‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 182 sur 313 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

à son sujet, et,- au peu d'activité des travaux, il jugeait que dans sept ou huit cents ans on pourrait en finir. Quelles auraient été sa joie et son admiration, s'il eût pu la voir aujourd'hui terminée, lui qui l'admettait déjà comme le chef-d'œuvre du genre gothique, alors qu'elle n'était encore, pour ainsi dire, qu'ébauchée!

C'était à Aix-la-Chapelle, mais surtout à Cologne, que commençait véritablement le voyage littéraire de notre nouvel agrégé. Aussi il serait difficile de dire avec quelle ardeur il parcourut pendant un jour entier cette dernière ville , toute peuplée des souvenirs du moyen âge.

Après avoir admiré les beautés ravissantes de la cathédrale, il visita Sainte-Marie-du-Capitole, Saint-Géréon, Sainte-Ursule, Saint-Cunibert, les Saints-Apôtres, Saint-Martin, Saint-Séverin, etc., les vieilles murailles qui entourent la ville et les tours antiques qui la défendaient. « Et pourtant, se disait -il, les hommes qui avaient construit toutes ces merveilles étaient des Germains du viue au xie siècle, arrière-petits-fils de Clovis. Deux cent cinquante ans de christianisme avaient suffi pour les initier aux plus délicats comme aux plus sublimes mystères de la véritable beauté. Le génie allemand , son passage de la barbarie à la civilisation , ne pouvaient laisser de plus glorieuses traces. » Sous ce point de vue, le pèlerinage d'Ozanam , comme il l'avait prévu , lui devenait fort utile pour ses études futures.

« Après avoir vu Mayence, Francfort et Worms, l'Allemagne du moyen âge aura passé sous ses yeux ; car c'était là, c'était à Cologne et à Aix-la-Chapelle que

se couronnaient et se déposaient les empereurs, que se tenaient les diètes, que s'organisaient les croisades. Les noms de Charlemagne, des Othon, des Henri, des Frédéric reparaissent partout où s'élève une pierre historique; et il n'y a pas une pierre, pas un rocher qui n'ait son histoire , sa tradition , sa fable ou sa légende. »

Rien n'était plus propre à préparer Ozanam aux cours qu'il se proposait de faire à son début à la Sorbonne, que la contemplation des sites qui allaient s'offrir à ses regards, de Cologne à Mayence et à Francfort. « C'était une nature entièrement différente de la France , de la Suisse et de l'Italie. Un fleuve large, profond, limpide, et cependant d'un beau vert de mer ; sur les bords, des montagnes qui ne forment point un encaissement continu , tour à tour en saillie ou en retraite , sévère par moments, et quelquefois laissant entre elles de gracieuses échappées de vue sur les contrées voisines. Partout des stratifications bizarres, des colonnades de basalte, de distance en distance des rochers gigantesques aux formes les plus capricieuses. »

Notre jeune voyageur, en glissant, pour ainsi dire, sur le fleuve, aperçut Xanten, patrie de Siegfried, un des héros du Niebelungen, et celle de saint Norbert, fondateur des Prémontrés ; la colline de Lurley , célèbre par ses échos, et les cavernes de Kedrich, que les mythes ont peuplées iï elfes et de nains, « II est surtout un espace d'environ six lieues où les sinuosités des eaux semblent former plusieurs lacs successifs au milieu des rochers arrondis en bassin. Là, le moyen âge se retrouve tout entier et tout d'abord dans une série de châteaux ,

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