‹ Vie de G. RossiniChapitre 14 sur 56 · LA CONSCRIPTION ET L*ECIVI · texte numérisé non relu

LA CONSCRIPTION ET L*ECIVI

Les rigoristes de Bologne, célèbres en Italie, et qui jouent en musique à peu près le même rôle que les membres de l'Académie française pour les trois unités, lui reprochèrent avec raison de faire quelquefois des fautes contre les règles de la composition. Il en convint : « Je » n'aurais pas tant de fautes à me reprocher, » dit-il aux pauvres rigoristes, si je lisais deux » fois mon manuscrit ; mais vous savez que » j'ai à peine six semaines pour composer un » opéra : je m'amuse pendant le premier mois; )» et quand voulez-vous que je m'amuse, si ce » n'est à mon âge et avec mes succès ? voulez- '• vous que j'attende d'être vieux et envieux? » Enfin arrivent les quinze derniers jours ; j'é- » cris tous les matins un duo ou un air, qu'on h répète le soir. Comment voulez-vous que je » m'aperçoive d'une faute de grammaire dans » les accompagnements? »

On fit grand bruit dans les cercles de Bologne de ces fautes de grammaire. Des pédants prétendirent jadis que Voltaire ne savait pas l'orthographe.

— Tant pis pour l'orthographe, dit Rivarol.

A Bologne, M. Gherardi répondait aux déclamations des pédants, qui reprochaient amèrement à Rossini des infractions nombreuses.

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aux règles de la composition : « Qui a fait ces règles? sont-ce des gens supérieurs en génie à l'auteur de Tancrède ? Une sottise , parce qu'elle est antique et que tous les maîtres d'école l'enseignent, cesse-t-elle d'être une sottise?

» Examinons ces prétendues règles : et d'abord , qu'est-ce que des règles que l'on peut enfreindre sans que le public s'en aperçoive et sans que ses plaisirs en soient le moins du monde diminués? »

Je crois qu'à Paris, M. îïerton, de l'Institut. a renouvelé cette querelle; le fait est qu'on ne remarque nullement ces fautes en entendant les chefs-d'œuvre de Rossini ; c'est comme si l'on faisait un crime à Voltaire de ne pas employer les mêmes coupes de phrases et les mêmes tours que La Bruyère et Montesquieu. Le second de ces grands écrivains disait : « Un

> membre de l'Académie française écrit comme

> on écrit ; un homme d'esprit écrit comme il » écrit. »

Il fallait un prétexte à l'envie d'une cinquantaine de compositeurs connus, qui venaient de se voir anéantis en quelques mois par les œuvres d'un étourdi de vingt ans. Ces sortes de reproches , soutenus par une classe, font ton-

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