NEWTON ET L’ASTRONOMIE MODERNE
dans la Terre, tandis que le Soleil et toutes les planètes ont aussi leurs centres de gravité, et que le Soleil, à raison de sa masse infiniment prépondérante, mériterait plutôt cette préférence? Ce choix est d’autant plus raisonnable, qu’on en déduit d’une manière simple et aisée tous les phénomènes et les apparences dans les mouvements des étoiles et des planètes. »
On voit, par ce raisonnement serré et méthodique, que Copernic fut le premier à avancer que la pesanteur est une propriété générale de la matière, et l’affecte dans toutes ses parties ; qu’elle s’étend au Soleil et à toutes les planètes ; que c’est par l’action de cette force que les parties dé la matière qui composent les corps célestes se sont réunies et façonnées en globes, et se maintiennent sous cette forme.
Dans cette pensée vaste et entièrement neuve, il ne restait qu’un pasà faire, qui valut l’immortaliléà Newton.
La connaissance du système du monde, progressant avec le développement des sciences et entraînant avec elle des preuves variées, et indépendantes les unes des autres, de. la réalité du mouvement de la Terre, se continua par les efforts successifs des astronomes. En 1759 on reconnut que les comètes sont des astres légers appartenant à notre système planétaire et se mouvant le long d’ellipses extrêmement étendues, qui les ramènent périodiquement dans les régions où flotte la Terre ; bien des comètes n’ont pas, il est vrai, dévoilé leur route, et n’ont paru passer dans ces régions que pour les traverser comme des voyageuses étrangères ; mais la connaissance des orbites cométaires n'en a pas
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moins porté l'étendue de l’empire du Soleil bien au delà de l’ancienne limite marquée par Saturne, puisque cette planète gravite à 364 millions de lieues du Soleil, et que la fameuse comète de 1680 s’en éloigne jusqu’à 32 milliards de lieues.
La découverte de la planète Uranus, en 17&>, par Herschel, et celle de la planète Neptune qui porta, en 1846, la limite des orbites planétaires de 732 à 1147 millions de lieues compléta les notions générales sur le système solaire. Mais de toutes les découvertes, celle dont l’influencé a été la plus importante sur notre conception de l’univers, est sans contredit celle de la distance des étoiles.
En décrivant autour du Soleil une orbite annuelle de 74 millions de lieues de diamètre, la Terre nous emporte le long d’un chemin sur lequel nous voyons les perspectives célestes changer. Comme les arbres d’un paysage rapproché se déplacent sur l’horizon pour l’observateur qui chemine sur la route, ainsi les étoiles les plus rapprochées de nous subissent un petit déplacement apparent relativement aux plus éloignées qui restent fixes. Mais cette variation annuelle est si faible que malgré les efforts successifs de Tycho Brahé, Galilée, Wallis, Hooke, Flamstced, Grégory, Huygens, Cassini, Roëmer, Ilorrebow, Halley, Bradley, Robert Long, Herschel, Piazzi, Bradley, Pond, Struve et Bessel, ce n’est qu’après les travaux de ce dernier astronome, de 1835 à 1840, que l’on parvint à déterminer la petite fraction de seconde d’arc dont l’étoile se déplace par suite du mouvement de translation de la Terre.
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Ainsi ce n’est que depuis une trentaine d’années que l’on a pu mesurer les distapces célestes, et que l’esprit humain a vraiment pris possession de l’univers. La première étoile dont la distance ait été ainsi déterminée, appartient à la constellation du Cygne (n° 61), et est peu brillante. Elle est éloignée de 420,000 fois la distance d’ici au Soleil, c’est-à-dire qu’elle plane à 15-475 milliards de lieues d’ici. C'est l’une des plus rapprochées de nous : on n’en connaît qu’une de plus proche, a du Centaure, qui est à plus de huit milliards de lieues. L’étoile polaire, dont la variation annuelle a pu être également mesurée, est à 71,950 milliards de lieues. Nous connaissons aujourd’hui les distances de douze étoiles : ce sont les plus rapprochées de nous. On voit que c’est par Irillions de lieues que ces distances se chiffrent.
Les étoiles sont des soleils brillants de leur propre lumière, et comme le nôtre, éclairant sans doute autant de familles planétaires, soutenant leurs systèmes de mondes par leur attraction, et entretenant la vie incon- " nue qui se développe à la surface de ces terres lointaines (1).
A mesure que l’observation et le calcul, la pratique et la théorie ont avancé dans l’étude de l’univers, le système de Copernic s’est confirmé par des preuves et des témoignages sans cesse renouvelés. Aucun fait
1 . La description générale de l’univers est donnée sous une forme populaire dans nos Merveilles célestes, 4® édition, p. 122, et dans la Pluralité des mondes habités, 17 e édition, . p. 187, et suiv.
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n’est jamais venu l’infirmer ou l’embarrasser, ce qui arrivait au contraire au système des apparences chaque fois que les observations devenaient plus précises. La physique, la mécanique, la chimie, les mathématiques, dans les concours de diverses sortes quelles ont apportés à l’Astronomie, n’ont fait que rehausser l’éclat de la théorie proclamée par Copernic et Galilée. Aujourd’hui, l’Astronomie est la science la mieux fondée, la plus inébranlable et la plus respectée ; elle est aussi la plus admirable entre toutes. Sa grandeur, elle la doit aux génies, scrutateurs de la nature, dont la gloire pure et sans tache gardera toujours son auréole ; elle la doit surtout à l’illustre prêtre de Frauenbourg, dont la vie fut entièrement vouée à l’étude de la divine création, et qui mourut en laissant à la Terre l’œuvre la plus sublime qui soit sortie du cerveau de l’humanité : la connaissance du système du mondé.