CHAPITRE XXV 6U
Thomas, saint Bonaventure; les législateurs de l'Église et de l'État, Grégoire VII, Alexandre III et Innocent IV, Frédéric II, saint Louis, Alphonse X ; toute la querelle du sacerdoce et de l'Empire, les communes, les républiques italiennes, les chroniqueurs et les historiens, les universités et la renaissance du droit; j'aurais toute cette poésie chevaleresque, patrimoine commun de l'Europe latine, et au-dessous toutes ces traditions épiques particulières à chaque peuple, et qui sont le commencement des littératures nationales; j'assisterais à la formation des langues modernes, et mon travail s'achèverait par la Divine Comédie, le plus grand monument de cette période, qui en est comme l'abrégé, et qui en fait la gloire. Voilà ce que se propose un homme qui a failli mourir il y a dix -huit mois, qui n'est pas encore bien remis , assujetti à toutes sortes de ménagements , que vous connaissez d'ailleurs plein d'irrésolution et de faiblesses.
« Mais je compte d'abord sur la bonté de Dieu, s'il veut achever de me rendre la santé, et me conserver l'amour qu'il m'a donné pour ces belles études; je compte aussi sur mon cours , où je trouverai désormais, au lieu d'une distraction, un soutien, une règle, une raison de ne pas abandonner mon plan. J'y trouverai aussi la mesure dans laquelle des questions si multipliées doivent être traitées , non pour le petit nombre des savants, mais pour le public lettré; car je n'ai jamais eu la prétention d'aller au fond de ces sujets , dont chacun suflirait à l'emploi de plusieurs vies. D'ailleurs, voici huit ans que je me prépare sans interruption, soit par mon enseignement où j'ai fait successi-
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vernent l'histoire littéraire d'Italie, d'Allemagne, d'Angleterre au moyen âge, soit par les fragments où j'ai essayé de fixer et de réunir quelques-unes de mes recherches, et de les soumettre aux bons conseils de mes amis. Maintenant que je me suis laissé aller à une confession si longue et si indiscrète, faites qu'elle me profite, et outre l'avis que vous voudrez bien me donner publiquement sur mon pauvre livre, soyez assez bon pour me dire ce que vous pensez du dessein d'y donner suite. Je vous demandais tout à l'heure d'être impartial; j'ai rayé le mot, sachant bien que je demandais une chose imposssible à l'amitié. Mais soyez sincère, je suis encore assez jeune pour être corrigible '... »
Les différents ouvrages qui ont été publiés devaient, dans l'intention de l'auteur, constituer un tout, êtreun livre. Ce livre, intitulé Histoire de la Civilisation aux temps barbares, aurait été formé par la réunion d'un certain nombre d'écrits différents quant à la forme et au cadre, mais intimement liés par l'unité du sujet et de l'idée.
Outre les travaux dont nous avons essayé de donner une légère esquisse, Ozanam a laissé un riche trésor de notes du plus haut intérêt, et qui témoignent de la vaste étendue de son érudition Ces notes sont une vraie merveille. Ce ne sont point des chiffons de papier griffonnés à la hâte, ce sont des sommaires tracés avec la plus grande netteté et la plus grande correction. L'écriture même est soignée, et comme toujours fine et ferme. Ce sont des pierres préparées d'avance qui de-
1 Préface de M. Ampère pour Les Œuvres complètes d'Ozanam, p. :i .
2e édit.