CHAPITRE XII
une liberté dont il s'étonnait lui-même; il parvint à intéresser, à émouvoir même, à captiver, non pas seulement les juges, mais l'auditoire, et se retira avec tous les honneurs de la guerre, ayant mis les rieurs de son côté.
« Enfin la dernière séance était plus facile; il eut à parler de la critique littéraire au siècle de Louis XIV. Il prit encore ses aises, se donna carrière au sujet de l'influence funeste exercée par l'école janséniste sur la poésie française, et trouva le moyen de signaler les services rendus cà la langue par saint François de Sales. Il craignait d'avoir brisé les vitres, mais tout fut pris au mieux.
<( Le scrutin définitif, fait d'après la moyenne des rangs obtenus dans les diverses épreuves, fit sortir Ozanam le premier; et à son grand étonnement, dans ce résultat, il ne fut pas nécessaire de tenir compte des littératures étrangères, c'est-à-dire que pour les lettres classiques seulement , il avait été placé au-dessus de ses six concurrents, dont plusieurs réunissaient pourtant à de profondes études une improvisation coulante, vive et gracieuse1. » Ce triomphe fut accueilli par des applaudissements unanimes , non seulement des auditeurs, mais même de ses rivaux -.
1 Extrait de la lettre LXXI. t. I, p. 413.
2 Nous donnons ici un extrait du rapport adressé au ministre de l'instruction publique par M. Victor Leclerc, doyen de la faculté des lettres et président du concours d'agrégation.
« 3 octobre 1840.
« Monsieur le Ministre,
« Trois concurrents ont dès l'abord , dans ces diverses épreuves ,
Dieu lui avait fait la grâce d'apporter dans cette lutte une foi qui , même quand elle ne cherche pas à se produire au dehors, anime la pensée, maintient l'harmonie dans l'intelligence , la chaleur et la vie dans le discours; c'est uniquement à cette sainte disposition qu'il rapportait ces merveilleux succès, les attribuant entièrement à la divine Providence. Dès lors il crut y voir l'indication des desseins de Dieu sur lui , c'est-àdire de sa vocation véritable, et le fruit des prières qu'il adressait à Dieu depuis tant d'années pour con-
une supériorité qui leur a été quelquefois* disputée vivement, mais qu'ils ont cependant presque toujours conservée.
« M. Ozanam, déjà connu, comme ses deux rivaux dont les noms suivent, par les plus honorables épieuves de notre faculté, a semblé aux juges mériter le premier rang , moins par ses connaissances classiques , fort étendues sans doute , mais égales peut-être chez d'autres , que par sa manière large et ferme de concevoir un auteur ou un sujet, par la grandeur de ses commentaires et de ses plans, par ses vues hardies et justes , et par un langage qui , alliant l'originalité à la raison , et l'imagination à la gravité , parait éminemment convenir au professorat public. Seul des candidats, il a fait preuve d'une étude grammaticale et littéraire des quatre langues étrangères indiquées au programme, l'italien, l'espagnol, l'allemand et l'anglais.
« M. Egger, qu'un prix remporté à l'Académie des inscriptions et belles-lettres , et des services distingués dans les collèges de Paris , avaient signalé de plus près à notre attention, est, avant tout, un philologue très savant et très habile; mais la rapidité de sa pensée, la vivacité de sa parole , et l'immense avantage qu'il a obtenu dans la composition française, qui' a fait partie de ce concours, prouvent qu'il est appelé à joindre au mérite de savoir beaucoup le talent d'être écouté.
« M. Berger, esprit plus calme et plus froid , aussi incapable de commettre une faute de goût que de se tromper dans l'interprétation d'un texte difficile, porte à un degré singulier la netteté et la précision du langage : on ne peut appliquer aux lettres avec plus d'art et d'élégance la rigueur des études philosophiques.
« C'est ainsi que le concours qui vient de commencer sous vos auspices une ère nouvelle pour -les facultés, ne sera peut-être pas surpassé de longtemps. »