‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 32 sur 313 · CHAPITRE I W · texte numérisé non relu

CHAPITRE I W

coucher. Sa seule domestique voulut aller chercher sou fils aîné , qui était sorti ; mais il dit qu'il ne pourrait pas venir assez tôt; et, peu de temps après, il fut frappé d'une attaque d'apoplexie, dont il mourut en moins de deux heures, à l'âge de soixante-dix-sept ans. »

Cette fin si calme, si pleine de sérénité, ne nous surprend pas. Jacques Ozanam, naturellement simple et modeste, avait une vertu solide, éclairée et surtout pratique. La religion n'était pas pour lui un horsd'œuvre ou un accessoire. Ses grandes et profondes études n'étaient, vis-à-vis des pensées chrétiennes qui le préoccupaient tout entier, que des satellites qui gravitaient et circulaient autour d'une planète. Tous ses ouvrages le témoignent hautement. Sa dévotion était douce et ne dédaignait pas certaines pratiques que les hommes renvoient trop souvent aux femmes , et qui sont malheureusement moins en usage chez les mathématiciens.

Malgré sa science éminente dans les matières religieuses , il aimait à dire « qu'il appartenait aux docteurs de Sorbonne de disputer, au pape de prononcer, aux mathématiciens d'aller au paradis en ligne perpendiculaire ».

Enfin , on voit, par ses écrits, qu'il aimait la sainte Église de toute son âme , et qu'il lui était sincèrement soumis et dévoué. Aussi son obéissance filiale à celle qu'il respectait et regardait comme sa mère, jointe aux connaissances qu'il avait en astronomie, ne lui permit jamais de croire à l'astrologie judiciaire, et encore moins de s'y appliquer, quoique cette prétendue science fut fort à la mode de son temps. « Il refusait

courageusement tout ce qu'on lui offrait pour l'engager à tirer des horoscopes; car presque personne ne sait combien on gagne à ignorer l'avenir. »

« Une fois seulement il se rendit aux désirs d'un comte de l'Empire, qu'il avait bien averti de ne pas le Groire. Jl dressa, par le moyen de l'astronomie, le thème de sa nativité; puis, sans employer les règles de l'astrologie, il lui prédit tous les bonheurs qui lui vinrent à l'esprit. En même temps le comte ht faire aussi son horoscope par un médecin , fort entêté de cet art , et qui s'y croyait fort habile ; celui-ci ne manqua pas d'en suivre exactement et avec scrupule toutes les règles. Vingt ans après, le seigneur allemand apprit à Ozanam que toutes ses prédictions s'étaient accomplies, et pas une de celles du médecin. Cette nouvelle lui fit un plaisir tout différent de celui qu'on prétendait lui faire. On voulait l'applaudir sur son grand savoir en astrologie , et on le confirmait seulement dans la pensée que ce n'était qu'une science purement illusoire. »

Pendant près d'un siècle, ses œuvres n'ont cessé d'être réimprimées, commentées; et, quoique les mathématiques aient fait d'immenses progrès et de nombreuses découvertes depuis son époque, quelques savants, par ignorance sans doute, proposent encore aujourd'hui, pour la solution de certains problèmes, des méthodes qu'ils croient nouvelles, et que l'on retrouve tout entières dans les ouvrages de Jacques Ozanam. Depuis plus de deux cents ans, son nom est resté célèbre; il est inscrit dans toutes les biographies des hommes illustres. Ses livres se rencontrent, non seulement dans les bibliothèques publiques de tous les pays,

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