‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 177 sur 313 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

A peine arrivé , les épreuves pour les candidats commencèrent. Ils riaient sept : « on les réunit dans une salle de la Sorbonne, et là, sous clef, ils avaient devant eux huit heures pour une dissertation latine sur les causes qui arrêtèrent le développement de la tragédie chez les Romains »

Ozanam possédait la question; « mais, n'étant pas habitué à composer vite , il était aux abois quand sonna l'heure fatale, et il dut donner un brouillon dont la rédaction lui paraissait laisser beaucoup à désirer. » Même aventure le lendemain pour la dissertation française : De la valeur historique des oraisons funèbres de Bossuet.

« Les auspices lui paraissant peu favorables*, il se serait retiré du concours si quelques encourageantes indiscrétions de l'un des juges ne lui eussent donné à entendre que ses compositions avaient réussi.

« Venaient ensuite trois argumentations distinctes à des jours différents, et de trois heures chacune environ, sur des textes grecs, latins et français, donnés vingtquatre heures d'avance. — En grec , Ozanam dut expliquer un chœur d'Hélène, d'Euripide, et un fragment de la Rhétorique de Denis d'Ilalicarnasse (dans sa modestie il s'accuse d'avoir fait peu de philologie et beaucoup de phrases) : Hélène envisagée comme caractère poétique et mythe religieux ; histoire de l'art oratoire à Athènes et à Rome. — En latin, un fragment de Lucain et un chapitre théologique de Pline : discuscussion sur le rôle de César et sur les révolutions des doctrines religieuses chez les Romains. En français, Philémon et Baucis , de la Fontaine, et le Dialogue de Sijlla et d'Eucrate, par Montesquieu; ici quelques

conjectures un peu hardies sur les causes de l'abdication de Sylla, et une comparaison qui lui paraissait plus téméraire encore , de Montesquieu comme publiciste, avec saint Thomas d'Aquin. Cette saillie assez vive de catholicisme, aussi bien que deux ou trois autres, ne déplurent ni à l'auditoire ni au jury; elles leur parurent même fort originales.

« A la suite de cette épreuve, vint l'interrogatoire sur les quatre littératures étrangères. Dante, les auteurs espagnols , Shakespeare et Klopstock, furent tour à tour expliqués avec succès.

« Restaient deux leçons sur des* sujets différents pour chaque concurrent, et désignés par le sort, l'un vingtquatre heures, l'autre une heure d'avance. Le sujet de littérature ancienne fut pour Ozanam : L'histoire des scoliastes grecs et latins.

« Ceci semblait une méchanceté du sort, et l'on savait si bien que le candidat n'était nullement au courant de cette spécialité philologique, que la lecture du billet fut accueillie par un rire général de malice , et peut-être un peu de vengeance par les nombreux universitaires qui composaient le public. Frédéric se croyait perdu , et bien qu'un de ses rivaux, M. Egger, lui eût fait passer d'excellents livres , avec une générosité au-dessus de tout éloge, cependant, après une nuit de veille et une journée d angoisses , il arriva plus mort que vif, au moment de prendre la parole. N'espérant plus rien de lui-même, il fit un acte d'espérance en Dieu, tel que jamais il n'en forma de plus vif, et jamais non plus il ne s'en trouva mieux. 11 parla sur les scoliastes pendant sept quarts d'heure avec une assurance,

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