l’État (1).

Celte réforme que proposait Copernic était claire» simple et d’une évidente utilité, elle ne laissait entrevoir dans son application d’autres difficultés que celles que ne manquent jamais de soulever quelques intérêts privilégiés. Ce furent des obstacles de ce genre qui empêchèrent son adoption. D’une part, tous ceux qui spéculaient sur la dépréciation des monnaies la combattirent par des raisons spécieuses ; d’autre part ' les villes en possession de frapper monnaie défendirent avec obstination leurs privilèges. Ce projet ne fut donc pas exécuté.. La diète décida que le manuscrit de Copernic serait déposé honorablement aux archives de Grundzionz. Ce manuscrit original que Leibnitz chercha inutilement, fut déposé dans les archives de Kœnigsberg, par les soins du roi de Prusse qui le réclama en 1801 . Il en existe une copie officielle dans la bibliothèque de Varsovie. Il a été traduit et pu-

Page 1