‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 187 sur 313 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

entre les futurs époux , et plus d'une fois Ozanam mit sa muse à contribution pour mieux rendre les hymnes que son cœur chantait. Il serait difficile de dire les nombreux messages qui nous furent alors confiés par les futurs époux. Nous nous en acquittions d'autant plus volontiers, qu'outre le bonheur que nous procurions à nos deux fiancés , nous avions le doux avantage de retrouver une sœur digne de nous consoler jusqu'à un certain point de celle que nous avions perdue.

Après trois mois d'un brillant début à la Sorbonne, Frédéric revenait à Lyon , bien moins glorieux de ses succès littéraires que de ceux qu'il avait obtenus au sein de la famille Soulacroix. Les vacances de Pâques lui permettaient de préluder encore pendant quelques jours au bonheur complet qui devait se réaliser trois mois plus tard. Cette lune de miel anticipée ne pouvait durer, hélas! pour lui, qu'un ou deux quartiers; sa chaire le rappelait à Paris. Il fallut partir ; mais c'était sa dernière épreuve , et il allait bientôt voir se lever l'aurore des beaux jours qui lui étaient promis. Àusssi fit-il diversion aux travaux sérieux qu'exigeait son cours , en unissant à la préparation de ses leçons celle de la corbeille de noce. C'est ainsi qu'en se préoccupant de cette union sur laquelle il faisait reposer la félicité de sa vie entière, il en savourait, pour ainsi dire, l'avant-goût. Le temps passait rapide ; l'apogée du bonheur approchait. Enfin, plus heureux que Jacob, qui avait travaillé quatorze ans pour obtenir la main de Rachel , six mois de fatigues lui suffirent pour mettre le comble à ses vœux.

Ce fut le 23 juin 1841, que notre frère Frédéric-

Antoine Ozanam, à l'âge de vingt-huit ans, épousa MUe Marie-Joséphine-Amélie Soulacroix, qui n'avait pas encore atteint sa vingt et unième année. Son père, comme nous l'avons dit, était M. Jean-Baptiste Soulacroix , recteur de l'académie de Lyon , et sa mère , avant son mariage , portait le nom de Zélie Magagnos.

Une lettre qu'Ozanam adressait à un ami intime, quatre ou cinq jours après son mariage, décrira bien mieux que nous ne pourrions le faire la cérémonie religieuse de cette heureuse union, que M. Terme, alors maire de la ville , avait tenu à sanctionner lui-même comme contrat civil.

« Les grandes choses auxquelles s'intéressait votre affection se sont accomplies. Mercredi dernier, 23 juin, à dix heures du matin , dans l'église de Saint-Nizier, votre ami était à genoux ; à l'autel était son frère aîné élevant ses mains sacerdotales, et au pied son jeune frère répondant aux prières liturgiques. A ses côtés vous auriez vu une jeune fille, blanche et voilée, pieuse comme un ange, et déjà elle me permet de le dire, attendrie et affectueuse comme une amie. Plus heureuse que moi, ses parents l'entouraient, et cependant tout ce que le Ciel m'a laissé de famille ici s'y était donné rendez -vous; et mes anciens camarades, mes frères de Saint -Vincent- de -Paul, de nombreuses connaissances , remplissaient le chœur et peuplaient la nef. C'était beau, et les étrangers que le hasard amenait s'en sont trouvés profondément émus. Quant à moi, je ne sais plus où j'étais, je retenais à peine de grosses mais délicieuses larmes, et je sentais descendre sur moi la bénédiction divine avec les paroles consacrées.

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