CHAPITRE II
Ce charmant opéra a fait le tour de l'Europe en quatre ans. A quoi bon analyser et juger Tancrède? Chaque lecteur ne sait-il pas déjà tout ce qu'il en doit penser? et, au lieu de juger Tancrède avec moi , ne va-t-il pas me juger avec Tancrède? Grâce à madame Fasta, Paris n'a-t-il pas vu Tancrède comme il n'a jamais été donné nulle part?
A Venise Rossini avait fait pour l'arrivée de Tancrède un grand air dont la Melanotte ne
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voulut pas ; et comme celte excellente cantatrice était alors dans la fleur de la beauté, du talent et des caprices, elle ne lui déclara son antipathie pour cet air que l'avant-veille de la première représentation. Qu'on juge du désespoir du maestro ! voilà de ces choses qui font devenir fou à cet âge et dans cette position. «t Si après l'équipée de mon dernier opéra, se » disait Rossini, l'on siffle l'entrée de Tancrède. n tout l'opéra va à terre (tombe à plat). »
Le pauvre jeune homme rentre pensif à sa petite auberge ; une idée lui vient ; il écrit quelques lignes, c'est le fameux
Tu ehe accendi,
l'air au monde qui peut-être a jamais été le plus chanté, et en plus de lieux différents. On raconte à Venise que la première idée de cette cantilène délicieuse, qui dit si bien le bonheur de se revoir après une longue absence, est prise d'une litanie grecque; Rossini l'avait entendu chanter quelques jours auparavant à vêpres dans l'église d'une des petites îles des lagunes de Venise. Les Grecs ont porté l'air de bonheur de la mythologie même dans la religion terrible des chrétiens.