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PUBLICATION DU LIVBE DE COPERNIC

Lenteur et profondeur des travaux de Copernic. Son indifférence pour la gloire. Ses hésitations. — 11 se décide enfin à publier son livre, et le dédie au pape.

Le laborieux chercheur avait commencé dans l’année 1507 à formuler en corps de doctrine le résultat de ses méditations et à écrire un ouvrage contenant ses calculs, ses observations, ses tables, ses arguments et ses conclusions. Cet ouvrage, qu’il écrivait à loisir et sans ambition de nouveauté littéraire, fut rédigé lentement, modifié, repris, corrigé, à mesure que des considérations nouvelles ou des observations récentes apportaient ‘ une nouvelle pierre, un nouveau ciment, à l’édifice projeté. D’année en année ce monument scientifique s’élabora, se forma, se compléta, et paraît avoir été à peu près terminé vers 1514. Puis il le garda chez lui, manuscrit, en y retouchant encore de temps en temps, et sans ressentir aucun désir de l’imprimer

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pour les autres astronomes, encore moins pour le public.

Ces temps-là sont passés! De nos jours, ce n'est plus par années que la plupart des auteurs comptent l’élaboration de leurs ouvrages, mais par mois, ou pour mieux dire par semaines. Pense-t-on plus vile ? Est-on plus actif? Le fait est probable, mais n’explique pas cette superfluité. Nous sommes plus légers, et nous écrivons des myriades de livres sur des riens. Ces livreslà sont comme les feuilles légères que le vent emporte : ils n’ont aucune vitalité et durent à peine l’espace d’un matin. Les ouvrages qui restent après la consécration des années et traversent les générations sont aussi rares aujourd’hui qu’aulrefois, et les Copernic ne se rencontrent pas plus souvent dans l’Europe du xix® siècle que dans celle du xvi°. Cependant la vie de ces immortels auteurs doit nous être d’un salutaire exemple pour nous rappeler que les progrès réels de l’esprit humain ne s’improvisent pas, mais sont dus à de patientes recherches, à de profondes méditations.

Tous les astronomes, tous les grands savants de son époque avaiënt entendu parler du travail de Copernic et connaissaient de réputation sa théorie du mouvement de la Terre, lorsqu’en 1541, devenu septuagénaire, il se décida à le faire imprimer. Il expose lui-méme ses longues hésitations dans YÉpîlre au pape qu’il eut l’heureuse idée de placer à la première page de son livre. Voici en quels termes il explique ses retards :

« J’hésitai longtemps si je ferais publier mes commentaires sur les mouvements des corps célestes ou

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s’il ne serait pas mieux de suivre l’exemple de certains Pythagoriciens qui ne laissaient rien d’écrit, mais oralement d’homme à homme communiquaient aux adeptes et aux amis les mystères de la philosophie, comme le prouve la lettre de Lysis à Hipparque. Ils ne le faisaient pas comme quelques-uns le pensent, par un esprit d’une excessive jalousie, mais afin que les questions les plus graves étudiées avec le plus grand soin par les hommes illustres ne fussent pas dénigrées par des fainéants qui n'aiment pas à se livrer aux travaux sérieux, à l’exception des éludes lucratives, ou par des hommes bornés qui, tout en se livrant aux sciences 5 par l’indolence de leur esprit se faufilent parmi les philosophes comme les bourdons parmi les abeilles.

« Quand j’hésitais, et que je résistais, mes amis me stimulaient. Le premier était Nicolas Schonberg, cardinal de Capoue, homme d une grande érudition. L'autre, mon meilleur ami, Tideman Gysius, évêque de Culm, autant versé dans les saintes écritures, qu’expert dans les autres sciences. Ce dernier m’engageait souvent et me pressait tellement qu’il me décida enfin à livrer au public l’œuvre que je gardais depuis plus de vingtsept ans. Plusieurs autres hommes illustres m’exhortèrent, dans l’intérêt des sciences mathématiques, de vaincre ma répugnance et de livrer au grand jour les fruits de mes travaux. Ils me prédisaient que plus ma théorie sur le mouvement de la Terre paraissait absurde, plus elle serait admirée, quand la publication de mes commentaires auront dissipé les doutes par les démonstrations les plus claires. Cédant à ces instances

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ét me berçant du meme espoir, je consentis a l’édition de mon ouvrage. »

Grâce, comme on le voit, aux instances de ses amis, Copernic mit son ouvrage entre les mains de Gysius, en l'autorisant à en disposer comme il l’entendrait. Gysius songea à qui confier un trés.or d’une si haute importance. Il connaissait les mérites de Rhéticus, et savait quel attachement voua ce disciple à son maître. 11 ne crut pas pouvoir faire un meilleur choix, et lui expédia le manuscrit en Saxe, en l’engageant à apporter à la publication d’un tel ouvrage tous les soins qu’elle [exigeait. Rhéticus ne perdit pas de temps, c’est à Nuremberg qu’il fit imprimer ce manuscrit sous le titre : Nicolai Copernicl Torinensis, de Revolltionibus orbium cœlestium libri Vf , in quibvs stellarum et fixarum et erraticarum mota ex veteribus atque recentibus observa lionibus, restituit hic au t or. Præterea tabulas expeditas luculcntasque addidit, ex quibus eosdem motus ad quodvis tempus Mathcmalum studiosus facillime calculare polerit.

Rhéticus choisit la ville de Nuremberg pour l’impres sion de cette œuvre, d’abord parce qu’il pouvait lui-même y venir de temps en temps pour surveiller le travail , ensuite parce que Schoner et Osiander, tous deux ses amis, y habitaient eux mêmes, et étaient à la fois capables d’apprécier l'œuvre de Copernic et assez zélés pour le remplacer et donner leurs soins à la publication de son ouvrage.

Rhéticus était le plus grand admirateur de Copernic, et la manière dont il avait fait sa connaissance et était

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devenu son disciple mérite d’être rapportée. Il était certainement l’homme qui pouvait le mieux s’acquitter du devoir de publier le travail du maître. Jeune et ardent il professait les mathématiques à Wittemberg, lorsqu’il entendit parler de l’astronome de Frauenbourg. 11 était mécontent de toutes les hypothèses qui formaient le système astronomique de Ptolémée ; celui de Copernic le charma par son extrême simplicité, et il ne douta pas qu’il ne fût beaucoup plus conforme aux lois de la nature. 11 donna sa démission, abandonna sa chaire et partit pour la Prusse polonaise, avec le dessein de se présenter au grand astronome et de s’attacher à lui, en qualité de disciple et d'ami. C’était en

Tout d’abord, il alla voir à Nuremberg, un homme qu’il vénérait entre tous. C’était Schoner, professeur de mathématiques. Il lui fit part de son désir d’être al taché à Copernic,' comme disciple, afin de se trouver ù portée d'étudier sa doctrine, et d’y être pleinement initié. Schoner l’encouragea à suivre celte détermination.

Rhéticus partit donc pour Frauenbourg. Il obtint de Copernic la faveur de s’établir près de lui et de suivre assidûment ses travaux. Deux mois à peine s’étaient écoulés depuis son installation que, déjà plein d’admiration pour l’illustre astronome et pour ses grandes pensées, il adressait sous forme de lettre à Schoner, un écrit où, en exposant une partie de la nouvelle théorie astronomique, il exprime pour son auteur la plus respectueuse admiration. Cet écrit, publié

RHÉTICUS. *

sous le titre de Narratio prima , a été joint comme supplément à l'ouvrage de Rcvolutionibus. En voici un extrait.

« Je désire, savant, très-savant docteur Schoner, que tu poses d'abord en principe que l'homme illustre dont maintenant j’étudie les œuvres n’est inférieur à Regiomontanus, par son savoir et ses talents, ni en astronomie, ni en aucun autre genre de doctrine. Je le comparerais plus volontiérs à Ptolémée. Non que le célèbre astronome grec me paraisse supérieur à Regiomontanus, mais il a de commun avec mon maître, d’avoir pu, avec l’aide de la Providence, achever le développement de sa théorie ; tandis que, par un cruel arrêt du destin, Regiomontanus a vu finir ses jours avant d’avoir pu poser les colonnes sur lesquelles devait s’élever son édifice.

« Quand chez toi, très-savant docteur Schoner, continue Rhélicus, il y a un an, je considérais, sur la théorie des mouvements célestes, les travaux de notre Regiomontanus, ceux de Purbach, son maître, les tiens, et ceux des autres mathématiciens illustres, je commençais à comprendre combien les recherches, les investigations, les travaux nécessaires devaient être énormes, pour ramener l’astronomie, cette reine des mathématiques, dans sa véritable demeure céleste, et pour rétablir dignement la forme de son Empire. Mais Dieu a voulu me rendre témoin de l'accomplissement de ces immenses travaux, bien supérieurs à l’idée que je m’en faisais d’avance, et dont mon maître soutient le poids, en se jouant, après avoir surmonté d’incalculables

LE MATHÉMATICIEN RHÉTICUS.

difficultés. Je sens que, dans mes rêves, je n’avais pas même entrevu l’ombre de cette tâche grandiose. »

Rhéticus, professeur de mathématiques, avait du talent et de l’érudition. Lorsqu'il écrivait sa Narralio prima , il vivait auprès de Copernic, et il était à même dç le voir à chaque instant. Si Copernic n’eût pas été un de ces hommes rares qu’on trouve toujours plus •grands à mesure qu’on les voit de plus près, il n’eut pas tardé à déchoir dans l’esprit de Rhéticus pendant le séjour assez long que celui-ci fit chez l’illustre astronome. On cite des hommes célèbres qui, pendant leur vie, n’ont pu conserver le prestige dont ils étaient entourés, qu’en tenant les autres hommes à une certaine distance, et en ne se laissant voir que de loin et par intervalles (l).

Copernic ne répondait qu’avec une extrême modestie aux témoignages d’admiration dont il était l’objet. Ce n’était point, disait-il, par une vaine ostentation d’esprit, ni par amour pour la nouveauté, qu’il avait cherché, en astronomie, une autre manière de rendre raison des phénomènes célestes. Poussé par la marche môme des choses, c’est-cà-dire par le développement des connaissances humaines, il avait été conduit à s’avancer dans une voie autre que celle que suivaient de préférence les anciens, notamment Ptolémée. 11 professait pour les anciens le plus grand respect, et il ne parlait qu’avec admiration de Ptolémée, dont il renversait toutefois complètement la théorie. 11 l’appelait le plus éminent

(1) Czinski, Copernic et ses travaux ; Figuier, Vie des savants illustres.

l’évêque gysius. 117

des mathématiciens, et proclamait qu’llipparque s'était distingué par une sagacité admirable.

Le prêtre astronome avait un petit nombre d'amis intimes, hommes d’élite et d’une grande érudition, il leur communiquait ses vues, ses travaux, et ce fut par leurs conseils qu’il ajouta à certaines parties de son ouvrage les détails nécessaires pour le compléter. Celui qui, par ses observations judicieuses, son profond savoir et le zèle qu’inspire une amitié sincère, contribua le plus au développement de plusieurs chapitres, en déterminant Copernic à se livrer sur quelques points à des recherches nouvelles, fut le vénérable évêque de Culm, Tideman GySius, Polonais d'origine. Ce fut encore lui qui insista le plus pour que l’auteur livrât son ouvrage à la publicité.

« Les hommes distingués et les mathématiciens studieux, dit Hhéticus, doivent, ainsi que moi, une grande reconnaissance à l’évêque de Culm, pour avoir fait offrir cette œuvre à la république des lettres. »

« Copernic, dit ailleurs Gassendi, consentait volontiers à faire passer dans le domaine public tout ce que son livre pouvait renfermer de réellement utile; mais il n’était pas accoutumé à se faire de brillantes illusions sur son mérite personnel, et il prévoyait d’ailleurs que ses opinions, par leur nouveauté, pouvaient être choquantes pour un très-grand nombre de personnes. 11 trouvait donc préférable • de ne communiquer son travail cj u a ses amis, à ceux qui aiment le juste et le vrai, comme cela se pratiquait dans les écoles pythagoriciennes, oh l’on se transmettait amicalement les

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Tl

opinions sans s’exposer aux cri liques de l’ignorance. «

L’impression de l’ouvrage de Copernic, surveillée avec soin, fut achevée au mois de mai 1543, année devenue célèbre par ce grand évènement dans l’his loire de l’astronomie, et qui restera toujours chère au cœur des astronomes et des amis des sciences. Malheureusement', comme nous le verrons plus loin en terminant sa biographie, le vénérable réformateur était étendu sur son lit de mort lorsqu'on lui en rapporta le premier exemplaire, et c’est à peine s’il put le tenir entre ses mains défaillantes et prévoir la popularité future de son nom respecté, à travers les nations et les siècles.

Rendons-nous compte un instant de l’aspect général de son ouvrage, surtout au point de vue philosophique.

C’est une opinion erronée et malheureusement trèsrépandue encore de nos jours, que Copernic, par faiblesse et pour échapper à la persécution des prêtres, aurait présenté le mouvement planétaire -de la Terre et la position du Soleil au centre du système comme un pure hypothèse (I) ayant pour but de faciliter l'application du calcul au mouvement des corps célestes, mais .qui « n’était pas nécessairement vraie ni même vrai- « semblable ». On ne peut nier que ces mots étranges ' se lisent dans la préface anonyme placée en tète de l’ouvrage de Copernic, et qui a pour titre : de Ihjpo-

1. C’est ce que disent Laplace, Exposition du Système du monde Liv. V, ch. iv, Delambre, Histoire e T Astronomie moderne, tome b r p. 139; Petit, Traité d'astronomie, 21 e , leçon, etc. «■

lia

thcsibus hujus operis ; mais cetle déclaration est complètement étrangère à Copernic et en opposition directe avec la dédicace qu’il adressa au pape Paul 111. L’auteur de la préface est, ainsi que le dit Gassendi delà manière la plus positive, Osiander, chargé de diriger avec Sclioner l'impression du livre, et qui, sans manifester expressément des scrupules religieux, jugea prudent de présenter les idées nouvelles comme une hypotlièseet non ainsi que l'avait fait Copernic, comme une vérité démontrée (1).

l.On lit dans Gassendi, Vita Copernici, p 319: L’évèque de Culm, Tidemann Gisius, natif de Dantzick, qui pendant plusieurs années insista auprès de Copernic pour hâter la publication de son ouvrage, obtint enfin le manuscrit avec la permission de le faire imprimer tout à fait comme il l’entendrait. Il en chargea d’abord Rhéticus, professeur à Wittenberg, qui avait quitté son maître peu de temps auparavant après un long séjour à Frauenbourg. Rhéticus supposa que la publication se ferait à Nurenberg dans des conditions plus favorables, et confia à son tour le soin de l’impression au professeur Schoncr et à Andréas Osiander, qui habitaient cette ville. » Des éloges donnés à l'ouvrage de Copernic vers la fin de l’introduction, on eut pu déjà conclure, même' sans le témoignage expressif de Gassendi, que cette introduction est d’une main étrangère. Dans le titre de la première édition (Nurenberg, 1543), Osiander se sert des expressions • suivantes, soigneusement évitées dans tout ce qu’a écrit Copernic : « Motus stellarum novis insuper ne admirabilibus hypothesibus ornali », et il ajoute cette. exhortation un peu cavalière :«]gilur, stuiiose lector,<>me et lege fruere.» Dans la deuxième édition (Bâle, 1566), il n’est plus question, sur le titre, des admirables hypothèses; mais la præfatiuncula de hypothesibus hujus operis , termes sous lesquels Gassendi désigne l’introduction qu’Osiandcr joignit au livre, a été conservée. II résulte d’ailleurs clairement de la dédicace à Paul III, intitulée par Osiander Præfu tio aulhoris , que cet éditeur, sans se nommer, a voulu cependant indiquer que la Præfaliuncula était d’une main étrangère. La première édition n’a que 196 pages : la seconde en a 213, à cause de la

L’homme que l’on peut appeler le fondateur du nouveau système du monde, car à lui appartiennent incontestablement les parties essentielles de ce système et les traits les plus grandioses du tableau de l’univers, commande moins encore peut-être l’admiration par sa science que par son courage et saconûance. Il méritait bien l’éloge que lui décerne Kôpler, quand, dans son introduction aux tables Rudolphincs, il l'appelle un esprit libre, « vir fuit maximo ingenio et quod in hoc exercitio (c’est-à-dire dans la lutte contre les préjugés) magni momenti <^t, animo liber. » Lorsque Copernic, dans sa dédicace au pape, raconte l’histoire de son ouvrage, il n’hésite pas à traiter de conte absurde, la croyance à l’immobilité et à la position centrale de la Terre, croyance répandue généralement chez les théologiens. Il attaque sans crainte « la stupidité de ceux qui s’attachent à des opinions aussi fausses ». Il dit que « si jamais d’insignifiants bavards, étrangers à toute notion mathématique, avaient la prétention de porter un jugement sur son ouvrage en torturant à dessein quelques passages des saintes Écritures (propter aliquem locum Scripturæ male ad suum propositum detortum), il mépriseraces vaines attaques. Tout le monde ait, ajoute-t-il encore, que lè célèbre Lactance a disserté d’une manière puérile sur la forme de la Terre, et s’est raillé de ceux qui la regardaient comme un

narratio prima , longue lettre adressée à Schoner par l’astronome Georges-Joachim Rhéticus, qui donna pour la première fois au monde savant une connaissance exacte du système de Copernic, lettre imprimée à Bàle, par les soins du mathématicien Gassarus, dès l’année 1541.

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sphéroïde, mais lorsqu’on traite des sujets mathématiques, c’est pour les mathématiciens qu’il faut écrire. Afin de prouver que quant à lui, profondément pénétré de la justesse de ses résultats, il ne redoute aucun jugement du coin de la terre où il est relégué, il en appelle au chef de 1 Église et lui demande protection contre les injures des calomniateurs. Il le fait avec d’autant plus de confiance, que l'Église elle-même peut tirer avantage de ses recherches sur la durée de l’année et sur les mouvements de la lune. » L’astrologie et la réforme du calendrier furent longtemps seules à protéger l’astronomie auprès des puissances temporelles et spirituelles, de même que la chimie et la botanique furent, dans le principe, entièrement au service de la pharmacologie.

On le voit, le libre et mâle langage de Copernic contredit manifestement cette vieille assertion, qu’il aurait donné le système auquel est attaché son nom immortel, comme une hypothèse propre à faciliter les calculs de l’astronomie mathématique, mais qui pouvait bien être sans fondement. « Par aucune autre combinaison, s’écrie-t-il avec enthousiasme, je n’ai pu trouver une symétrie aussi admirable dans les diverses parties du grand tout, une union aussi harmonieuse ehtre les mouvements des corps célestes, qu’en plaçant le flambeau du monde (lucernam mundi), ce soleil qui gouverne toute la famille des astres dans leurs évolutions circulaires (circum agentem gubernans astrorum familiam) sur un trône royal, au milieu du temple de la nature. »

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On ne s’est du reste pas trompé sur la certitude avec laquelle Copernic affirma la théorie du mouvement de la Terre lorsque dans l’avis de la Sacrée Congrégation de l’Index, en date de 1620, on s’exprimait dans les termes suivants.

« Attendu que Copernic ne se contente pas de poser hypothétiquement des principes sur la situation et le mouvement du globe terrestre, entièrement contraires à la sainte Écriture et à son interprétation véritable et catholique ( ce qu’on ne peut tolérer dans un homme chrétien ), mais qu’il ose les présenter comme trèsvrais. , etc. »

Ainsi, il est bien incontestable que Copernic n’a pas présenté la théorie du mouvement de la Terre comme une simple hypothèse, bonne à prendre ou à laisser, mais comme un fait géométrique fondé sur l’analyse mathématique des mouvements célestes apparents.

Voici la .lettre qu’Osiander avait placée en tête du livre pour parer d’avance aux inconvénients de la révolution de Copernic:

« Aux lecteurs des hypothèses de ce livre : Je sais que quelques hommes érudits se sont vivement offensés en apprenant les hypothèses de ce livre et principalement celle que la terre tourne autour du soleil immobile. Ils pensent qu’il ne fallait pas ébranler les vieilles bases des sciences établies. Mais s’ils veulent bien réfléchir ils se convaincront que l’auteur n’a rien fait de repréhensible. La tâche imposée à l’astronome est d’observer exactement les

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mouvements célestes, de chercher les causes qui peuvent les produire, d’imaginer les hypothèses les plus propres à les bien expliquer; et puisqu’il est impossible d’arriver aux véritables causes, il doit être permis de supposer celles qui se trouveront le plus propres à faciliter les calculs. L’auteur a parfaitement satisfait à cette condition. 11 .n’est en effet aucun besoin que les hypothèses soient vraies ni même vraisemblables, il suffit qu’elles se prêtent au calcul. A moins d etre toul-à-fait étranger aux règles de la. géométrie et de l’optique, peut-on trouver quelqu’ombre de vraisemblance dans l’épicycle de Vénus ? Qui ne voit qu’en admettant la grandeur des digressions on serait obligé d- admettre que le diamètre périgée doit être plus que quadruple, et, le disque plus de seize fois plus grand que dans l'apogée. Et cependant l’expérience de tous les siècles dément cette conséquence nécessaire. 11 y a, dans la doctrine astronomique, d’autres absurdités qu’il n’est pas nécessaire de critiquer dans ce moment. L’astronomie ne sait donner aucune raison aux mouvements inégaux, et si elle admet quelques principes, ce n’est pas pour en prouver la certitude, mais pour donner une base quelconque à ses calculs. Entre plusieurs explications qui conduisent aux mêmes conséquences telles que celle de l’excentrique et de l’épicycle, elle choisit celle qui lui parait la plus facile à comprendre. C’est la Hévélation seule qui pourrait faire connaître les véritables causes : que le défaut de vraisemblance ne nous empêche donc pas d’ajouter

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à tant d’hypothèses invraisemblables, une hypothèse nouvelle, qui n’estpasplus absurde ; admettons* la bien plutôt si elle est belle, facile, et donne lieu à un grand nombre d’observations nouvelles.»

Les seuls termes de ce préambule prouvent assez qu’il n’a pas été écrit par Copernic. Gassendi en donne la clef en faisant remarquer que : « Andréas « Osiander a jugé nécessaire de mettre en tôle de « l’ouvrage une courte préface : tandis que Copernic « annonçait le mouvement de la Terre comme une vé- « rité,il voulait la faire passer comme une hypothèse.»

Après l’avertissement d’Osiander, l’ouvrage reproduit une lettre adressée à Copernic par Nicolas Schomberg, cardinal de Capoue. Voici cette lettre, datée du 1" novembre 1536:

« Comme tout le monde maintenant me parle, depuis quelques années, de tes mérites, j’ai commencé. à examiner attentivement tes pensées et je me range à côté des hommes de notre pays auprès desquels tu jouis d’une si haute renommée. Je me suis aperçu que non seulement tu scrutais d’une manière supérieure les travaux des anciens mathématiciens, mais que tu as trouvé une nouvelle interprétation du mécanisme céleste ; tu annonces le mouvement de la Terre et l'immobilité du Soleil qui occupe le centre de l’univers. La- Lune, placée entre Mars et Vénus dans l’espace d’une année accomplit sa révolution autour du Soleil. Je viens aussi d'apprendre que tu as élaboré des commentaires qui donnent la raison de cette astronomie nouvelle et que tu as formé des tables dans lesquelles les mouvc-

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menls des étoiles sont calculés, avec l’admiration de tous ceux qui les ont examinés. Voilà pourquoi je te prie, homme illustre, de m’envoyer ces commentaires, ces tables, ainsi que tout ce qui a rapport à ce travail. J’ai chargé Théodore de Reden d’en prendre les copies à mes frais et de me les expédier. Si lu satisfais à ma demande, entends-toi avec cet homme qui désire vivement prendre le plus tôt possible connaissance d’un ouvrage d’un si grand mérite. »

C’est après ces deux documents que se trouve seulement la préface de Copernic même, sous la forme * d’épître au pape, et intitulée «ad Sanctissimum dominum Paulum III, ponlificem maximum, Nicolaï Copernici præfatio. » Nous venons déjà de voir tout-àl’heure avec quels accents de conviction profonde il expose le résultat de ses travaux. Nous remarquerons encore dans cette préface les sentiments suivants :

« Je dédie fhon ouvrage à Votre Sainteté, dit-il,

« pour que tout le monde, les savants et les ignorants^

« puissent voir que je ne fuis point le jugementet l'exact men.

« Votre autorité et votre amour pour les sciences en « général et pour les mathématiques en particulier « me serviront de bouclier contre les méchants et « perfides détracteurs, malgré le proverbe qui dit qu’il « n’y a pas de remède pour la morsure d’un calom- « nialeur.

... « Les mouvements du Soleil et de la Lune sont « indiqués avec si peu de précision dans les hypo- « thèses anciennes qu’ils ne peuvent désigner la

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« constante et éternelle longueur de l’année. Les an- « ciens ne se servent pas des mêmes principes pour « expliquer les révolutions des corps célestes. Tantôt « ils admettent des cercles excentriques, tantôt des « épicycles dont l’application ne se conforme pas avec « l’ensemble du système. Ils n’ont aucune base cer- « taine. Le problème le plus important, la forme du « monde et la symétrie des corps célestes, il n’ont pas « su les inventer ou démontrer. Leur système ressemble « au corps d’un monstre composé de membres ramas- ' « sés au hasard.

« En observant les mouvements des planètes, en rap- « port avec la rotation de la Terre, non-seulement « nous rencontrons une parfaite analogie et concor- « dance, mais encore nous trouvons dans l’ensemble « des corps célestes un ordre et une symétrie; le « monde entier forme un tout harmonieux dont les « parties sont si bien liées entre elles c[u’on n’en peut « pas déplacer une seule sans introduire le désordre et « la confusion. Je suis certain que les savants et .pro- « fonds mathématiciens applaudiront à mes recher- « elles, si comme il convient aux vrais philosophes, « ils examinent à fond les preuves que j’apporte dans « cet ouvrage. Si des hommes légers ou ignorants « voulaient abuser de quelques passages de l’Écriture « dont ils détournent le sens, je ne m’y arrêterais pas, « je méprise d’avance leurs attaques téméraires. Est- « ce que Laclance, d’ailleurs écrivain célèbre, mais « faible mathématicien, n’a pas voulu tourner en ridi- « cule les hommes qui croyaient à la sphéricité de la

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« Terre ? 11 n’est donc pas étonnant que le même sort « me soit réservé. Les vérités mathématiques ne doi- « vent être jugées que par des mathématiciens. Si mon « opinion ne me trompe pas, mes travaux ne seront pas « sans quelque utilité pour l’Église, dont Votre Sain- « teté tient dans ce moment le gouvernail. »

L'ouvrage de Copernic s’ouvre ensuite, et commence par la démonstration de la sphéricité de la Terre. Nous nous ferons un devoir et un honneur de donner plus loin l’analyse de cette œuvre gigantesque, et d’en traduire les passages fondamentaux. Qu’il nous suffise de dire ici que le livre de Révolu tionib us orbiilm celcstium démontre mathématiquement la situation du Soleil au centre du système planétaire et le double mouvement de rotation diurne et de translation annuelle de la Terre, en un mot les principes de l’astronomie moderne tels que les travaux personnels de Copernic nous les ont présentés dans le chapitre précédent. Ainsi fut affirmée pour la première fois la réalité de la constitution physique de l’univers, jusqu’alors voilée sous des apparences. Cependant nous allons voir que déjà avant Copernic on avait songé à celle réalité.

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