Vie de Frédéric Ozanam
Deux grandes et nobles passions se disputèrent la vie entière de Frédéric Ozanam: la charité et les lettres. Elles prenaient leur source dans la foi vive dont son âme était animée : plus il avançait eh âge et plus elles devenaient ardentes; elles suivaient ses progrès dans la vertu.
Artiste, poète, philosophe par nature, ses nombreux travaux littéraires, loin d'apaiser l'ardeur de sa soif pour la science , ne faisaient que l'attiser sans cesse. Il dévorait les livres plutôt qu'il ne les lisait. Les bibliothèques étaient son élément, à tel point qu'après la mort de M. Fauriel, dont il était le suppléant, pensant qu'on pourrait l'envoyer professer en province , il tomba dans une indicible désolation , voyant tout son
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avenir compromis par cela seul que, les livres venant à lui manquer, il ne pourrait plus continuer ses savantes recherches. Toutefois, lorsqu'il consultait un ouvrage, il ne se contentait pas de le parcourir a la légère; c'était la plume à la main, prenant des notes. Travailleur consciencieux, il ne traitait jamais une question sans l'avoir examinée sous toutes ses formes, ni sans avoir été jusqu'au fond des choses. Les affirmations ne lui suffisaient point, il lui fallait des preuves. Quant aux citations, il les vérifiait toujours en recourant au texte original.
L'ambition d'acquérir de la gloire devant les hommes n'était pour rien dans cette ardeur inouïe de savoir. Il avouait lui-même, peu de jours avant sa mort, que l'une de ses plus grandes consolations, en quittant la vie, était de n'avoir jamais travaillé pour s'attirer des applaudissements ou des éloges , mais uniquement pour le service de la vérité.
Le but essentiel de toutes ses études était d'éclairer les intelligences où les nuages du doute avaient pénétré, de préserver de ce malheur ceux dont la foi û'ayail pas encore été ébranlée. Son cours et ses ouvrages n'étaient pas pour lui une sorte de tournoi littéraire où il cherchât à se faire distinguer, mais plutôt une apologie du christia-