‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 181 sur 313 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

les bords du Rhin n'était ni un délassement, ni une affaire de santé, mais un cas de conscience littéraire, et par conséquent un devoir. Il partit pour Bruxelles; mais n'ayant jamais voyagé seul en dehors de la France, la nature reprit le dessus. Pendant plus de vingt- quatre heures, il se laissa aller à une tristesse invincible, en pensant au sacrifice qu'il imposait à son cœur.

D'autre part, ce genre d'excursion à vol d'oiseau était loin de satisfaire un esprit comme le sien, ennemi juré des études superficielles. Ne pouvant donc rien approfondir, il se résigna à des vues d'ensemble qui ont bien aussi leurs avantages. Un observateur, en effet, a bientôt jugé du caractère et de l'esprit d'un peuple à l'aspect de l'architecture des monuments et des habitations d'une ville , à la tenue de ses habitants , et même jusqu'à un certain point à la configuration du sol environnant. L'œil perçoit moins de détails, mais il plonge sur un horizon plus large et par là même moins trompeur.

C'est ainsi qu'Ozanam , à la vue de la rapidité des communications de la Belgique avec la France , l'Allemagne , la Hollande et l'Angleterre , reconnut la prospérité prodigieuse du commerce dans ce petit royaume. La visite des principales églises, leur luxe religieux, le nombre et la piété des fidèles lui apprirent qu'il foulait un sol plein de foi. Malincs et ses tours archiépiscopales, ses ateliers de charité, ses écoles chrétiennes de commerce fondées par le cardinal Engelbert Stercks, prédécesseur de M§r Deschamps, lui témoignèrent de la parfaite alliance qui unit en Belgique l'industrie et la

religion. Mais Louvain, avec son université catholique dotée de quarante chaires, d"une bibliothèque de cent trente mille volumes , de trois collèges où les étudiants trouvent un asile pour leurs mœurs, en même temps que d'inappréciables secours pour leur instruction, Louvain lui fit voir comment l'Eglise, quand elle est maîtresse d'elle-même, sait inspirer le patriotisme et répandre la science. »

Après un trajet rapide, et une station trop courte à Aix-la-Chapelle au tombeau de Charlemagne, dont toute la majesté repose sous une simple pierre noire sur laquelle on lit ces seuls mots d'une simplicité sublime : Carolo Magno , il arrive à Cologne. La cathédrale, à cette époque, n'offrait aux yeux attristés que le chœur, la moitié d'une tour, et le tiers en hauteur des murs et des piliers. Les fondateurs, se défiant du courage de leurs successeurs, en contemplant le plan gigantesque qu'ils avaient entrepris, et craignant qu'on ne diminuât, pour l'achever, les proportions de leur église, bâtirent d'abord le chœur et la tour méridionale du portai] , laissant à leurs neveux le soin de combler la lacune immense qui existait entre l'un et l'autre.

Cependant les habitants de Cologne, pour montrer qu'ils ne perdaient pas l'espoir d'achever un jour l'œuvre magnifique de leurs ancêtres, entretinrent pendant près de six siècles une grue sur la tour commencée. Enfin , grâce à une société instituée par le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV, après avoir été fondée en 1248 , elle fut à peu près achevée en 1861. Lorsque Ozanam la vit, il aurait volontiers composé une élégie

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