‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 254 sur 313 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

c'est-à-dire quatre heures de diligence à travers un pays accidenté et fort curieux. Arrivé à Dax, au bout de trois quarts d'heure on est à Pouyy petit village qu'on appelle maintenant Saint-Vincent-de-Paul, du nom de son glorieux fils. Ce fut là qu'il vit le vieux chêne sous lequel le petit berger Vincent s'abritait en gardant ses brebis. Le tronc de cet arbre vénérable est assez creux, assez large pour y établir un autel, comme on l'a fait quelquefois afin d'y célébrer les saints mystères. Il ne tient plus au sol que par l'écorce sur la moitié de sa circonférence , car le reste a été dévoré par le temps; encore la partie conservée est- elle déchirée par de larges fentes d'un effet admirable pour un peintre. Ce tronc vermoulu porte cependant des branches énormes qui s'étendent de tous côtés et qui se chargent d'un feuillage épais. La vue de ce chêne séculaire représentait aux yeux d'Ozanam l'image des fondations de saint Vincent de Paul , qui ne semblent tenir à la terre par rien d'humain , et qui cependant triomphent des siècles et grandissent dans les révolutions. « Pour nous, ajoutait-il, nous sommes le gazon qui pousse à ses pieds ; il croît rapidement , il ne cesse pourtant pas d'être petit , et parce qu'il couvre beaucoup de terre , il ne dit pas : Je suis le chêne. » Le cardinal Borroméo, recevant dernièrement les députés de la société de Saint- Vincent-de-Paul , à l'occasion des noces d'or de Pie IX , ne trouva rien de mieux que de paraphraser cette magnifique pensée : « Oui, imitez, dit-il, l'herbe des champs, car plus on la foule aux pieds , plus elle s'enracine. »

On dit que, chaque année, l'arbre du saint est le premier à prendre des feuilles, et au mois de décembre

il en garde encore beaucoup. On a proposé de l'étayer contre la violence des ouragans , qui déracinent chaque année des milliers de pins; mais les gens du pays disent que ce serait douter de la Providence. A quelques pas de l'arbre est la maison où saint Vincent reçut le jour; entre l'arbre et la maison était un oratoire à la place duquel les lazaristes faisaient bâtir une chapelle, lorsque Frédéric y vint. Ils se proposaient aussi d'y joindre une maison de retraite tenue par leurs missionnaires et un hospice confié aux sœurs de Charité. Saint Vincent de Paul, assurément, devait bien plus applaudir, du haut de cieux , à ces modestes monuments , qu'à la plus riche des églises gothiques. De là Ozanam reprit la route qui conduit à Notre-Dame de Buglose, remplacée aujourd'hui par une belle église byzantine, alors déjà à moitié construite. Le vieux sanctuaire n'en était pas moins vénérable : une image de la sainte Vierge honorée de toute la contrée , une statue ancienne de saint Vincent de Paul, et surtout le concours des pèlerins, la rendaient chère à la piété des fidèles. Frédéric y fit la sainte communion. Il y avait longtemps que Frédéric ne s'était senti aussi profondément touché, et il revint rempli d'une confiance que son âme avait en vain cherchée jusqu'alors.

Au retour, M. le curé de Saint- Vincent-de-Paul f' attendait sur la route avec un domestique armé d'une échelle et d'une scie. Il lui fit aussitôt couper une branche du chêne vénéré, qu'Ozanam envoya au conseil général. On peut encore la voir dans la salle des séances, où elle est religieusement conservée.

Les médecins avaient indiqué à Frédéric la ville de

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