‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 186 sur 313 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

qu'il allait bientôt appeler son fils, approuva complètement la décision cTOzanam , et s'empressa de lui accorder la main de sa fille. On prit jour, et à défaut d'un père et d'une mère que nous pleurions encore, et qui auraient vivement applaudi à cette heureuse alliance, comme aîné de la famille , nous allâmes présenter solennellement Frédéric à son futur beau-père. Il nous attendait dans son cabinet. L'entrevue fut des plus cordiales; une bonté aussi noble que simple illuminait son visage. Après quelques paroles affables , il nous pria de passer dans l'appartement où nous attendaient à leur tour, avec une émotion facile à comprendre , Mme Soulacroix et sa fille, qui allait devenir la fiancée de Frédéric. Après une conversation de félicitations mutuelles , nous allions nous retirer, lorsque M. Soulacroix, à l'exemple des anciens patriarches, le cœur débordant de joie, prit les mains des deux futurs époux , les enlaça l'une dans l'autre entre les siennes, et consacra ainsi ce nœud qui devait se resserrer pour toujours un peu plus tard.

Amélie était le nom de celle qui devait faire le bonheur de Frédéric. Nom dont la douceur répondait admirablement à la finesse et à la délicatesse de ses traits, comme à l'amabilité de son caractère. Nom d'autant plus harmonieux à nos oreilles qu'il était aussi celui d'une de nos tantes devenue en quelque sorte pour nous une seconde mère depuis que nous étions orphelins. Deux frères de la fiancée complétaient cette excellente famille. Tous deux, plus jeunes que leur sœur, achevaient leurs études au collège royal de Lyon sous les yeux de leurs parents.

Ozanam n'avait que quelques jours de répit avant

de retourner à Paris pour commencer le cours auquel l'avait appelé M. Fauriel. Il aurait bien voulu assurer entièrement son bonheur avant son départ, mais le temps manquait , et la cérémonie de son mariage fut remise, à son grand déplaisir, à la fin de l'année scolaire, c'est-à-dire à six grands mois de là. Il tâcha de se dédommager de ce triste contretemps , soit en multipliant ses visites , soit en assistant presque chaque soir aux doux concerts que lui donnait sa fiancée , avec plusieurs accompagnateurs , d'un talent distingué, qui en relevaient encore mieux le charme. Frédéric en sortait ravi et profondément séduit. Sur le point de retourner à Paris, il écrivait à l'un de ses meilleurs amis : « Que de choses à vous dire, et comme cette cruelle question de vocation , si longtemps incertaine , s'est tout à coup dessinée ! En même temps que la Providence me rappelle sur le terrain glissant de la capitale, elle semble vouloir m'y donner un ange gardien pour consoler ma solitude. Je pars en laissant conclue une alliance qui se terminera à mon retour. J'aurais eu recours à vos conseils si les événements ne se fussent précipités avec une impérieuse rapidité. Je recours maintenant à vos prières. Que Dieu me conserve, pendant cet exil de six mois, celle qu'il semble m' avoir choisie , et dont le sourire est le premier rayon de bonheur qui ait lui sur ma \ie depuis la perte de mon pauvre père ! Vous me trouverez bien tendrement épris; mais je ne m'en cache pas, encore que je ne puisse m'empêcher quelquefois d'en rire. Je me croyais le cœur plus bronzé ! »

Une correspondance des plus suivies s'établit bientôt

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