PLUTARQUE. — LES PYTHAGORICIENS
des découvertes modernes, l’auteur a résumé les documents relatifs au système de Copcrùic en un chapitre dont quelques paragraphes ne seront pas déplacés ici.
Pythagore a naturellement la première place. « Pythagore, dit-il, croyait que la Terre était mobile et n’occupait point le centre du monde, mais quelle avait un mouvement circulaire autour de la région du feu, par laquelle il entendait le Soleil, et formait ainsi les jours et les nuits. On dit que Pythagore avait appris cette doctrine chez les Égyptiens, qui représentaient le Soleil sous l’emblème d’un scarabée, parce que cet insecte passe six mois sous la terre et les six autres mois au dessus, ou bien parce qu'il forme une boule avec ses excréments et, se' couchant ensuite sur le dos, fait tourrïer cette boule avec ses pattes. »
L'auteur de ce livre renvoie ici à un passage de la Vie de Numa de Plutarque où il est dit : « Les Pythagoriciens ne croient pas la Terre immobile ni située au milieu du monde, mais être suspendue et en mouvement circulaire autour du feu (rô 7 tû/s)».
On lit encore dans le même livre : « Quelques-uns, entre autres Diogène de Laërce, attribuent cette opinion à Philolails, disciple de Pythagore, mais il paraît qu’il n’a eu que le mérite dé l’avoir divulguée le premier, ainsi que plusieurs autres opinions de son école, car Eusèbe affirme expressément que Philolaüs avait le. premier. exposé par écrit le système de Pythagore. — Plutarque semble insinuer que Timée de Locres, aussi disciple de Pythagore, avait eu la même opinion ; et que lorsqu’il disait que les planètes étaient animées, et
qu’il les appelait les différentes mesures- du temps, il voulait dire seulement que le Soleil, la Lune et les autres planètes servaient à mesurer le temps par leurs révolutions, et que la Terre ne devait pas être imaginée toujours stable dans le même lieu, mais mobile et dans un mouvement circulaire, comme Aristarqce de Samos et Séleucus l’ont enseigné depuis.— Théophraste, cité par Plutarque, a écrit dans une histoire de l’astronomie qui n’est pas parvenue jusqu’à nous, que Platon, qui avait toujours enseigné que le Soleil tournait autour de la Terre, revint de cette erreur dans un âge plus avancé, et se repentit de n’avoir pas placé le Soleil d»ms le centre du monde, comme le lieu qui convenait le plus à cet astre, et d’y avoir placé la Terre contre l’ordre le plus naturel (1) ; il n’est pas étonnant que Platon soit revenu à cette opinion, en ayant été imbu de bonne heure dans les écoles de deux célèbres pythagoriciens, Archylas de Tarente et Timée de Locres, Si l’on en croit ce qui est rapporté dans l’apologie des chrétiens par saint Jérôme contre Hulin. »
On voit que depuis longtemps on s’est occupé à rechercher dans les diverses couches de l’antiquité les racines de l’opinion du mouvement de la Terre. Nous venons de reproduire successivement et en commençant par les indications dues à Copernic lui-même, les idées avancées sur ce problème par Nicétas de Syracuse, 'Philolaüs, Héraclides de Pont, Ecplianlus, Marlianus Capella, Ptolémée, Aristote, Archimède, Sénèque,
J. Plutarque, Vie de Numa.
Aristarque de Samos, Séleucus, Archylas de Tarente, Timée de Locres cl la plupart des pythagoriciens. L'opinion du mouvement de la Terre est encore citée par Stobée (1), Diogène de Laërce (2), Eusèbe (3), comme remontant aussi à Pliilolaüs. Comme Plutarque, Clément d’Alexandrie (4) l’attribue aux pythagoriciens en général. Théon de Smyrne expose que d’après l’histoire de l’astrologie d’Eudème, Anaximandre passait pour avoir établi que « la Terre est suspendue dans l'espace et se meut autour du centre du monde ». Sexlus Empiricus met cette opinion sur le compte d’Aristarque. Humboldt proclame (5) qu’Arislarque de Samos et surtout Séleucus de Babylone furent les premiers qui, un siècle et demi après Alexandre, combinèrent le mouvement de la Terre sur elle-même avec l’orbite tracée autour du Soleil comme centre de tout le système planétaire.
Le plus curieux, c’est que les anciens avaient même pensé au mouvement de rotation des planètes, qui n’a été découvert qu’au xvne siècle à l’aide des lunettes astronomiques et des observations les plus minutieuses. Eusèbe rapporte que suivant Atticus le platonicien, Platon ajoutait « à ce mouvement commun qui porte tous les astres, tant fixes qu’errants, à faire leur révolution le long de leur orbite, un autre