CHAPITRE XI
pouvait s'empêcher de regretter Paris , le berceau de la société de Saint -Vincent-de- Paul; il y laissait tant d'amis !
Il fallait dire adieu aux conférences de Notre-Dame, aux rapports qu'il avait avec les hommes les plus distingués dans les sciences et dans les lettres, aux bibliothèques qui lui étaient si utiles pour ses recherches, et où il savait découvrir des trésors. Mais il avait passé sa thèse de docteur en droit au mois d'avril. (Il la soutint le mardi 30 de ce mois, en 1836 ; les sujets étaient : Droit romain : De interdictis; droit français : De la prescription à l'effet d'acquérir. ) Il ne lui restait plus aucune raison à alléguer pour rester dans sa chère capitale. 11 revint donc à Lyon par obéissance, à l'époque des vacances de 1836.
Pendant ce temps de repos nous fîmes ensemble plusieurs petits voyages. Nous allâmes visiter les hauts fourneaux et le laminage de Loretteprès de Rive-de-Gier, la fabrique royale d'armes de guerre à Saint-Étienne , en Forez. Notre frère Charles, aujourd'hui docteur en médecine, mais alors très jeune encore, nous accompagnait dans cette excursion , et fit avec nous son premier voyage pédestre.
Peu de jours après, nous étions encore avec Ozanam à Verzé , près de Màcon , chez notre ami Jules de Maubout, et nous nous rendions à l'invitation de M. de Lamartine dont nous avons parlé au chapitre VIII.
Cependant, tout en se résignant à sacrifier ses répugnances pour l'agitation des affaires, ses goûts paisibles et ses rêves d'études, par respect pour la volonté de son père , Frédéric reçut un conseil qui semblait conci-
lier les penchants de son esprit et les exigences de sa position. Plusieurs personnes recommandables et importantes de la ville de Lyon conçurent l'idée d'obtenir du gouvernement l'établissement d'une chaire de droit commercial dans leur ville et d'y faire nommer Ozanam.
Les démarches nécessaires pour réaliser ce projet, et le désir qu'il nourrissait depuis longtemps de soutenir sa thèse de docteur es lettres, l'obligèrent à faire le voyage de Paris. Il y était encore lorsque survint le terrible accident qui nous enleva en quelques heures notre excellent père , le 12 mai 1837. Nous en avons donné quelques détails dans sa biographie au commencement de ce livre.
Malgré tous les ménagements que nous avions pris pour lui faire connaître son malheur, Ozanam lut de suite à travers les nuages dont on l'avait enveloppée l'affreuse vérité qu'on s'efforçait en vain de lui dissimuler. Il n'y avait encore à cette époque ni télégraphe électrique, ni chemin de fer de Paris à Lyon; aussi ne put -il arriver près de nous que cinq à six jours après ce déplorable événement. Ce fut seulement en tombant entre nos bras qu'il acquit l'horrible certitude du coup qui venait de le frapper.
Il faudrait connaître l'exquise sensibilité du cœur de cet excellent fils, la haute estime et surtout le tendre amour dont il entourait son père, pour avoir quelque idée de la douleur amère et profonde dont son âme fut inondée. Habitué en quelque sorte à vivre à l'ombre de son père comme sous le regard 'protecteur de la Providence, à se reposer .entièrement sur lui pour la