‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 304 sur 313 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

valent trouver leur place dans le grand édifice qu'il se proposait d'élever. Tout l'enchaînement des idées s'y trouve. Assez souvent, parmi ces notes, on rencontre des passages entièrement rédigés et remarquables par la justesse de l'aperçu et le bonheur de l'expression.

L'ouvrage sur les origines germaniques s'arrête à Charlemagne. L'histoire de l'Allemagne jusqu'au xme siècle avait été le sujet de plusieurs cours dans lesquels Ozanam avait traité la poésie chevaleresque, populaire, satirique, du moyen âge en Allemagne. Tous les matériaux de ces cours se retrouvent dans les notes presque toutes inachevées et inédites.

Une masse considérable de notes sur l'Italie montre qu'il était beaucoup plus avancé pour cette partie de sa tâche. Il avait tracé le plan d'une histoire de la commune de Milan, qui devait faire partie d'un ouvrage historique sur les communes italiennes. Son dessein était de suivre la marche de la civilisation et des lettres depuis le ve siècle jusqu'au xme , c'est-à-dire jusqu'aux poètes franciscains et à Dante, dont la figure majestueuse devait apparaître au sommet de l'édifice.

Parmi les innombrables notes qu'il a laissées, on trouve encore celles d'un cours sur l'histoire littéraire de l'Angleterre, à partir du vie siècle, où il est traité avec détail des moines irlandais, des couvents anglosaxons, de Bède, d'Alfred le Grand; Ozanam avait fait une étude particulière sur saint Thomas de Cantorbéry et sur Bacon, tous deux chanceliers d'Angleterre. Nous en avons parlé plus haut.

(( L'Espagne ne pouvait être négligée par Ozanam; il serait arrivé ainsi au xiue siècle par la littérature

latine de l'Espagne chrétienne et par la riche poésie espagnole. Il avait prouvé qu'il connaissait l'idiome castillan, en expliquant dans sa chaire le romancero du Cid. 11 a montré, dans le Pèlerinage au pays du Cid, à quel point il était en possession de l'histoire et des légendes de la poésie espagnole au moyen âge , quel enthousiasme animait cette science, savait l'embellir et la passionner; mais il n'avait pas eu le temps de beaucoup avancer la partie de son œuvre consacrée à l'Espagne, dans laquelle le pèlerinage du Cid eût sans doute trouvé place , et dont on peut le considérer comme un débris pareil aux fines moulures qui gisent sur le sol , détachées des murs de l'Àlhambra ' . »

C'est avec une profonde émotion que l'on trouve dans les pages d'un Pèlerinage au pays du Cid une verve, un éclat qui contrastent si fort avec la pensée qu'on lit le dernier écrit d'Ozanam, achevé deux semaines seulement avant sa mort , et après avoir passé seulement trois jours à Burgos. Tout cet opuscule est illustré de tableaux on ne peut plus gracieux et ravissants. L'érudition, la délicatesse d'appréciation, une aimable piété se mêlent tour à tour dans ce délicieux récit, qui avait été préparé pour le Correspondant, où il parut en octobre 1853, c'est-à-dire un mois à peine après la mort de l'auteur.

Il décrit successivement la ville des héros , .la ville des rois et la ville de la Vierge. Il termine cette dernière partie par une admirable et touchante prière à

• Préface de M. Ampère pour les Œuvres complètes d'Ozanam, p. 30, 2e édit.

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