Vie de Gerbert premier pape français sous le nom de Silvestre II
Nous avons publié , il y a quelques mois , chez M. Ferdinand Thibaud, à Clermont-Ferrand , les Œuvres complètes de Gerbert, dont l'impression a été votée par l'Académie des sciences , lettres et arts de cette ville 1 . La Vie que nous donnons dans ce volume est en tête de cette édition.
Le nom de Gerbert est mêlé aux principaux événements des trente dernières années du dixième siècle , auxquels il a pris une part très-active. Issu d'une famille obscure , il devint successivement écolâtre ou directeur des études de S. Rémi de Reims , abbé du riche monastère de Bobio , con-
1 La ville d'Aurillac a fait élever, par David d'Angers , une statue à Gerbert sur une de ses places publiques.
seiller des rois de France et d'Allemagne , archevêque de Reims , archevêque de Ravenne , enfin pape.
Le peuple, frappé de cette fortune prodigieuse , l'expliqua par la magie., par un pacte secret avec le diable. La magie de Gerbert consistait dans des connaissances très-vastes pour le temps , dans un mérite réel que firent valoir un esprit fin , délié , un caractère souple , trop dégagé de scrupules politiques. Au moyen âge , on le crut sorcier ; de nos jours , bien des gens le diront peut-être un homme habile , qui aurait su faire son chemin dans des siècles moins grossiers et moins barbares que celui dans lequel il vivait. Quant à nous , tout en admirant son génie , nous regrettons, avec les savants et honnêtes Bénédictins , qu'il ait attiré sur sa conduite des reproches sévères qu'une critique juste, éclairée se gardera d'excuser ou de dissimuler.
Mais si l'histoire , gardienne vigilante des lois morales, flétrit quelques-uns des moyens employés par Gerbert pour satisfaire son ambition ,
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elle se plaît à constater les immenses services qu'il a rendus aux lettres et aux sciences en danger de périr ; elle loue sa charité envers les pauvres , la pureté de ses mœurs ; elle vante ses généreux efforts pour raviver l'esprit de l'Eglise , et prouve qu'il faut attribuer à Silvestre II la plupart des grandes idées dont on fait honneur à Grégoire VII , à Urbain II.
Nous avons essayé de raconter la vie de Gerbert sans rien .donner à la fantaisie ni à l'imagination. Tout ce que les contemporains nous en ont transmis se réduit à quelques pages. L'es- • prit de parti , la légende ont altéré , vers la fin du onzième siècle , la tradition. C'est dans les Œuvres de Gerbert et surtout dans ses Lettres , véritables mémoires , écrits jour par jour sous l'impression quelquefois très- vive du moment, qu'il faut étudier ce personnage célèbre. Nous l'avons fait, suivant en cela l'exemple de Dom Mabillon et de Dom Rivet , au dix-huitième siècle , et , au dix-neuvième , celui de quelques auteurs français et étrangers.
Si le lecteur trouve que notre récit et nos conclusions diffèrent des conclusions et des récits qu'il connaît déjà , qu'il ne se hâte pas de nous condamner. Qu'il veuille consulter, dans notre édition des (Œuvres de Gerbert, les textes authentiques dont nous invoquons le témoignage , qu'il parcoure les Notes critiques et historiques que nous y avons ajoutées , et que leur étendue ne permettait pas de reproduire dans ce volume sans le grossir démesurément , nous avons l'espoir qu'il jugera notre travail avec plus de faveur, et qu'il lui accordera le double mérite de l'exactitude et de l'impartialité.
aermont-Ferrand , le 5 avril 1867.
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