‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 146 sur 313 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Une , d'aller le voir lorsqu'il serait à Paris. Mais c'était surtout à la chambre des députés qu'il aimait à l'entendre; il en revenait enthousiasmé. « J'ai entendu M. de Lamartine à la chambre, écrivait-il à son ami Yelay; qu'il était grand et beau ce jour-là ! que son discours était plein de gravité , d'éclat et d'harmonie ! Qu'il était loin de ce vague et de ces théories vaporeuses qu'on lui a reprochés ! Il était simple , il était logicien, il était généreux, il était charitable; lui seul représentait la charité chrétienne dans cette discussion *. »

Ozanam admirait le talent éminent de M. de Lamartine, mais il n'en était pas pourtant un admirateur aveugle.

De même qu'il avait su, dès 1831 , se tenir à l'écart des fausses doctrines de M. de Lamennais, dont il paraissait pourtant être l'un des admirateurs les plus enthousiastes, ainsi sut-il condamner, dans le Jocelyn du grand poète 2, les idées qui blessaient sa foi ; ce qui ne l'empêchait pas tout à la fois de rendre justice aux beautés nombreuses qui se rencontrent dans cet ouvrage ; mais , chose remarquable , car ce fut toujours le caractère dominant des critiques que se permettait quelquefois Ozanam, jamais une parole d'amertume n'effleura ses lèvres. Tout en blâmant les opinions contraires à l'enseignement de l'Eglise , il fut toujours plein de charité pour ceux qui avaient le malheur de les professer. C'est ainsi qu'à l'occasion du livre de M. de Lamartine dont nous venons de parler, il cherchait à excuser celui qui l'avait écrit : « Ce grand poète, disait-il, est en même

1 Lettres, t. I, p. 140 , 2e édit.

2 Ce livre fut mis à l'index eu 1836.

temps si impressionnable, qu'en traversant l'Asie il s'est imprégné d'une partie de ses idées et de ses tendances. Il donne des louanges extrêmes à l'Alcoran , et à force d'optimisme et de tolérance il sort évidemment de l'orthodoxie. Parce que des ordres avaient été donnés pour qu'il fût bien reçu, parce que les pachas et les chefs des tribus l'ont accueilli en grand seigneur, menacés qu'ils étaient de perdre la tête s'ils y manquaient, sa belle âme , qui ne sait pas soupçonner le mal , s'est laissé prendre à ces dehors, et s'est éprise d'admiration pour les mœurs orientales. Cependant le mal n'est pas sans remède, car ce n'est que l'exagération d'une bonne qualité. D'ailleurs ce livre rie renferme pas une apostasie formelle , mais il est évident que le ciel de la Palestine s'est reflété avec toutes ses ardeurs dans l'âme limpide du poète. Le temps effacera ce qu'il y a d'impur dans cette image K » Maintes fois nous avons entendu Ozanam tenir ce même langage.

Pour achever ce que nous avons à dire de ses rapports avec M. de Lamartine, qu'il nous soit permis de faire violence un instant à la chronologie , et d'arriver de suite aux vacances de l'année 1836, pendant lesquelles nous passâmes quelques jours chez notre ami commun M. de Maubout, aux environs de Màcon. Un jour, nous nous étions mis tous trois en route par une charmante matinée pour aller visiter les ruines de l'ancienne et célèbre abbaye de Cluny, lorsque chemin faisant nous rencontrâmes M. de Lamartine. 11 nous invita tous trois à dîner avec lui à Monceaux. M. et Mme de La-

J Lettres d'Ozanam, t. 1, p. 150, 2e édit.

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