‹ Vie de Copernic et histoire de la découverte du système du mondeChapitre 45 sur 68 · SÉNÈQUE. — PLATON · texte numérisé non relu

SÉNÈQUE. — PLATON

ron : « La Terre est notre nourrice, et, soutenue par l'axe qui la traverse, elle produit la nuit et le jour, et elle est la première et la plus ancienne gardienne des cor j)S célestes. »

La .traduction de Platon par M. Émile Saisset donne ce passage dans les termes suivants : « Quant à la Terre, notre nourrice, et qui s’enroule autour de Taxe qui traverse tout l’univers, Dieu en lit la gardienne et l'ouvrière du jour et de la nuit, comme aussi la première et la plus ancienne des divinités néesdans l’intérieur du Ciel. »

Et le traducteur ajoute : Ne pas croire, avec Aristote et quelques autres, que Platon attribue .à la Terre un mouvement de rotation au centre du monde. Cela serait absolument contraire à tout le système astronomique de Platon. M. Th. Henri Martin explique à merveille ce passage controversé dans les lignes suivantes de la note xxxvii de ses Études sur le Timée de Platon.

« Ce membre de phrase signifie que la Terre se serre fortement autour de l’axe qui traverse l’univers, et est ainsi la productrice du jour et de la nuit par sa résistance au mouvement en même temps qu’elle en est la gardienne par son immobilité. C’est évidemment en ce sens que le faux Timée de Locres l’appelle la limite, Ô/505, des jours et des nuits. Plutarque, interprétant Platon, la compare à l’aiguille du cadran solaire ; c’est son repos, dit-il, qui donne aux astres un lever et un coucher. Le participe présent tàlopévm exprime parfaitement l’effort continuel d'où cette immobilité résulte. »

LES PnÉDÉCESSEraS DE COPERNIC. .

Dans son curieux trailé sur « La face qui paraît sur la Lune », Plutarque nous ofire le passage suivant, qui est parfaitement explicite : « Cléanthe le Samien voulait que les Grecs accusassent Aristarque d’impiété pour avoir, disait-il, troublé le repos de Vesta et des Dieux lares, protecteurs de l’univers, lorsqu’on raisonnant d’après les apparences il supposait que le ciel était immobile, que la Terre faisait une révolution oblique le long du Zodiaque, et qu’outre cela elle tournait sur son axe (1). »

Cette remarque nous montre en mèmè temps que, plus de dix-liuit siècles avant Galilée, l’opinion du mouvement de la Terre avait déjà été dénoncée comme irréligieuse, les hommes avec autant de vanité au troisième siècle avant notre ère qu’au dix-septième siècle de notre histoire chrétienne, ayant cru bonnement que Dieu avait tout créé pour nous, et ayant associé la théologie à la physique en s’imaginant pénétrer et interpréter les desseins du Créateur. La physique d’alors était fausse. En la renversant pour mettre à sa place la réalité si lentement conquise, on ébranlait la métaphysique édifiée sur cette fausse charpente, et les tentatives scientifiques, quoique éminemment morales et civilisatrices, étaient redoutées par les représentants des religions officielles.

Dans un ouvrage d’érudition publié au siècle dernier (2), dans le but de rendre aux ançiens une partie

1. Plutarque, Œuvres morales, édition Didier, tome IV, p. 424.

2. Recherches sur l'origine des découvertes attribuées aux modernes, par Dutens, 1766.

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