CHAPITRE XIV
à la suite de prédications prolongées, tout nous engageait à essayer le même traitement.
Le petit village d'Allevard est situé au fond d'une vallée des plus pittoresques, qui offre aux malades et aux touristes de charmantes excursions. Les moins ingambes se contentent d'aller s'asseoir au bout du inonde, sorte d'impasse formée par d'énormes rochers que l'on croirait avoir été entassés par les Titans. Des filets d'eau jaillissent des fentes de ces rocs jetés au hasard les uns sur les autres ; tandis que de légères feuillées, qui tamisent discrètement les rayons du soleil, achèvent de donner à ce rendez -vous des promeneurs une délicieuse fraîcheur sans trop d'humidité.
Ceux dont la respiration est encore facile, et dont les jambes ne sont pas compromises, font l'ascension du Brâme-Farine, montagne assez élevée qui sépare le vallon d'Allevard de la magniûque vallée de Grésivaudan; et après avoir joui d'une des plus belles vues que l'on puisse avoir, ils se dédommagent de la fatigue qu'ils ont éprouvée à la montée, en descendant dans une sorte de traîneau rustique habilement dirigé par de bons paysans qui y trouvent leur petit profit Trois autres principales excursions attirent la curiosité des voyageurs : d'abord le château où naquit, en 1476, l'illustre chevalier Bayard. Il domine toute la vallée de Grésivaudan; ensuite les ruines de la chartreuse de Saint -Hugon, située dans une gorge qui va s'ouvrir dans la belle vallée dont nous venons de parler. Cette chartreuse, hélas! n'est plus aujourd'hui qu'une pauvre maison où les malades vont prendre des bains de petitlait ; mais ce qui rend surtout ce site sauvage très re-
marquable, c'est un pont de pierres qui , par une seule arche des plus hardies, réunit les deux montagnes qui forment la gorge en laissant apercevoir au-dessous de lui un ravin de cent mètres de profondeur, ce qui l'a fait surnommer le pont du Diable. Enfin, la course la plus longue est celle des Sept-Laux ou sept lacs. On ne peut guère faire ce petit voyage qu'à l'aide de l'équipage de la sainte Famille, c'est-à-dire à dos d'âne ou de mulet. Après avoir suivi pendant cinq à six heures le vallon d'Allevard , on rencontre un petit village au pied d'une haute montagne. A mesure que l'on monte , on voit disparaître peu à peu la végétation ; les oiseaux eux-mêmes ne s'y montrent plus. C'est un désert, on n'y rencontre que des rochers arides dont l'arrangement capricieux forme d'immenses vasques où se concentre l'eau des pluies ; ce sont de véritables lacs; de là le nom des Sept-Laux, qui désigne leur nombre.
On nous pardonnera ces détails, peut-être trop nombreux, pour un voyage de si peu d'importance, si l'on tient compte du vif intérêt que mit Ozanam à toutes ces excursions.
Nous avions déjà visité ensemble la Grande -Chartreuse quelques années avant. Les souvenirs précieux qu'il en avait gardés l'engagèrent à faire partager à sa femme les pieuses impressions qu'il y avait recueillies. A la fin de la cure d'eau minérale, nous partîmes tous quatre pour ce religieux pèlerinage ; mais peu au courant des distances, la nuit nous surprit dans un petit village du nom de Saint -Pancrace. L'excellent curé du lieu voulut absolument nous