‹ Vie de G. RossiniChapitre 13 sur 56 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Après tant de succès , Rossini alla revoir Pesaro et sa famille, à laquelle il est passionnément attaché. Il n'a écrit de sa vie qu'à une seule personne, sa mère, et il adresse sans façon ses lettres :

Ail ornatissima signora Rossini, madré del célèbre Maestro, in Bologna.

Tel est le caractère de l'homme ; moitié au sérieux , moitié en se moquant , il avoue la

4G LA CONSCRIPTION ET l'eNVIE.

gloire qui l'entoure et ne songe guère à la petite modestie d'académie ; c'est ce qui me fait croire qu'à Paris il n'aurait pas de succès personnel. Heureux par son génie au milieu du peuple le plus sensible de l'univers, enivré d'hommages au sortir de l'enfance , il croit en sa propre gloire, et ne voit pas pourquoi un homme tel que Rossini ne serait pas naturellement et sans concession au même rang qu'un général de division ou qu'un ministre : ils ont gagné un gros lot à la loterie de l'ambition ; lui, il a gagné un gros lot à la loterie de la nature. Cette phrase est de Rossini. Je la lui ai entendu dire à Rome, en 1819, un soir qu'il faisait entendre la société du prince Ghigi.

Vers le temps de son voyage à Pesaro, il eut un nouveau succès alors bien rare : les terribles lois de la conscription s'abaissèrent devant son génie naissant; le ministre de l'intérieur du royaume d'Italie osa proposer une exception en sa faveur au prince Eugène; et le prince, malgré la peur affreuse que lui faisaient les lettres de Paris, céda à la voix publique. Rossini, dégagé du métier de soldat, alla à Bologne; il y était attendu par des aventures du même genre que celles de Milan, l'enthousiasme du public et l'amour des plus belles.

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