CHAPITRE XXIII
Peut-être est-ce cette pensée qui inspira à Msr Richard, co-adjuteur de Son Éminence le cardinal archevêque de Paris, les paroles et la citation suivantes, à la fin du discours que Sa Grandeur prononça, le dimanche 11 novembre 1877, à l'occasion de la réouverture des cours de l'université catholique de Paris : « Chers jeunes gens, vos maîtres et moi, nous n'hésitons pas à le dire , votre vocation d'étudiants de nos universités catholiques est grande, vos consciences vous le disent plus énergiquement encore. 0 mes amis, ce sont les paroles d'un étudiant que je veux citer. Vous vous reconnaîtrez vousmême, en écoutant la lecture d'une page où respire l'âme pleine d'élan d'un jeune chrétien : « 0 mes amis, mon âme est remplie de joie, car voilà que, par la force de la raison, elle a retrouvé précisément ce catholicisme qui me fut jadis enseigné par la bouche d une excellente mère, qui fut si chère à mon enfance, qui nourrit si souvent mon esprit et mon cœur de ses beaux souvenirs et de ses espérances plus belles encore; le catholicisme avec toutes ses grandeurs et toutes ses délices.
« Ébranlé quelque temps parle doute, je sentais un besoin invincible de m'attacher de toutes mes forces à la colonne du temple..., et voilà qu'aujourd'hui je retrouve cette colonne appuyée sur la science, lumineuse des rayons de la sagesse , de la gloire et de la beauté ; je la retrouve, je l'embrasse avec enthousiasme, avec amour.
« Heureux si quelques amis viennent se grouper autour de moi! Alors nous joindrions nos efforts, nous créerions une œuvre ensemble, d'autres se réuniraient
à nous, et peut-être un jour la société se rassemblerait-elle tout entière sous cette ombre protectrice. Le catholicisme, plein de jeunesse et de force, s'élèverait tout à coup sur le monde. Il se mettrait à la tête du siècle renaissant pour le conduire à la civilisation , au bonheur. 0 mes amis! je me sens ému en vous parlant; car l'œuvre est magnifique, et je suis jeune ! j'ai beaucoup d'espoir, et je crois que le temps viendra où j'aurai nourri, fortifié ma pensée, où je pourrai l'exprimer dignement. »
« L'étudiant qui écrivait ces épanchements de l'amitié chrétienne a noblement servi l'Eglise et la France. Vous l'avez nommé, chers amis, c'était Frédéric Ozanam à dix-huit ans ; Ozanam, qui joignait à l'élan de la jeunesse le travail patient, obscur, subordonné aux nécessités de sa famille; qui demeura fidèle aux pratiques de la vie chrétienne ; qui aima les pauvres , et mit la vertu sous la garde de la charité , en devenant le premier membre de la conférence de Saint-Vincent-de-Paul. »
Pendant sa vie , Frédéric avait souvent exprimé le désir de reposer, après sa mort, à l'ombre du sanctuaire ; il aurait presque souhaité rendre son dernier soupir sur la terre d'Italie, dans l'espo r d'obtenir plus facilement cette faveur. Il avait trop bien servi l'Église pour que ses vœux ne fussent pas exaucés; le ministre des cultes, M. Fortoul, son ancien condisciple, qui savait l'apprécier et qui avait toujours conservé pour lui une affection sincère, accorda avec empressement toutes les autorisations nécessaires pour répondre aux pieux désirs de son vieil ami.