CHAPITRE XXIII
leur discours à l'occasion des distributions de prix. L'académie des jeux Floraux la proposa comme thème du concours de l'année 18G1, et M. Poulin, licencié eslettres, l'un des disciples d'Ozanam, voyait le 3 mai son œuvre couronnée.
L'Académie elle-même ne lui ménagea pas non plus ses éloges les plus flatteurs. M. de Laprade, en y entrant, se faisait un titre d'avoir été son compatriote et son ami. M. Guizot, dans une mémorable séance, burinait son portrait avec cette noble éloquence qu'on lui connaît : « Ce modèle de l'homme de lettres chrétien , disait-il, digne et humble, ardent ami de la science et ferme champion de la foi, goûtant avec tendresse les joies pures de la vie, et soumis avec douceur à la longue attente de la mort, enlevé aux plus saintes affections et aux plus nobles travaux, trop tôt selon le monde , mais déjà mûr pour le ciel et pour la gloire. »
Enfin, trois ans après la mort d'Ozanam, l'Académie française lui décernait le prix annuel de haute littérature, fondé par M. Bordin, comme nous l'avons dit plus haut, et M. Villemain, à la séance du 28 août 1856, s'exprimait ainsi dans son rapport :
Extrait d'un ?'apport de M. Villemain à l'Académie française.
(Séance du 28 août 1856.)
« Un récent émule de Montyon vient d'établir un prix annuel, de haute littérature à décerner par nous. Que le nom de M. Bordin demeure consacré par cette
noble intention et par l'application qu'elle en recevra ! Aujourd'hui même, et pour le premier essai de ce prix nouveau , nous aurions pu hésiter entre plusieurs travaux remarquables par l'importance du sujet, l'étendue des recherches.
<( Ce mot de haute littérature nous a paru désigner surtout ce qui est à la fois savant et inspiré, ce qui ne se sert des lettres que pour parler à l'âme , ce qui ne conçoit et n'applique l'art d'écrire que sous les formes les plus graves et les plus pures
« A tous ces titres , un talent célèbre et regretté devait préoccuper notre souvenir et fixer nos suffrages. Ce nom , ce talent c'est celui de M. Ozanam ; ce sont ses leçons publiques, sa vie justement honorée, et les derniers travaux de cette vie si courte. Lorsqu'il s'agit de pareils droits littéraires, aussi durables que purs, personne sans doute n'alléguera comme un obstacle à ce choix de si bon exemple, que l'auteur a cessé de vivre.
« La couronne du talent ne s'attache pas seulement à la personne vivante de l'auteur, elle suit sa mémoire, elle protège sa famille. Si M. Ozanam n'a pas joui luimême de la publication de son meilleur ouvrage, formé de ses leçons recueillies au pied de sa chaire , c'est un motif de plus pour nous de rendre publiquement à son nom tous les honneurs que méritait ce travail, inédit de son vivant. Dans les longues études , et parfois les succès un peu lents imposés au culte exclusif de la haute littérature, il y a , de la part de l'auteur, désintéressement et sacrifice ; il n'y aura que plus d'équité de la part des juges à prolonger après lui la récompense