‹ Vie de Copernic et histoire de la découverte du système du mondeChapitre 67 sur 68 · DE L’OUVRAGE DE COPERNIC · texte numérisé non relu

DE L’OUVRAGE DE COPERNIC

Après nous être mis en relation avec le grand astronome et avec son œuvre, il est intéressant et instructif pour nous de prendre en mains-son livre lui-mème et de le parcourir attentivement, pour nous rendre compte des points fondamentaux de sa méthode et de sa démonstration.

Nous avons vu que cet immortel ouvrage, qui, en changeant la face de l’astronomie fit faire à l’esprit humain un progrès immense, parut pour la première fois en 1543, à Nuremberg, sous ce titre: Nicolai Copernici Torincnsis, de Revolulionibus orbium cœlestium, libri VI.

Sur la page même du titre, l’imprimeur ou l’éditeur avait ajouté cette sorte d’annonce:

« Tu as dans cet ouvrage nouveau, studieux lecteur, les mouvements des étoiles, tant fixes qu’errantes, rétablis d’après les observations tant anciennes que récentes et , en outre, expliquées par de nouvelles hypothèses extrêmement' curieuses. Tu y trouveras aussi des tables très-expéditives au moyen desquelles tu pourras calculer très-facilement, pour tel temps que tu voudras, ces mêmes mouvements. Donc» achète, lis, instruis-toi. »

l’ouvragf. de copernic.

L’ouvrage commencé par le malencontreux avertissement, ou préambule d’Osiandre, dont nous avons parlé, lequel, placé là sans signature, a donné lieu à de si lourdes méprises. Osiandre s’était proposé d’obtenir pour l’ouvrage l’indulgence des lecteurs, sans songer qu’en s’y prenant de cette manière, il s’exposait à ternir le beau caractère de Copernic, ce qui était loin de sa pensée.

Après le préambule d’Osiandre, vient la lettre de Schomherg, cardinal de Capoue, lettre que nous avons précédemment reproduite, et par laquelle le cardinal, en donnant à Copernic les plus grands éloges, le pressait vivement de publier son œuvre, dans l’intérêt de la science. Osiandre, qui comptait beaucoup sur le bon effet que produirait infailliblement l’opinion d’un prince de l’Église, avait dû obtenir du cardinal l’autorisation de publier sa lettre. ,

Vient ensuite l’épitre que Copernic adresse au pape : '

«Ad sanctissimum Dominum Paulum III pontificem maximum, Nicolai Copernici præfatio. » Cette épitre qui occupe cinq pages, était certainement la seule préface que Copernic se fût proposé lui-même de placer en tète de son ouvrage. S’il en eût voulu une autre, il l’cùt demandée à son cher Hhéticus, et l’on ne peut douter que celui-ci ne se fût empressé d’accomplir une volonté qui était sacrée pour lui:

Nous avons reproduit plus haut cette présentation, cette dédicace si remarquable de l’astronome polonais au chef de la chrétienté. L’ouvrage proprement dit commence seulement après ces trois documents. Parcourons-le rapidement pour notre édification scientifique, et arrêtons-nous aux passages fondamentaux.

Les premières propositions qui se présentent au début du Livre Premier sont celles-ci :

« La Terre est sphérique, parce que, ainsi que le disaient les anciens, la sphère est de toutes les figures la plus parfaite. C’est d’ailleurs, celle qui sous la même étendue en superficie

circonscrit, en tout sens, Je plus grand espace. Le Soleil et la Lune sont de forme sphérique. C’est la forme qu’alfectent na. turellement les corps, comme on le voit par les gouttes d’eau. Ainsi, sans nul doute, tous les corps célestes sont de forme sphérique.

Dans l’édition de 1617, annotée par Muller, je remarque après ce premier petit chapitre sur la perfection de la sphère une note qui le confirme par d’autres considérations et se termine par cette figure, que l’on attribue ordinairement à Pascal, et qui lui est par conséquent bien antérieure : « Si l’on voulait définir Dieu, on pourrait dire que Dieu est une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part. »

Le chapitre II a pour objet de démontrer que la Terre est sphérique comme l’univers.

Les raisons par lesquelles se prouvait alors cette sphéricité, sont à peu près les mêmes que celles qu’avait données Ptolémée. Un objet visible au loin, placé au sommet du grand mât d’un navire, et vu du rivage, parait descendre à mesure que le vaisseau s’éloigne; il disparait le dernier, après toutü& les autres parties du vaisseau. — Les eaux tendent à s’écouler vers les lieux les plus bas. — La sphéricité de la Terre est encore prouvée par les éclipses de lune, où l’on voit ronde l’ombre de la Terre.

Le chapitre 3 établit que la terre et les eaux forment un seul et même globe. Les mers pèsent par leur phids sur le fond de leurs lits et continuent la sphéricité de la planète. Ainsi dit l’auteur « la Terre n’est pas plate, comme Empédocle et AnaximèHe le pensaient, ni en forme de tarbbour comme le croyait Leucippe, ni en forme de barque comme le disait Heraclite, ni creuse comme le supposait Démocrite, ni cylindrique comme l’enseignait Anaximandre, ni portée sur des racines infinies , comme le pensait Xénophane ; mais elle est d’une sphéricité absolue, comme les philosophes le sentent. »

Le chapitre 4 examine si le mouvement des corps célestes est uniquement et perpétuellement circulaire, ou bien composé

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de mouvements circulaires. M arrive de là à l’état de notre globe.

« La Terre a-t-elle un mouvement circulaire ? Quel est le lieu de la Terre ? La terre est un globe, de cette forme résulte-t-il un mouvement ? Quelle est la position de la Terre dan- l’Univers ? Voilà ce qu’il faut éclaircir, si l’on veut se rendre raison des mouvements. — Presque tous les auteurs s’accordent à supposer la Terre immobile; l’opinion contraire leur parait même ridicule. Cependant, si l’on examine attentivement la question, on verra qu’elle n’est rien moins que résolue. Tout changement observé vient ou du mouvement de l’objet ou de celui de l’observatçur, ou du mouvement relatif de l’un à l’autre ; car, si les deux mouvement étaient égaux, on n’aurait aucun moyen de les apercevoir C’est de dessus la Terre que nous observons le Ciel ; si fa Terre a un mouvement, le Ciel nous paraîtra se mouvoir en un sens contraire. Tout le ciel parait transporté d’orient en occident en 2't heures ; laissez le ciel en repos, et donnez ce mouvement à la Terre, mais d’occident en orient, vous aurez toutes les mêmes apparences. » (chap. V.)

Le raisonnement est de la plus grande justesse; il avait déjà été fait par les anciens qui les premiers ont attribué ce mouvement à la Terre ; on en voit le germe dans Euclide, Le Ciel est le contenant, la Terre le contenu ; on . ne voit pas pourquoi on attribuerait ce mouvement au premier plutôt qu’à l’autre. Copernic considère ensuite l’immensité du Ciel comparé à la Terre. « Les horizons de la Terre, dit-il, partagent le ciel en deux parties égales, donc le volume de la Terre est un point, et ce point n’est pas sensiblement éloigné du centre. Si vous observez le Cancer à l’Orient vous verrez le Capricorne à l’Occident. Les deux rayons sont une même droite, cette droite est le diamètre de l’écliptique. »

Si la sphère céleste est immense, comment concevoir qu’elle tourne en 24 heures ? N’est-il pas plus naturel d’attribuer ce mouvement à la Terre et à la Terre seule; car, si elle tournait

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avec le Ciel d’un mouvement commun, nous ne verrions aucun changement dans le spectacle du Ciel ; les étoiles et le soleil seraient toujours, pour un môme observateur, à la même distance angulaire du méridien. Il est donc naturel de penser que la Terre tourne autour de son axe, et que la sphère céleste est immobile.

L’astronome théoricien et historien arrive ensuite aux raisons qui ont pu faire croire aux anciens que la Terre était immobile au centre du monde. La Terre est très-grave c’est-à-dire très-pesante, elle est le centre des graves qui se dirigent vers son centre. La Terre étant sphérique, toutes les normales se dirigent vers ce centre. Le centre de la Terre est celui des graves; ce centre doit être immobile. Ici il rapporte les raisonnements d’Aristote et de Ptolémée, pour les réfuter dans le chapitre suivant.

Les anciens ont objecté au mouvement de la Terre, comme nous l’avons vu précédemment, que ce mouvement devrait , lancer dans l’espace les objets non soudés au sol, les eaux, les pierres, les animaux, les hommes, à cause de la rapidité. Mais, réplique l’astronome, si la sphère des étoiles tournait en 24 heures, cette dispersion ne serait-elle pas plus à craindre, le mouvement étant infiniment plus considérable? Ce mouvement si rapide serait-il nécessaire pour empêcher les étoiles de tomber sur la Terre ? En ce cas, le Ciel n’aurait pas de bornes; plus le rayon augmenterait, plus le mouvement serait rapide; le rayon et le mouvement croîtraient ensemble et à l’infini. Or, ce qui est infini ne peut ni passer, ni se mouvoir; donc le Ciel sera immobile.

Copernic paie ici Aristote en sa propre monnaie; mais ensuite il abandonne aux disputes'des métaphysiciens la question du monde fini ou infini. «Ce qui est incontestable, c’est la sphéricité de la Terre; or, le mouvement convient à cette forme, pourquoi hésiterions-nous à l’admettre sansnous inquiéter de ce que nous ne pouvons savoir ? Admettons donc la révolution diurne de la Terre. » 11 cite à l’appui de son assertion le vers Provehimur porlu ? terræque urbesque recedunt.

l’ouvrage de copernic.

Ceux qui sont sur un vaisseau attribuent leurs mouvements aux objets extérieurs; c’est ce qui nous arrive: quand la Terre tourne, tout le ciel nous parait tourner. Les nuages et tout ce qui est porté dans l’air, participe au mouvement de laTerre;ce mouvement est commun à toute l’atmosphère, ou du moins, ajoutait Copernic, à la partie la plus voisine qui, par l’effet du contact, doit être entraînée sans que rien s’y oppose. Quant à la partie supérieure, elle pourrait être destituée de mouvement. Copernic aurait pu ajouter que l’atmosphère entière participe aux mouvements de la terre. J’ai calculé récemment que ce n’est qu’à 10,000 lieues de hauteur que la force centrifuge développée par la rotation du globe serait égale à la pesanteur et ne laisserait plus adhérentes à la planète les molécules d’air qui pourraient y exister. Mais l’atmosphère, même dans ses zones supérieures les plus légères, ne s’étend pas à plus de quelques centaines de lieues , de hauteur; et celle qui nous fait respirer ne s’étend pas à plus de 50 kilomètres.

Après quelques développements métaphysiques, l’auteur conclut que le mouvement de la Terre est plus probable que son repos.

« S’il existe plusieurs centres, on peut douter que le centre du monde soit celui de la Terre et de la gravité terrestre. La gravité n’est qu’une tendance naturelle donnée par le Créateur à toutes les parties, qui les porte à se . réunir et à former des globes. Il est croyable que c’est cette force qui a donné au Soleil, à la Lune et aux autres planètes une forme sphérique, ce qui ne les empêche pas d’accomplir leurs révolutions diverses. Si donc la Terre a un mouvement autour d’un centre, ce mouvement sera semblable à celui que nous apercevons dans d’autres corps ; nous aurons un circuit annuel. Le mouvement du Soleil sera remplacé par le mouvement de la Terre. Le Soleil étant devenu immobile, les levers et les couchers des astres, toutes les circonstances observées, auront lieu de même ; les stations et les rétrogradations tiendront au mouvement de la Terre, le Soleil sera au centre

<Ui monde; c’est ce qu’exige l’ordre selon lequel tout se succède, c’est ce que nous enseigne l’harmonie du monde, c’est ce qu’on sera forcé d’admettre, si l’on y veut faire une attention sérieuse. »

Cette exposition nous montre que Copernic est le premier qui ait médité sérieusement sur ce point fondamental du système du monde, ou que si d’autres ont commencé, nul n’a pu réussir à exposer ses motifs d’une manière un peu plausible > car, s’ils l’eussent fait, il serait étonnant qu’il n’en fût demeuré aucun vestige. Archimède nous dit qu’Aristarque a écrit contre les astrologues, pour leur prouver que la Terre se meut ; mais Archimède ne paraît pas bien convaincu de la valeur de ce système.

.Nous arrivons ensuite au chapitre X, intitulé «de l’ordre des orbes célestes». Personne ne révoque en doute, dit l’astronome, que le Ciel des étoiles ne soit le plus élevé. Les anciens philosophes ont rangé les planètes d’après la longueur de leurs révolutions, par la raison que le mouvement étant le même pour toutes, les objets éloignés doivent paraître se mouvoir plus lentement. Ils ont cru que la Lune était la plus voisine de toutes les planètes, parce qu’elle fait sa révolution en moins de temps qu’aucune autre ; que Saturne devait être plus éloignée que toutes les autres puisqu’elle emploie plus de temps à parcourir une orbite plus grande. Au-dessous, ils ont placé Jupiter et ensuite Mars. Les sentiments ont été partagés sur Vénus et Mercure. Les uns, comme le limée de Platon, les placentau-dessusdu Soleil, lesautres.commePtolémée, croient qu’elles sont au-dessous. Alpétrage place Vénus au-dessus et Mercure au-dessous. Les platoniciens ont pensé que les planètes, qui ne s’éloignent pas beaucoup du Soleil, devraient avoir des phases comme la Lune, si elles étaient au-dessous du Soleil. Elles devraient produire des éclipses ; or, c’est ce qu’on n’a jamais observé; donc, disaient-ils, ces planètes sont supérieures au Soleil.

Ceux qui placent Vénus et Mercure au-dessous, se fondent sur l’intervalle qu’il y aurait entre le Soleil et laLunc. La plus

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grande distance de la Lune à la Terre est de 64 - diamètres

de la Terre; ils en trouvent 1160 dans la plus petite distance du Soleil ; il y en aurait donc 1096 de la Lune au Soleil : dans cet intervalle, ils ont cru devoir placer Vénus et Mercure. Ils ontdonnél!7 de ces parties à l’orbe de Mercure ct910 à celle de Vénus, en sorte qu’aucun de ces orbes ne s’entrecoupe* De plus ils donnent à ces deux planètes une lumière propre, ou bien ils supposent que pénétrées de la lumière solaire, elles sont brillantes en toute position ; d’ailleurs les éclipses solaires qu’elles pourraient produire seraient très-rares à cause de leurs latitudes. Vénus et surtout Mercure ont un diamètre si petit, qu’elles ne pourraient jamais cacher plus d’un centième du disque solaire, comme le veut Albategni, qui estime que le diamètre de Vénus n’est qu’un dixième de celui du Soleil (il n’en est guère qu’un trentième.) Ces planètes ne formeraient donc que des taches imperceptibles. Averroès, dans son Commentaire sur l'Almageste, dit qu’il a vu des points noirs sur le Soleil au temps des conjonctions de ces planètes ; voilà pourquoi on a mis ces planètes au dessous.

Dans ce chapitre fort curieux, il y a une difficulté que je ne parviens pas à résoudre, contre laquelle Bailly s’est élevée, et que Delambre a passée sous silence. Copernic y laisse croire que les étoiles peuvent être éclairées par le Soleil, et non briller d’une lumière propre. Il nous semble étrange, aujourd’hui que nous connaissons l'immensité de la distance des étoiles, d’entendre supposer qu’elles puissent réfléchir la lumière du Soleil, qui n’est qu’une petite étoile, invisible pour la plupart d’entre elles. Mais en nous reportant au xvi* siècle nous pouvons concevoir que le génie du grand astronome n’ait pu s’élever d’un seul bond jusque là, et, tout en calculant déjà leur immense éloignement, puisqu’il dit que le diamètre de l’orbite terrestre n’est rien à côté, qu’il ait gardé l’idée de la possibilité de leur éclairement par les rayons solaires. Dans une note ajoutée à ce chapitre, Muller remarque que Kepler

ne croit pas à cette illumination: « Vir insignis Joannes Keplerus, philosophus et mathematicus e paucis, hypotheseon de motu terræ assertor acerrimus, stellas fixas a sole nostro illuminari posse negat, cpistola ad Galileurn ». Peutêtre le mot stellas employé par Copernic dans ce chapitre s’applique-t-il seulement aux planètes ; mais cela n’est pas probable, et en d’autres endroits du reste il considère vraiment le Soleil comme le roi de l’univers entier, brillant au centre de la sphère des fixes.

Pour expliquer les digressions de Vénus et de Mercure, remarque-t-il encore dans ce chapitre, il faut supposer que la Terre n’est pas le centre des orbes. Il en est de même pour prouver que Saturne est plus éloigné que Jupiter ? En conséquence, la meilleure opinion est celle de Martianus Capella et de quelques auteurs latins, qui enseignèrent que Vénus et Mercure tournent autour du Soleil ; alors les digressions seront déterminées nécessairement par le rayon de leur orbite. Ces planètes n’entourent pas la Terre.

En résumé, l’orbe de Mercure sera renfermé dans l’orbe de Vénus. Qui nous empêche de rapporter au même centre, Saturne, Jupiter et Mars ? il nous suffira de donner des rayons convenables à leurs orbes , qui embrasseront celui de la Terre. Ces planètes en opposition sont évidemment plus voisines de la Terre qu’en toute autre position et surtout que dans leurs conjonctions, ce qui indique assez que le Soleil est leur centre comme celui de Mercure et' de Vénus ; entre ces planètes et Mars, nous placerons l’orbite de la Terre et autour de la Terre l’orbite de la Lune qui ne peut se séparer de la Terre. Nous pouvons donc, ajoute-t-il, déclarer hautement que cette orbite de la Lune et le centre de la Terre tournent en un an autour du Soleil, le long d’une vaste orbite dont le Soleil occupe le centre. Le Soleil sera immobile et toutes les apparences seront expliquées par le mouvement de la Terre. Le rayon de cette orbite, quelque grand qu’il soit, n’est pourtant rien en comparaison de celui des fixes; ce qu’on nous accordera d’autant plus aisément, que cet intervalle est

partagé en une infinité d’orbes particuliers par ceux mêmes qui ont voulu retenir la Terre au centre. La nature ne fait rien de superflu, rien d’inutile et sait tirer de nombreux effets d’une cause unique. Tout cela paraîtra difficile et presque incroyable; mais avec l’aide de Dieu, nous le rendrons plus clair que le soleil, du moins pour ceux qui ne sont pas étrangers aux mathématiques. Ainsi partant de ce principe, le plus probable de tous, que les orbes augmentent en grandeur, quand les révolutions sont plus longues, l’ordre des sphères, à commencer par le haut, sera tel qu’il suit :

« Sur la position la plus élevée, dit-il, se trouve la sphère des étoiles fixes, sphère immobile qui embrasse l’ensemble de l’univers. Parmi les planètes mobiles, la première est Saturne , qui a besoin de trente ans pour faire sa révolution. Après elle, Jupiter accomplit son chemin dans l’espace de douze ans ; suit Mars, qui a besoin de deux ans. Dans la quatrième ligne se trouvent la Terre et la Lune, qui dans l’espace d’une année arrivent à leur point de départ. La cinquième place est occupée par Kénus, qui a besoin de neuf mois pour faire sa route. Mercure occupe la sixième ligne ; il a seulement besoin de quatre-vingts jours pour décrire son orbite. Au milieu de tous réside le Soleil. Quel est l’homme qui, dans ce temple majestueux pourrait choisir une autre et meilleure place pour ce brillant flambeau qui illumine toutes les planètes avec leurs satellites? Ce n’est pas sans raison qu’on nomme le Soleil la lumière du monde, l’âme et la pensée de l’univers. En le plaçant au centre des planètes, comme sur un trône royal, on lui laisse le gouvernement de la grande famille des corps célestes ».

Ce passage est l’un des plus beaux du livre de Copernic, il témoigne plus que nul autre peut-être de la fréquentation des auteurs latins dans la compagnie desquels se plaisait son esprit distingué, et je ne puis résister au plaisir de le reproduire textuellement. Voici ce remarquable fragment :

« Prima et suprema omnium est stellarum fixarum sphæra

seipsam et omnia continens... Sequitur crrantium primus Saturnus, qui 30 anno suum complet circuitum. Post hune Jupiter duodecennali revolutione mobilis. Deinde Mars qui bicnnio circuit. Quartum in ordine annua revolutio locum obtinet, in quo Terram cum orbe Lunari tanquam epicvclo contineri diximus. Quinto loco Venus nono mense reducitur, Sextum denique locum Mercurius tenet octoginta dierum spatio circumcurrcns. In medio vero omnium residet Sol. Quis enim in hoc. pulcherimo templo lampadem hanc in alio vel meliori loco ponerct, quam unde totum possit illuminare? Siquidem non inepte quidam lucernam mundi, alii mentem, alii rectorcm vocant, Trimegistus visibilem deum, Sophoclis Electra intuentem omnia. Itaprofecto tanquam in solio regali Sol résidons circum agentem gubernat astrorum familiam (1) !»

Au milieu réside le Soleil pour qu’il puisse tout éclairer. La Terre est de plus éclairée par la Lune qui tourne autour d’elle. Cet ordre présente une symétrie admirable, une relation de mouvements et de grandeurs; Copernic aurait pu

1. On reconnaît dans cette belle etéloquentedescriplion, comme chez tous les astronomes du xvu' siècle, les traces d’un long commerce avec l’antiquité classique Copernic avait en vue les passages suivants : Cicéron Somninm Scipionis, c. 4 ; Pline L, II, c. 3. et Mercure Trismégistc L. V Ip. 195 et 201, édit, de Cracovie 1580). L’allusion à l’Electre de Sophocle est «obscure, car ce n’est pas dans cette nièce que le Soleil est appelé « omnia intuens ». mais bien dans 1 Iliade et dans l’ Odyssée ainsi que dans les Choéphores d'Eschyle (v. 980), que Copernic n’a pas pu prendre pour l’Electre. D’après une conjecture de Bœckh. l’alLusion vient d’un défaut de mémoire ; Copernic se sera rappelé d’une manière vague le vers 809 de Y Œdipe à Colorie de Sophocle II est assez singulier que dans la biographie deConcrnic, parCzynski.(ft'opcrm7i et ses travaux, 1847, p. 102), YElectre du tragique grec ait été confondue avec les courants électriques. L'auteur a traduit comme il suit, le passage cité pins haut : « Si on prend le Soleil pour le flambeau de l’univers, pour son âme, four son guide-, si Trismégiste le nomme un Dieu, si Sophocle le croit une puissance électrique qui anime et contemple l’ensemble de la création.... etc. »

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ajouter, une simplicité qu’on ne trouve dans aucune autre hypothèse et que personne n’a jamais contestée.

Copernic ajoute à ce résultat un examen comparatif des phénomènes de détail envisagés dans les deux hypothèses. Si la Terre est une planète, elle se transporte, dans l’intervalle de six mois d’un point de l’orbite au point diamétralement opposé. On a ainsi une base propre à déterminer les distances des diverses planètes à la Terre. C’est de cette manière qu’il obtient par la mesure des angles situés aux deux extrémités de cette base les distances des diverses planètes au Soleil, exprimées en parties des distances de la Terre à ce même astre.

Connaissant les rayons comparatifs de l’orbite de la Terre, de l’orbite de Mars, de l’orbite de Jupiter et de l’orbite de Saturne, connaissant de plus le temps que ces différentes planètes emploient à faire une révolution complète autour du Soleil, Copernic put calculer la vitessc avcc laquelle ces planètes se meuvent.

Le résultat de ce calcul fut que la Terre parcourt dans un temps donné plus d’espace que Mars; Mars plus d’espace que Jupiter, et Jupiter plus d’espace que Saturne. De là se déduisait la conséquence que si les espaces parcourus par la Terre et par Mars sont parallèles comme aux époques des oppositions, Mars doit paraître rétrograder, ou se mouvoir sur la sphère des étoiles, en sens contraire du déplacement réel de la Terre. Une conséquence pareille arrive à plus forte raison pour Jupiter et Saturne.

L’étendue de la rétrogradation et les moments des stations avant et après l’opposition se liaient à cette explication d’une manière admirable et le phénomène qui avait, non sans raison, tant embarrassé l’antiquité, se trouvait ainsi rangé parmi les simples apparences, résultat inévitable du mouvement de translation de la Terre.

C’est, à mon avis, dit Arago, danscettc belle démonstration que réside principalement la découverte de Copernic.

Qu’on remonte par la pensée à l’époque où fut composé

l’ouvrage sur les révolutions célestes et l’on s’associera au sentiment d’admiration sans réserve qui a fait dire à Bailly :

« 11 faut oublier le mouvement que nous voyons pour croire à celui que nous ne sentons pas. C’est un homme seul, qui ose le proposer, et tout cela pour substituer une certaine vraisemblance de l’esprit sentie par un petit nombre de philosophes, à celle des sens qui entraîne la multitude. Ce n’est pas tdut: il fallait détruire un système reçu , approuvé dans les trois parties du monde, et renverser le trône de Ptolémée,

qui avait reçu les hommages de quatorze siècles Un

esprit .séditieux donne le signal, et la révolution s’opère! »

Ce chapitre, dit Delambre,' surpasse tout ce qu’on avait écrit sur le système du monde; il assure à son auteur une gloire immortelle. Mais que des réflexions qui paraissent si naturelles et si simples n’aient jamais été faites ou rassemblées, c’est ce qui serait plus étonnant même que la découverte de Copernic si l’on ne connaissait l’empire des préjugés. Avant Copernic on avait fait tourner Vénus et Mercure autour du Soleil; pourquoi jamais aucun astronome aucun philosophe n’a-t-il étendu cette idée aux trois planètes supérieures? où était la difficulté? Mais liipparqueayant toutà créer, les positions des fixes, l’inégalité du' Soleil et celles de là Lune, la trigonométrie, les projections, la théorie des éclipses, celles de la précession, a été trop cons- , tamment occupé de ces détails indispensables, pour songer à l’ensemble pour lequel il n’avait pas de données suffisantes, puisque la théorie des planètes était encore dans son enfance. Ptolémée serait moins excusable, puisqu’il a traité expressément cette grande question d’une manière à la vérité peu digne du sujet, et qui doit choquer également et par ce qu’il avance et par ce qu’il supprime. Mais ses travaux pour la Lune et pour les planètes, et sa grande syntaxe mathémathique, sont des titres qui empêchent qu’on ne le juge trop sévèrement sur le système qu’il a embrassé et si faiblement défendu. Les hypothèses de ces deux grands astronomes ont été embrassées avec respect par leurs successeurs, qui les ont trouvéessuflisantes et ne se sont occupés qu’à refaire quelques

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uns de leurs calculs où quelques unes de leurs observations, se persuadant trop légèrement qu’il n’y avait plus rien à refaire à l’ensemble, mais seulement quelques details à perfectionner.

Tel est le premier Livre, et, on peut le dire, la partie la plus importante de l’immortel ouvrage sur les Révolutions des Corps célestes. Le livre II est, à vrai dire, un traité de géométrie sphérique et de trigonométrie, accompagné de tables astronomiques et d’un catalogue d’étoiles, rapportées à l’époque de Copernic, qui n’occupe pas moins de 38 pages. La description des cercles de la sphère céleste, des latitudes et longitudes, ascensions droites et déclinaisons, ne sont pas des éléments indispensables à tout traité d’astronomie théorique et pratique. Il n’y a là aucune considération scientifique ou philosophique qui soit particulière à l’œuvre de la rénovation du système du monde.

11 n’en est pas de même du troisième livre. Comme l’a écrit Sniadecki, il représente le dépôt des plus belles découvertes dont la sagacité humaine puisse s’honorer. Quand on rapproche les idées heureuses et orignales consignées dans ce livre de l’état actuel de l’astronomie, on n’y peut méconnaître un génie transcendant dont le regard perçant sonde en quelque façon tout l’abîme de l’éternité, parce qu’il a deviné les succès des générations futures dans la recherche la plus difficile et la plus délicate; parce qu’il annonce avec confiance les inégalités légères dans les mouvements célestes dont les progrès lents ne se manifestent qu’avec le laps des siècles ; parce qu’enfin il est parvenu à déterminer la cause de tous ces mouvements apparents. « .

L’explication du mouvement annuel de la Terre faisant l’objet de ce livre, il fallait discuter et reconnaître tous les points de la route que notre planète décrit autour du Soleil ; il fallait déterminer avec précision la période de cette révolution, ou la longueur de l’année ; expliquer toutes les variations dans la vitesse de ce mouvement, examiner l’incli-

naison do l’orbite terrestre à l’équateur et les points d’intersection où ces deux cercles se coupent appelés points équinoxiaux. La position de ces points est un des éléments les plus essentiels du calcul astronomique et civil. De leur lieu dépendent l’ordre et le retour périodique des saisons, la position des différents corps célestes, et l’on peut dire que tout l’ensemble des connaissances astronomiques tient à la détermination rigoureuse de ces points. 11 s’agit donc, dans une recherche de si haute importance, d’asseoir un des premiers fondements de la science et du calcul. Les observations les plus anciennes et la sagacité la plus capable de démêler la simplicité des causes, dans la complication des effets accumulés, étaient les seuls guides sûrs auxquels on pouvait s’abandonner dans cette recherche.

Copernic, en partant dès l’an 29i avant l’èrc chrétienne parcourt et discute les observations d’une même étoile, l’Épi de la Vierge, commencées par Timocharis, un des premiers astronomes de l’école d’Alexandrie, continuées successivement par Hipparque, Ptolémée, Albategnius et par lui-même à Frauenbourg, renfermant un intervalle de 1819 années. 11 s’assure par leurs résultats, que les étoiles fixes, conservant la même distance à l’écliptique, varient dans leurs longitudes ou leur éloignement des points équinoxiaux ; et comme ces étoiles ne changent point de position entre elles, il en conclut que leur changement en longitude n’est pas l’effet de leur propre mouvement, mais celui de la rétrogradation de l’orient en occident des points équinoxiaux, connue en astronomie sous le nom de précession des équinoxes. Combinant ensuite les observations d’Aristarque de Samos, de Ptolémée,' et des Arabes sur l’inclinaison de l’écliptique à l’équateur, avec celles qu’il avait faites lui-même pendant trente ans, il en déduisit un changement dans cette inclinaison : ainsi, par le rapprochement de toutes ces observations, Copernic constata deux phénomènes importants, le premier, remarqué d’abord par Hipparque, et vérifié ensuite par tous les astronomes ultérieurs, que les points équinoxiaux ont un mou-

l’ouvrage de copernic.

veinent rétrograde ; le second, dont il ne partage la découverte avec personne, que ce mouvement des points équinoxiaux est inégal, et que l’obliquité de l’écliptique est sujette à des variations périodiques. Il n’entre pas dans notre objet de le suivre dans son calcul, pour apprécier tous ces changements et leurs retours.

Mais lorsqu’il s’agissait d’assigner la vraie cause de ces phénomènes, tous les prédécesseurs de Copernic s’embarrassaient et se perdaient dans l’attirail compliqué de cercles et de sphères qui multipliaient les difficultés avec les explications. C’était un échafaudage de l’esprit livré aux conjectures trompeuses, et s’épuisant en suppositions désavouées, par la vérité. Copernic brisa cette charpente grossière, et y substitua le mécanisme simple et délicat tiré du mouvement de l’axe de’ la Terre. Voici le précis de ces vues développées dans le troisième chapitre de ce livre.

Copernic y pose en principe que l’axe de la Terre, quoique regardé comme parallèle à lui-même pour l’explication des saisons, se trouve assujéti à deux mouvements d’une lenteur extrême: que d’abord l’extrémité de cet axe ôu le pôle du monde tourne insensiblement autour de celui de l’écliptique d’orient en occident dans une période d’environ vingt-six mille ans (25,870) ; et comme le mouvement de l’axe entraîne nécessairement celui de l’équateur, les points équinoxiaux, glissant sur l’écliptique, rétrogradent annuellement d’un arc d’environ cinquante secondes ; qu’en second lieu, cet axe se balançant comme un levier qui oscille dans son mouvement infiniment lent, tantôt s’élève, tantôt s’abaisse vers l’écliptique ; et comme encore l’inclinaison des axes règle celle des cercles et de leurs plans, il s’ensuit que le balancement de Taxe de la Terre apporte une altération nécessaire dans l’inclinaison de l’équateur à l’écliptique: d’où il résulte que la rétrogradation des points équinoxiaux et tous les changements dans la position des étoiles dérivent de deux mouvements auxquels l’axe de notre globe est, comme nous venons de le voir, assujéti dans la révolution annuelle ; que ces deux mou-

vemcnts sont tellement dépendants l’un de l’autre, qu’ils influent mutuellement sur leur accélération et leur retard respectifs, qu’enfin les inégalités légères qui les affectent sont périodiques, ayant une limite marquée qu'elles ne sauraient franchir, et où elles se renouvellent. D’ou il suit que notre planète a toujours eu à peu près les mêmes saisons, que l'Equateur et l’écliptique n’ont jamais été confondus, et que ceux qui se basent sur cette idée pour expliquer les révolutions du globe passées ou futures sont dans l’erreur.

Pour établir son système, Copernic avait tout à créer. On ne sera donc pas surpris, si, dans les détails de l’explication du système du monde, il se trouva conduit parfois à des résultats erronés. Accordant aux orbites planétaires la forme circulaire, au lieu de la forme elliptique qui leur appartient, il devait se trouver en désaccord, sur plusieurs points, avec les résultats de l’observation. Pour échapper à ces vicieuses conséquences, il fut obligé d’en revenir aux anciennes conceptions de Ptoléméc, et d’admettre des épicycles pour certaines planètes.,, Il ne pouvait tout construire en même temps. Pour élever son édifice nouveau il était obligé d’emprunter les vieux matériaux des monuments de l’antiquité. Dans le siècle de ce grand homme, les vraies idées de mécanique, surtout pour ce qui a rapport aux mouvements des co^ps, étaient très-peu avancées. Copernic croyait à une liaison entre les mouvements de circulation et de rotation. 11 assimilait le mouvement de translation de la Terre autour du Soleil à celui qui s’opérerait si la Terre était invariablement attachée à l’extrémité d’un rayon solide joignant le centre du Soleil et celui de notre globe. De là la conséquence qu’en vertu du mouvement annuel ou de translation, la Terre aurait toujours présenté la même face au Soleil comme si elle lui avait été rattachée par une tringle de fer, et que les divers diamètres de la Terre auraient été successivement dirigés vers différents points de l’espace. Cependant on ne se rend compte du mouvement de révolution apparent du ciel, à l’aide du mouvement de rotation de la Terre autour d’un de ses axes, qu’en supposant que cet axe

l’ouvrage de copernic.

est toujours parallèle à lui-même, ou que prolongé il passe toujours par les mêmes étoiles. C’est pour satisfaire à cette condition, indispensable à l’explication des phénomènes du mouvement diurne et des phénomènes des saisons, que Copernic donnajt à la Terre ce qu’il appelait un troisième mouvement en vertu duquel 1 axe de rotation était ramené au parallélisme dont le mouvement de translation l’avait écarté ; mais la dépendance que le grand astronome de Thorn établissait entre le mouvement de rotation et le mouvement de translation d’un corps était purement imaginaire, comme Kepler et Galilée le montrèrent plus tard,

La Terre circule autour du Soleil en restant toujours parallèle à elle-même, et le troisième mouvement inventé par Copernic, supposition qui compliquait considérablement son système, est devenu entièrement inutile.

Il faut remarquer toutefois que ce mouvement conduisait à une explication très simple de la précession des équinoxes, c’est-à-dire de ce mouvement général de 50 secondes par an’ auquel toutes les étoiles participent et qui s’exécute parallèlement au plan de l’écliptique. On rendait compte de ce déplacement, en supposant que le troisième mouvement de 1 axe ne rétablissait pas son parallélisme mathématiquement et que, lorsqu’une année était révolue, il s’en fallait de

00 secondes que l’axe fut revenu à sa position nri-

mitive. v

Copernic, qui dans son ouvrage avait la hardiesse de saper jusque dans leurs fondements les bases de l’astronomie des Ilip parque et des Ptolémée, n’osait pas élever le moindre doute sur l’exactitude de leurs observations. Ces observations, Ptolémée les avait expliquées par des excentriques et des epicyclcs ; Copernic eut recours aux mêmes hypothèses pour rendre compte des mouvements irréguliers du Soleil, des planètes, comme aussi de certaines variations imaginaires dans la précession des équinoxes et dans l’obliquité de

1 écliptique. Tout cet échafaudage n’a disparu qu’à la suite des travaux de Kepler. C’est à dater de ce grand homme que

le système de Copernic a été débarrassé des complications qui le déparaient encore, et qu’il est devenu l’expression simple, claire, géométrique, des lois de la nature.

Le livre IV est entièrement consacré à- l’analyse des mouvements de la lune, et nous n’avons pas àr nous en occuper ici, car il ne renferme que des détails d’astronomie pratique de l’époque.

Le cinquième livre de l’ouvrage De Rtvolulionibus , expose et établit les mouvements des cinq planètes alors connues, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Mais ces explications, fondées en partie sur le rouage compliqué des épicycles, des excentriques, des déférents, dont son esprit ne pouvait se débarrasser tout d’un coup manquent nécessairement d’exactitude et de clarté. Il a amélioré la théorie de la lune ; il a indiqué une combinaison plus facile et plus simple, pour calculer sa double inégalité ; il a fait une correction importante dans l’évaluation des distances, des parallaxes et des diamètres. Les deux inégalités qu’on remarque, en général, dans les planètes, sont produites, selon lui : la première, par le mouvement de la Terre ; la seconde, par le mouvement, qui est propre à chaque planète, etc.

C’est donc au point de vue des grandes idées générales et non à celui des détails, qu’il se faut placer pour juger, comme il doit l’ètre, le génie de Copernic. Sans lui Kepler, Galilée,

Newton et les astronomes nfodernes n’auraient pu émettre leurs vues scientifiques. C’est lui, qui par ses idées sur l’altraction , fit éclore plus tard dans l’esprit de Newton la gravitation universelle.

« Je pense, dit-il, que la pesanteur est une tendance que l’Auteur de la nature a imprimée à toutes les parties de la matière pour s’unir et se former en masse. Cette propriété n’est point particulière à la Terre, car elle appartient aussi au Soleil, à la lune et à toutes les planètes. C’est par elle que les molécules de la matière, qui composent' ces corps, se sont réunies et arrondies en globes, et conservent leur forme sphérique. Toutes les substances placées à la sur-

l’ouvrage de copernic.

face des corps célestes pèsent également vers les centres de ces corps, sans les empèeher de circuler dans leurs orbites. Pourquoi cette circonstance mettrait-elle obstacle au mouvement de la Terre? Ou si l’on suppose que le centre de gravité doive être nécessairement celui de tous les mouvements, pourquoi encore placerait-on ce centre dans la Terre, tandis que le Soleil et toutes ses planètes ont aussi leur centre de gravité, et que le Soleil en raison de sa masse infiniment prépondérante, mériterait plutôt cette préférence ? Le choix est d’autant plus raisonnable, qu’on en déduit d’une manière simple et aisée, toutes les apparences, tous les phénomènes dans les mouvements des étoiles et des planètes. »

De là à la gravitation universelle^ telle que la conçut Newton, il n’y avait qu’un pas.

Telles sont les pages fondamentales de l’almageste moderne, qui devait renouveler le système du monde. Le livre VI, qui termine le volume, est consacré à la question des latitudes, et n’a pas d’importance philosophique pour nous.

La crainte d’exciter les censures de l’Eglise fit repousser, par l’ensemble des savants, le livre de Copernic. La première édition n’avait été tirée qu’à un petit nombre d’exemplaires, et il y en eut sans doute beaucoup de détruits après la sentence de l’Inquisition. On en imprima une seconde édition à Bàle en 1556 ; une troisième à Amsterdam, en 1617. Celle ci, faite 75 ans après la mort de l’auteur, comme il est dit sur le titre, est exempte des fautes d’impression des deux premières, et est typographiquement beaucoup plus soignée. Son savant éditeur, Nicolas Muller, l’a précédée d’un petit frontispice sur lequel on voit une main, tenant une balance dont le plateau droit porte le globe terrestre et le gauche le globe céleste. Celui-ci l’emporte, et l’éditeur a eu soin de le faire doublement remarquer en icj^çiyant ; au-dessous' le mot præslat. Cette édition a pour 'titre : « Nicolai Copernici Torinensis, astuonomia. INSTAURATA ; libris sex comprehensa, qui de Revolutionibus orbium cælestium inscribuntur ».

Le livre de Copernic a été imprimé cinq fois. La première édition, en latin, est celle que Copernic lui-même a fait faire à Nuremberg en 1543. La seconde également en latin, et identique à la première, cst'celle qui fut imprimée à Bâle en 1556. La troisième est celle de Muller, dont nous venons de parler (Amsterdam, 1617). Elle a été réimprimée dans la même ville en 1640. La cinquième, est un magnifique in-quarto en latin et en polonais, publié de nos jours (1854) à Varsovie, par les soins de M. Baranowski, Directeur de l’Observatoire de Varsovie.

Tel est l'ouvrage du rénovateur du système du monde, résumé brièvement et présenté dans ses arguments fondamentaux. Les développements théoriques et les tables et catalogues qui l’enrichissent en ont fait pendant plusieurs siècles le meilleur traité d’astronomie pratique. Il restera, dans tous les siècles à venir, comme le monument le plus glorieux de l’histoire de l’astronomie et comme l’un des témoignages les plus élevés de la puissance transcendante de l'esprit humain. Il était utile de compléter par lui la biographie scientifique de l’immortel astronome.

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