‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 276 sur 313 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

dont il était digne, et à la reporter tout entière sur ce qu'il aimait plus que lui-même.

« La jeune femme et la jeune enfant de M. Ozanam recevront, comme un dernier don de sa main, le prix dû à son rare talent, au monument inachevé de cette vocation ardente qui leur a coûté si cher. Rien, en effet, n'a surpassé la fièvre studieuse, l'effort à la fois d'application et de verve qui consumait Ozanam et dont ses écrits gardent la trace. Langues anciennes, langues modernes, du Midi et du Nord, histoire de tous les temps, littérature classique ou barbare, à ses degrés divers, science du droit religieux et civil, étude des arts , il avait tout embrassé d'un travail méthodique et pourtant inspiré , dont les échos , pour ainsi dire , se répondaient dans sa vaste mémoire et son intelligence toujours excitée. Ces signes, apparus dès l'origine, s'étaient fortifiés en s'étendant. Sa thèse sur Dante , travail supérieur, mais inégal , avait été surpassée par la science et la diction de ses études sur les Germains : et ces deux précieux fragments n'étaient pour lui que l'essai du grand travail où il voulait comprendre la ruine et la mort de l'ancien monde , et, sous la fermentation de ses débris , la naissance des sociétés modernes apparaissant de toute part, comme une terre immense et nouvelle qu'il voyait se défricher, s'animer, s'embellir à la lumière de ces vérités chrétiennes , que lui-même avait saisies d'une foi profonde et d'un cœur passionné.

« Les cruelles épreuves que la maladie vint mêler à cette vie de laborieux enthousiasme, les langueurs du corps , les inquiétudes nées de la souffrance , les

voyages, les séjours en Italie pour tâcher de guérir, n'ôtèrent rien à ce zèle de religion et de science et servirent plutôt à l'enflammer. On le voit, alors même, par les recherches si neuves de l'auteur sur les écoles d'Italie aux temps barbares et sur les poètes franciscains au début de la renaissance. Mais le grand titre qui, entre les premières fatigues d'Ozanam et son repos forcé, signale dans le haut enseignement un orateur, un écrivain de plus, animant le style par la parole, et relevant la parole par tous les secrets heureux de l'art , c'était le livre que nous couronnons aujourd'hui, la Civilisation an ve siècle, testament de 1 aine publié par les soins d'un maître célèbre ', son émule et son ancien dans l'ardeur et la variété des plus nobles études.

« Savant et naturel , dominé d'une même pensée et rayonnant de mille souvenirs, exact et plein d'illusions charmantes, ce livre , formé de vingt leçons et de quelques notes, est une œuvre éminente de littérature et de goût. Il élève la critique à l'éloquence, et l'éloquence même il la conçoit , il la cherche , il la trouve dans sa source la plus haute, dans son type qui ne meurt jamais, ou plutôt qui renaît toujours, dans l'instinct naturel de l'âme émue par le beau et le divin, par les seules grandeurs ici -bas, la vertu, la liberté, la science, et par les grandeurs d'en haut, celles que promettent la foi. et l'espérance chrétiennes.

« En retrouvant là toutes les paroles recueillies de la bouche d'Ozanam, ses impatientes analyses de la décadence antique, ses pieux hommages d'admiration et de

1 J.-J. Ampère.

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