‹ Vie de Guy du Faur de Pibrac. Publiée avec notes et appendicesChapitre 2 sur 2 · livre second, p. GOl de l'édition du Panthéon lilléraire · texte numérisé non relu

livre second, p. GOl de l'édition du Panthéon lilléraire

« Pibrac était chancelier de Marguerite, reine de Navarre. Un petit refroidissement venait de lui attirer de la part de celle princesse une lettre dans laquelle elle lui reprochait sa témérité

(I) p. 216, lettre de la reine à Pibrac; p. 221, réponse de Pibrac à la reine; p. 222, nouvelle lettre de la reine; p. 224, nouvelle réponse de Pibrac. C'est ce dernier document, qui est un mémoire bien plus qu'une lettre, qui est si connu sous le nom i'Àpologie.

— bS —

(le ce qu'il avait osé élever ses désirs jusqu'à elle; ce qui donnait beaucoup de chagrin à Pibrac : il n'était pas moins inquiet de la réponse qu'd devait faire. Un jour qu'il se promenait avec de Thon (1), il lui en fit conlldeiice; il le crut le plus propre, comme le plus jeune, à excuser sa faiblesse; et, par une espèce de honte, il ne voulut pas s'en ouvrir à Pithou. Il lui dit la réponse qu'il méditait, mais avec un air si prévenu, en des termes si étudiés, et dans un style où il paraissait tant de passion, que cela ne servit qu'à convaincre de Thou de la vérité des reproches que lui faisait celte princesse. Pibrac lui envoya bientôt après cette réponse, qui courut depuis dans le monde, et qui était écrite avec toute la déUcatesse et toute la finesse dont il était capable (2) . »

De Thou n'a pas été le seul des contemporains de Pibrac à penser que le chancelier de Marguerite n'avait pas, sans payer son tribut à l'humaine fragihté, vécu dans l'intimité de cette sirène dont tant d'autres subirent le charme irrésistible. L'auteur du Divorce salyrique, qui calomnie souvent, j'en conviens, mais qui souvent aussi se contente de médire, était le grossier interprète de l'opinion générale (5) quand il attribuait à Henri IV ces paroles que je demande pardon de citer textuellement, après Chateaubriand (4) : « Il est vrai que de quelques-uns (de ses amants) elle se moquoit, comme vous

(1) De Thou et Pithou, après avoir admire la cathédrale d'Auch, étaient venus au château de Pibrac où, pendant trois jours, leur hôte les reçut magnifiquement et encore plus cordialement. Les détails que nous fournil de Thou sur le château et les jardins, sur la bonne chère que l'on faisait chez Pibrac, sur l'aimable causerie et les diverses qualités d'esprit et de caractère» du maître de la maison, sont des plus intéressants. Catherine de Médicis. se rendant en novembre 1579 de Toulouse à l'Isle-Jourdain où l'aitendail le roi de Navarre, coucha au château de Pibrac, où Guy du Faur la reçut et la traita splendidement, selon l'expression de dom Vaissète.

(2) Marguerite, qui n'a rien dit de tout cela dans ses Mémoires, y a trouvé l'occasion d'assez mal parler (a l'année 1579) de Pibrac qu'elle accuse de duplicité {p. 160 de l'édition de M. de L. Lalanne).

(3) C'est ce que constatent les auteurs du mémoire sur la vie de M. de Pibrac (p. 93): « Ce dévouement persuada tous ceux de son temps qu'il était véritablement amoureux d'elle. »

(4) Analyse raisonnéc df l'Histoire de France, édition Penaud, p. 320.

diriez de ce vieux ruffian de Pibrac, que Tamour avoit fait devenir son cliancelier, duquel pour en rire elle me montroit les lettres (1). »

Pour beaucoup de bons esprits, les uns plus fins, les autres plus solides, ces divers témoignages ont été décisifs, comme on peut s'en convaincre en interrogeant : Mezeray {f/isioire de France, 1645) (2); Hardouin de Péréfixe {Histoire du rat/ Henry le Grand, 1661); Bayle {Dictionnaire crilique, 1674, au moi Aavarre) (5); Germain do La Faille {Annales de la ville de Toulouse déjà citées); Lenglet Du Frcsnoy {Méthode pour étudier Vhistoire, édition in-4% de 1729) (4); le président Renault {Nouvel abrégé chronologique de l'Histoire de France, 17M); Tabbé de Condillac {Cours dliistoire, t. xiii, p. 590); et la plupart des biographes, notamment Lespine de Grainville etSepher; M. Saint-Prosper jeune (dans le Dictionnaire de la Conversation); Fauteur anonyme et très bien informé des Etudes sur lexYi" siècle; M. Léon Feugère, qui a élé encore mieux informé; enfin, M. Paul Louisy (dans la Nouvelle Biographie générale) (o).

(1) p. 494 du tome iv de l'édition du Journal dp Henry III, de Pierre de rEstoile, publiée par Lcnglot-Dufrcsnoy (1744, 5 vol. in-8°^. M. Léon Feugcre (ouv. déjà cité, p. 467) a quelque peu adouci l'àpre langage du paniphlélaire. Doni Vaissète s'était bien trompé (tome v, p. 645) en affirmant qu'il n'était pas question de Pibrac dans le Divorce satijrique. Il était permis au vénérable bénédictin de no pas bien connaître le cynique libelle.

(2) C'est au tome m, p. 325, que Mézeray nous montre Pibrac « dupé par les artificieux attraits de cette princesse. »

(3) Bayle ajoute: « Allez vous fier après cela à ces vénérables magistrats qui font des quatrains moraux si graves et si sentencieux, que Caton même se ferait honneur de les avoir composés! » Dom Vaissète a critiqué avec mauvaise humeur cette plaisante boutade (t. v., p. 645).

(4) « Marguerite dont il était le chancelier, et même un peu amoureux » (t. iv, p. 269). M. Feuillet de Conches, dans ses Causeries d'un Curieux, semble s'être souvenu du mot de Lenglet-Dufrcsnoy, quand il a écrit cette phrase (p. 67 du t. m) : « Marguerite le fit son chancelier. Il rêvait un peu mieux, dit-on; mais que ne diton pas ? »

(5) M. Rémard, auteur de l'article Pibrac dans la Biographie universelle, n'a pas voulu exprimer sur cette délicate question son opinion personnelle. Chaudon (Nouveau Dictionnaire historique, édition de 1789) semble incliner vers le sentiment de Dom Vaissète.

L'annaliste La Faille, si érudit et si judicieux, remarque, de plus, qu'une tradition languedocienne attribue à Pibrac une chanson patoisc composée en Thonneur de Marguerite (1). L'authenticité de cette chanson, je le reconnais, est trop contestable pour que l'on puisse en tirer une preuve de la passion inspirée à Pibrac par la femme dont Brantôme a dit : « S'il y en eut jamais une au monde parfaicte en beauté, c'est la revue de Navarre (2), » mais on m'accordera bien que ce qui n'est pas une preuve est du moins une présomption. Si l'on ne m'accordait même pas cela, je me consolerais en disant que l'on peut facilement renoncer à se servir d'un argument douteux, quand on a la main pleine d'arguments sans réplique.

Les principaux défenseurs de la thèse que j'attaque ont été,

(1) M. Du Mége, clans son édition de l'Histoire générale du Languedoc (notes ot additions du tome ix, p. 87), a reproduit cette chansjn qui est très gracieuse, très vive et très bien tournée.

En voici le premier couplet :

Margaridetto, mas amours, £scoutats lacansounelto, Margaridetto, mas amours, Escoulals la cansounelto, Fayto per tous!

Mais depuis M. le docteur Noulet, dans une décisive Dissertation (Mémoires de l'Acad. des se. de Toulouse, 4*' série, t. ii, 1852, p. 113 , a démontré: 1° que cette chanson n'est pas du \\i« siècle; 2° qu'elle n'a qu'un caractère littéraire et de fantaisie. Ce serait toujours un témoin de la tradition subsistante, si quelque chose dans le couplet gascon désignait clairement Pibrac plutôt que tout autre courtisan de la reine Marguerite.

Lafaillc avait aussi entendu répéter ces \ers composés du vivant Je Pibrac : J'étais président, Reine Margot, Marguerite,

J'étais président.

En la cour duparlemenl;

Je m'en suis défait, Reine Margot, Marguerite,

Je m'en suis défait.

Pour être à vous tout à fait.

(2) N'oublions pas qu'à cette extrême beauté Marguerite joignait encore un esprit infini, qu'elle savait tirer le plus habile parti de tant de brillants avantages, et demandons-nous comment le paufiTC Pibrac, ainsi que l'appelle Péréfixe, n'aurait pas été fasciné? Pour braver le triple prestige de la beauté, de l'esprit et de la coquetterie, il aurait fallu tout au moins ['ces triplex dont parle Horace.

en 174-5, dom Vaissèlc, dans une note spéciale du lomc v de V Histoire (jénémlo. du Languedoc (1), et, en \lfi\), Tabbé d' Arligny dans ses Remarques sur Gui Faur sieur de Pibrac (2) . Les observations de l'abbé d'Artigny étant à peu près les mêmes que celles de dom Vaissète (5), je combattrai les deux auteurs à la fois, en combattant seulement le dernier venu dans Farène.

Toute Fargumentation de Fabbé dWrtigny se résume en deux propositions que je vais examiner successivement de très près.

Voici la première (p. 561) : «Il fut à la vôiité contraint de faire F Apologie que nous en allons publier, où il se justifie assez bien. Mais s'il avait été en faute, si son Apologie n'avait pas détrompé la reine Marguerite, il est certain que cette princesse ne se serait plus servie d'un homme aussi téméraire. Cependant je le vois toujours employé par cette princesse dans les affaires même les plus délicates. Les plaintes de la reine Marguerite sont des mois d'août et septembre 1581, etFApologie de Pibrac est du 1" octobre de la même année. Mais, deux ans après, c'est-à-dire en 1585, je le vois employé dans une occasion importante, où ce magistrat, au nom du roi et de la reine de Navarre, demanda justice et satisfaction à Henri

(1) Note intitulée: Si Gui Du Faur sieur de Pibrac fut amoureux de Marguerite de Valois (p. 643). Dans l'édition tle M. Du Mége, on trouvera à la page 106 du lonie IX celte petite dissertation à laquelle le vénérable bénédictin aurait pu donner pour épigraphe i'incedo per ignés du poète.

(2) D'Arligay n'aurait été là qu'un prête-nom, s'il faut en croire celte assertion de Lespine de Grainville et de Scpher (p 95) : « 31. l'abbé d'Artigny, ou plutôt celui d'entre nos célèbres écrivains et habiles historiens qui lui a fourni l'article entier qui concerne Pibrac. »

(3) Voici avec quelles réserves un critique des mieux disposés approuvait, dans le Journal des Savants de 1746 (p. 544), les conclusions de Dom Vaissète: « On ne peut que louer le zèle de Dom Vaissète, qui a prétendu le laver (Pibrac) de ce reproche. Si cette dissertation ne lève pas absolument toute difficulté, elle rend du moins le fait problématique; au surplus, rien ne prouve que cet amour prétendu ait jamais fait sortir Pibrac des bornes de la décence et de l'honnêteté. » Une telle approbation, dans un compte-rendu généralement très favorable, n'équivaut-ellc pas à une protestation?

III sur l'insulte sanglante que ce dernier avait fait faire à la reine sa sœur au Bourg-la-Reine (1). »

Où Fabbé d'Artigny a-t-il vu que Pibrac continua à garder la confiance de la reine outragée? Il aurait bien dû signaler les documents qui nous auraient permis de vérifier Texactitude de son assertion. Pour moi, après bien des recherches dans les Lettres de Marguerite et dans les Mémoires du temps, je crains que le toujours de Fabbé d'Artigny ne soit une de ces formules complaisantes derrière lesquelles un auteur cache son embarras. Ce loujours ne se réduit pas même à une seule fois, car s'il est vrai que Pibrac alla vers Henri III, comme le quatrième des négociateurs qui se succédèrent depuis le 8 août 1585 (2), ce fut, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même (5), le roi de Navarre seul qui le chargea de cette mission. — Ainsi tombe complètement la première des objections présentées par dWrtigny.

La seconde ne résiste pas davantage à la discussion. La voici (p. 5G2) : « Pibrac avait le cœur pris d'un autre côté; une incUnation plus tendre et moins cérémonieuse, un attachement plus sensible s'était rendu maître de ce grandhomme. Et je doute qu'avec cet esprit de modération et de rétlexion qu'il a toujours fait paraître, il fût susceptible de deux passions très vives en même temps, occupé comme il était d'ailleurs; il lui suffisait bien d'en avoir une. Mais afin qu'on ne prenne

(1 D'Artigny a commis une erreur en indiquant le Bourg-Ia-Reine. D'Aubigné 'Histoire universelle, t. i, p. 84) s'est trompé, lui aussi, en donnant à cette odieuse scène la porte Saint-Jacques pour théâtre. D'après Du Plessis-Mornay {Mémoires, t. I, p. 2o8), Marguerite fut arrêtée entre Palaiseau et Saint-Clair. Ce fut à Palaiseau même, d'après le Journal de l'Estoile (édition Champollion. p. 164'.

(■2) Le premier fut Du Plessis-Mornay, qui partit de Nérac le 17 août; le second fut d'Aubigné, le troisième Volet.

(3) A'oir la harangue prononcée par Pibrac devant Henri 111 et analysée par Bayle dans la remarque Q de l'article Aayarre (Marguerite de). Cette harangue a été imprimée pour la première fois dans n'^ Recueil de plaidoyers, harangues et remontrances des plus illustres cl fameux politiques de notre temps (Paris, chez Adrien TifTaine, 1618, in-1-2). On la retrouve à la suite du Mémoire de Lespine de Grainville et de Sephcr(p. 253;. Pibrac y dit formellement que la honteuse arrestation de la reine de Navarre fut opérée à deux lieues au-dessus du Bourg-la-Reinc.

pas ce que je dis pour des imaginations romanesques, on en trouvera la preuve dans une vingtaine de lettres amoureuses de ce grave magistrat que j'ai lacs dans le manuscrit 1008 de la bibliothèque de Saint-Gcrmain-des-Prés parmi ceux du chancelier Séguier, où elles sont attribuées àPibrac (1). On verra que cette plume, qui savait traiter la morale avec tant de naturel, de forte et d'élégance, dans les quatrains si instructifs que nous en avons, n'était pas moins bien taillée pour traiter les plus tendres sentiments de la passion et de l'amour. » D'Artigny continue ainsi (p. 565) : « Lorsque j'alléguai ces lettres au savant père dom Yaissète, il prétendit qu'elles étaient écrites à Mme de Pibrac, épouse de ce magistrat. Mais je doute que leur lecture laisse subsister cette réponse. Elles n'ont point la gravité avec laijuelle on écrit à une épouse, même la plus tendrement aimée (2). Tous les traits de ces lettres regardent une toute autre persoiuie qu'une épouse, puisque celle à qui elles sont adressées était veuve. D'ailleurs, m'a-t-on dit, ce sont peut-être des lettres de jeunesse : mais j'ose assurer que le contraire paraît à la lecture. Pibrac était conseiller d'Etat lorsqu'il les écrivit, et Ton voit dans la quinzième qu'il revenait d'Olinville, où il avait été travailler avec le roi Henri III lorsqu'il écrivit cette lettre. Or, les voyages de ce roi à Olinville, entre Etampes et Orléans, sont des années 1576 et 1577. Ainsi, cette réponse n'a pas plus

(1) Aujourd'hui n" 17471 du fonds français. U y a là (de la p. 31 à la p. 38) qui est la dernière du volume) 19 lettres non datées. Ce sont, comme toutes les pièces dunt se compose le volume, des copies très lisibles Ces 19 lettres ont été publiées à la suite du Mémoire de Lespine de Grainville et de Sepher (p. 131 à 180). On trouve encore dans le volume 17471 une lettre ou plutôt un mémoire de Pibrac touchant la négociation de la reine-mère (p. 21) et un mémoire du même au roi sur les plaintes de ceux do la religion (p. 27). Ces deux documents, d'une étendue considérable, ne sont pas datés et m'o.at paru bien importants. Je ne me souviens pas de les avoir vus imprimés.

(2) Les auteurs du Mémoire sur la vie de M. de Pibrac disent à ce sujet (p. 96) : c< Le style n'est pas compatible avec le respect qu'un pareil lien que le mariage inspire ordinairement à ceux qu'il unit : si dom Vaissete les a lues, il mérite plus de louanges que de reproches de s'èlrc trompé sur le langage de la passion. »

de solidité que les autres. Hé! ne vaut-il pas mieux avouer que Pibrac, qui n'avait pas encore cinquante ans (1), ressentait toujours en lui les feux de la jeunesse (2)? »

Admettons que d'Artigny ait raison et que les lettres galantes de Pibrac appartiennent aux années 1576 et 1577. Pourquoi cette circonstance nous empêcherait-elle de croire que, dans les années qui suivirent, Pibrac, rapproché de Marguerite par ses fonctions de chanceUer (ô), devint amoureux d'elle? Nous sommes ici en présence non de deux passions simultanées, mais de deux passions successives. Souvent, hélas! lui aussi, Vliomme varie! {J^) Ou bien Marguerite vint occuper dans le cœur de Pibrac une place qui déjà était devenue libre, ou bien elle y détrôna, grâce à ces incomparables dons de séduction, l'héroïne des lettres de 1576 et de 1577.

Quoi qu'il en soit, tout s'exphque aisément, naturellement, et c'est non moins au nom de la vraisemblance morale qu'au nom de la vraisemblance historique qu'il faut défmitivement donner raison à Marguerite, à de Thou et à tant d'autres accusateurs contre Pibrac, dom Yaissète, l'abbé d'Artigny et si peu d'autres apologistes (5) !

(1) Combien d'auteurs ont oublié que celui qu'ils appellent, à ce propos, \o. vieux Pibrac, était à peine quinquagénaire! L'éditeur des OEuvres complètes de Michel de l'Hospital, Dufey (de l'Yonne), a trouvé le moyen de les dépasser de beaucoup en disant (t. i, p. 480) : « Gui du Faur se survivait à lui-même quand il déshonora sa vieillesse et son talent par la plus déplorable et la plus inutile prostitution. » La bévue n'est pas moins grotesque, en vérité, que le style qui l'enveloppe, Pibrac avant seulement 44 ans quand il essaya de justifier l'immense assassinat de la Saint-Barthélemy. Cela nie rappelle certain historien-journaliste qui a mis la révocation de l'Edit de Nantes sur le compte de la caducité de Louis XIV, lequel pourtant n'était âgé, en 1685, que de 47 ans, ce qui autorise à dire : le radoteur, ce n'est pas le roi.

(2) L'abbé d'Artigny aurait pu citer ici le vers si spirituel de Ronsard :

« El d'ailleurs le bois sec brûle mieux que le vert. »

(3) Les auteurs du Mémoire sur la vie de M. de Pibrac observent (p. 101) que ce niag-strat avait passé dix-sept mois avec Marguerite pendant un séjour qu'elle avait fait en Béarn. Consulter sur ce séjour en Béarn (1578 et 1579) les Mémoires de Marguerite, cdit. de M. L. Lalanne (p. 157 et suiv. . Pibrac resta aussi prés de Marguerite à Nérac (1579-1580).

(4) « L'amour est une passion dont la durée n'égale pas toujours la violence, » disent (p. 100) les auteurs du Mémoire déjà si souvent cité.

(5) Parmi ces derniers, rangeons le chanoine A. Mongez qui, dans son Histoire de la reine Marguerite de Valois[mi) ,Siîhrm0, \c malheureux! que la prétendue passion

Dans rintervallc qui s'est écoulé entre la rédaction et Timpression de ces notes a paru un opuscule intitulé : Pihrac, sa vie cl ses écrits, fragments d'une étude historique et littéraire, par E. Cougny (Versailles, 1869, in-S"). Les vingt premières pages sont employées à montrer que « le vénérable auteur de ces Quatrains moraux qui servirent si longtemps à donner à la jeunesse de salutaires leçons » n'a pas aimé la reine de Navarre. Gomment M. Cougny, auquel nous devons de sérieux et estimables travaux, a-t-il pu nier ainsi Févidence? L'avocat de Pibrac n'a pas, je le crains, assez étudié son dossier. De fâcheuses erreurs ne le prouvent que trop. Par exemple (p. '/), il prétend, renversant complètement les rôles, que Péréflxe « a le premier accrédité cette fable invraisemblable, » et que Mézeray a reproduit « presque dans les mêmes termes le récit de Péréflxe, » alors que le récit de ce dernier est postérieur de près de vingt années au récit de son prétendu copiste. Par exemple encore (p. 9), il déclare que ladite fable est fondée sur « un seul témoignage qui soit du temps, » sur celui de J. Aug. de Thou, comme si d'Aubigné n'avait pas confirmé la version de Marguerite et celle du grand historien! Pour innocenter Pibrac, M. Cougny est obligé (dure extrémité!) d'accuser de mensonge l'honnête président de Thou (1)! A défaut d'arguments, le docte professeur emprunte le faible secours d'un rapprochement hasardé, et il s'écrie (p. 8) : « Je ne crois

de Pibrac pour Marguerite a été « absolument détruite » par dom Vaissèt'î et par rabbé d'Artigny, que « les raisons victorieuses qu'apportent ces deux auteurs, et surtout le dernier, doivent décider tout homme impartial. » Mongez ajoute bien plaisamment, pour montrer que Pibrac devait préférer une autre femme à Marguerite : < Ce brave chancelier qui donnait tant de temps a l'étude et aux affaires se trouvait bien mieux d'un amour plus commode. »Ceci ne se réfute pas. Contentons-nous de sourire. — Aucun biographe du chancelier de Marguerite n'a rappelé que cette princesse lui avait vendu, avant leur rupture, l'hOtel d'Anjou, situé prés du Louvre, et qu'il céda bientôt à Mme de Longueville(ie«re ajJo/ojc'aV/uc, édition Guessard, p. 260 et suiv.). Henri IV, n'étant encore que roi de Xavarre (1579;, vendit à Pibrac, « conseiller d'Etat, »la seigneurie d'Aillas (p. 30 du tome iv de l'Inventaire-Sommaire des archives départementales des Basses Pyn'nées, dressé par M. Paul Raymond) (1867).

(1) M. Cougny a dû, pour les cruels besoins de sa cause, reprocher aussi au grave historien Lafaille (p. 19) « une incroyable légèreté. »

guère à la vieille histoire cFAristote faisant Tàne pour complaire à une maîtresse. » Je n'irai pas plus loin, et me contenterai d'exprimer le regret que la première partie de la brochure de M. Cougny soit si inférieure à la seconde, où l'on trouvera (p. 20-60) d'intéressantes observations sur les œuvres de Pibrac.

Quelques citations relatives à Pibrac.

Golletet n'a pas cité ces vers tirés de la dédicace du poème : Le Triomphe de la Foy, par G. de Saluste, sieur du Bartas, « A Gui Du Faur, seigneur de Pybrac, conseiller du Roy en son privé conseil, et président en sa cour de parlement à Pari s « (p. 428 des Œuvres complètes, édition de 1611) (1) :

Miracle de nos jours, quand ta langue affinée Par l'usage et le sens, parle au nom de nos Rois Au Concile, au Tudesque, au fourré Polonnois, Tu fais revoir le jour à l'éloquent Cynée.

Tu semblés un Nestor quand ta sage parole Dans le conseil privé de nos malheurs discourt, Et quand du grand Paris la souveraine court T'oyt disputer du droit, tu semblés un Scevole.

Puis ta prose romaine égale le doux style De mon limé Saluste, et quand des doctes sœurs Sur ton papier lissé tu verses les douceurs. Tu me fais souvenir du grave-doux Virgile.

Ces vers, qui sont au nombre des meilleurs de tous ceux de Du Bartas, ont dû être oubUés par Golletet (2), mais ce

(1) On sait que le Triomphe de la foij parut pour la première fois dans la Muse chrcstienne (Bordeaux, chez Simon Millanges, in-4o, 1573). J'ai rappelé, dans une note de la page 80 des Vies des poèt,s gascons, qu'une des filles de Du Bartas fut marido avec un neveu de Guy Du Faur de Pibrac, avec N. Du Faur, fils du seigneur de Gratteins, chancelier du roi de Navarre.

(2, Golletet a dit dans sa INotice sur Guillaume de Saluste (p. 93 des Vies des poêles gascons) : « H dédia son Triomphe de la foy à Guy Du Faur, seigneur de Pibrac, son illustre amy, qui l'honora toute sa vie d'une estime toute particulière.»

critique ne païaît pas avoir cuiiiiu d'autres vers (jue je trouve dans une pièce rarissime intitulée : Tombeau de M. Du Faur, sieur de Pibrac, par A. D. T. (A Paris, pour Félix le Manguier, libraire juré, demeurant à la rue Neufvc Nostre-Dame, 1584, in-4% de 7 pages) (5). L'auteur anonyme de cette élégie débute ainsi :

Filles de Jupiter, citoiennes de Grèce,

Qui lavez vos cheveux dans les eaux de Permesse,

et il les prie de cesser leur danses joyeuses.

Car je pleura un héros, un grand mignon des Dieux.

Voici comment il s'adresse ensuite à Pibrac lui-même :

A peine tu avois de la barbe au menton, Que Thoulouse te vit un troisième Catou, Exemple de vertus, patron de saincte vie. Magasin de sçavoir et plus grand cpie l'envie.

Mais Thoulouze n'estoit assez grande pour toy : Tu n'y fus pas long temps que Charles, nostre Roy, Eut affaire de toy, et t'élut entre mille Pour estre ambassadeur au général Concilie.

Dans le recueil aucpiel je viens d'emprunter cette citation figure (sous le \Y 25), à la suite du Tombeau de Pibrac, une pièce latine intitulée : Pauli Fojcii et Vidi Fabri PibracH Manibus et Pauli Foxii Tumulus (Parisiis apud Robertum Columbe'lum, 1584, in-8''). Le poème est précédé d'une épître dédicaioire au président du parlement de Bourgogne : fUustrissimo Divimiensis setiatus principi D. Brularto, signée : lo. Gmjionius. Jean Guijon (appelé Jean Guynos dans le privilége) dit, en offrant à Brulart ces bagatelles, nugas meas : Quid ego ad Foxii vel Pibracii laudes, nisi quod Chœrilus ad Alexandrum? Le poème aux Mânes des deux amis est de

(3) On la demanderait en vain a la Bibliollièque impériale, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève et à la Bibliothèque de l'Arsenal. Elle n'est qu'à la Bibliothèque Mazarine (dans un recueil in-4", coté 10,694 A).

Jean Guijon {lo. Guyionius cec'mi); le poème consacré au tombeau de Paul de Foix {Paull Foxil tumulus) est de ce même Jean, mais le poème consacré au tombeau de Pibrac {Fabri Plbracii tumulus) est d'un frère aîné de Jean, lequel s'appelait Jacques, et qui signe ainsi : Jacobus Guyionius Ileclmis fadebat kal.juL lo84. Ces trois poèmes, tous assez courts (le premier de 5 pages, le second de 4 pages, le troisième de 2 pages) m'ont semblé fort insignifiants, et décidément le mot nugas leur avait été très bien appliqué par la modestie de l'un des auteurs (1).

Dans un ouvrage, bien peu connu, de Pierre l'An gl ois, sieur de Bel-Estat {Discours des hiéroglyphes (égyptiens, emblèmes, devises et armoiries, Paris, lo85, in-i"), on rencontre, sous le vingt-sixième tableau (p. G6), ces vers à M. de Pibrac :

C'est bien à vous, Monsieur, que je dois mon abeille :

Elle d'une industrie à nulle autre pareille,

Succe les fleurs d'Hybla, pour confire son miel,

Et vous suçant les fleurs de la pliilosopliie.

En avez sceu tirer des reigles de la vie,

Dont vous sucrez vos vers, qui sont dignes du ciel.

Passons à la prose. Je mentionnerai d'abord VOraison funèbre prononcée en l'église et monastère des Augustins, aux obsèques et funérailles de M. Guy Du Faur, seigneur de Pibrac, conseiller du Roy en son privé conseil et d' Estai, président e)i sa cour de parlement et chancelier de feu Monseigneur frère du Roy et de la Reyne de Navarre, ensemble ses derniers propoz lenuz avant son trespas, dédié à hault et puissant seigneur Monseigneur le duc de Guise, par F. Pierre Pain-et-Yin, docteur en théologie, religieux profez

(1) Ces divers poèmes ont clé réimprimés dans le recueil des opuscules des quatre frères Guijon : Jacobi, Joannis, Andrpce et Hugoiiis fratrum Guijoniorium opéra varia, ex Bibliotheca Philiberli de la Mare, senatoris Divioncnsis; Dijon, 1656, in-4o, pages 176, 182. J'avais oublié de dire que Jacques Guijon Iraduisit en lalin el en distiques les quatrains de Pibrac.

de Tordre de Saint-Auguslin (Paris, pour riuillaiime Tige, libraire, 1084-, 111-8" de ôO pages) (1). Celle oraison funèbre est pleine de généralilés dans le genre de celle-ci (p. 27) : « Son nom vivra de siècle en siècle éternellement. » Je n'y trouve à relever que ce renseignement (même page), que « par la violence de fièvre, » il « partit de ce monde le mercredy 50 de may (2). »

Peu de temps après, Michel de Montaigne traçait de Pibrac ce charmant éloge {Essais, lo88, I. m, ch. ix) : « Ainsi en parloit le bon Monsieur de Pibrac que nous venons de perdre; un esprit si gentil, les opinions si saines, les mœurs si doulces. Geste perte, et celle qu'en mes me temps nous avons faicte de Monsieur de Foix (5), sont pertes importantes à nostre couronne. Je ne scays s'il reste à la France de quoy substituer une aultre couple pareille à ces deux Gascons, en sincérité et en suffisance, pour le conseil de nos roys. C'estoient âmes diversement belles, et certes, selon le siècle, rares et belles, chascune en sa forme : mais qui les avoit logées en cet aage, si disconvenables et si disproportionnées à nostre corriiplion et à nos tempestes? »

il) Bibliothèque impériale LN ^^' Bibliollièque Mazarine . {n° îl).

(2) Si l'on ne soupçonnait là quelque faute J'impression, il y aurait à se demander si la date fournie par l'orateur ne doit pas être préférée à la date donnée presque partout ailleurs (27 mai). Du reste, jamais date n'a été plus contestée. Quelques auteurs (récents, il est vrai, et notamment d'.4rligny) ont indiqué le 12 mai. D'après l'épitaplie latine mise sur le tombeau de Pibrac dans le chœur de l'église des GrandG-Augusttns, rapportée par Piganiol de la Force (t. vi de sa Description de Paris), il faudrait adopter le 2 mai (probablement, le 1 a été efTacé). Piganiol nous apprend encore que l'on avait inscrit ce quatrain sur la tombe de celui qui avait fait tant d'autres quatrains :

Pibrac, dont l'honneur et la gloire Eclate par tout l'univers, Ne veut ny prose ny des vers Pour en conserver la mémoire.

(3) Celte coïncidence a été relevée aussi par l'Estoile (p. 171 de l'édition Champollion-Figeac). Là, le chroniqueur nous apprend qu'en mai 1584 « il y eut deux éclipses qui furent suivies de la mort et éclipse de deux grands personnages, M. de Foix, archevesque de Tholose, et M. de Pibrac, qui moururent à trois jours près l'un de l'autre. »

N'omeUons pas ces lignes importantes tracées par un historien protestant, du vivant même de Pibrac, et qui nous montrent le futur défenseur de la Saint-Bartliélemy faisant, sinon arrêter, du moins restreindre, Thorrible massacre :

« Pibrac, avocat du Roy, luy demande (le 26 août, toutes cliambres du parlement réunies), s'il plaist à Sa Majesté que Taccident soit enregistré au greffe du parlement pour en conserver la mémoire à la postérité, s'il ne veut pas qu'on cesse et mette fin à tant de meurtres qui se font d'heure à autre en tant d'endroits d'une si grande ville que Paris.... » Le roi ayant répondu affirmativement à ces deux interpellations, « commande que, sur l'heure, on aiUe deffendre à son de trompe et à peine de la mort en tous les cantons de la ville qu'aucun ne fust si hardi de tuer âme vivante, de pUler ne tourmenter aucun fors ceux qui seront ordonnez pour ce faire (1) (La Popelinière, Histoire de France, 1581, t. n, i°Qn, verso). »

N'omettons pas non plus ce mot de Joseph Scahger : « Pibrac étoit un très honnête homme, bon jurisconsulte, et, pour un Gascon, il parloit bien françois [Scaligerana, édition de 1669, p. 512), » et ce passage de V Histoire universelle d' Agrippa d'Âubigné, (tome n, livre ii, p. ni de la 1" édition) : « A larivière d'Odere (frontière du roiaume de Pologne), ceux du pais lui envolèrent (au duc d'Anjou) l'evesque de Yladislavie qui lui fit une harangue pour sa bien venue avec admirable éloquence, dont il fut remboursé par Pibrac, non sans usure, car lui qui estoit le plus éloquent et élégant que nostre siècle ait porté, et le mieux accommodant le geste et la grâce aux paroUes triées, en cet endroit se surmonta soi-mesme. »

Depuis l'année 1646, date de la composition de la notice

(1) Le rédacteur des Mémoires de l'Estat de France (t. i, fo 448) a confondu Guy du Faur avec son frère Louis et s'est également trompé en avançant qu'il se tint prudemment caché pendant la Saint-Barthélémy chez la dame de Nemours.

de Colletct (1), je ne trouve guère à sigualer, eu dehors des ouvrages éuuuiérés déjà daus mes notes que : VAcadéinie des sciences et des arts, contenant tes vies et les éloges des hommes illuslres, etc., par Isaac Bullart (IG82, iii-f% Amsterdam) (2); les Conversations nouvelles sar divers sujets, par Mademoiselle de Scudéry (1684, 2 vol. iii-12, touie ii) (5); les Eloges des hommes savatUs, par Antoiue Teissier (171-i, in- 12, l. m, p. 289-297); la Description du Parnasse français, par Titou du Tillet (1732, iii-f% p. 159); les Mémoires de Trévoux, de mai 174'7 (4); l'Eloge de Guy du Faur de PiOrac, par Etiemie Calvin (1778, in-8% opuscule couronné par Tacadé-

mie des Jeux-Floraux); V Eloge du même, par M , de Taca-

démie de Marseille (1778, in-S") (5); Gag du Faur de PiOrac, chancelier de la reine de Navarre et de Henri III, discours historique et critique qui n'a point concouru au prix deVaca-

(1) Colletet aurait pu mentionner de louangeuses pages sur Pibrac dans un livre qui avait paru l'année précédente : Les éloges des premiers présidents du parlement de Paris, par J.-B. de l'IIermite-Souliers et Fr. Blanchard, Paris, 1645, in-f<», p. 229 et suivantes.

(2) P. 71 et 7-2 du tome i. Bullart donne à Pibrac celte devise : Labor actus in orbem. 11 rapporte aussi celte épitaphe faite par E. Pasquier pour son ami :

Patribus et populo longe gralissimus omni (Hune ut jure voces deiicias populi) Conditus hic Faber esl, quo sanctior haud fuit aller, Rursus ut hune possis dicere Fabrilium.

(3) C'est dans V Histoire du comte d'Albe que se trouve (de la page 770 à la page 887) une dissertation sur la poésie française, qui n'a pas été assez remarquée, car elle renferme, sur la plupart de nos vieux poètes, des jugements excellents et de curieuses particularités, le tout exprimé en un charmant langage.

(4) Article xlvii, p. 802 et suiv. (à propos de l'édition des Quatrains de Paris, chez Quillau, 17461.

(5) Une note manuscrite de l'exemplaire de la bibliothèque impériale (Ln 27 6506) nous révèle le nom de l'auleur de cet' éloge vide et déclamatoire, M. Floret. Une seule phrase donnera un î juste idée do la manière do M. Floret, c'est cette enthousiaste et presque délirante définition de l'avocat général (p. 15) : « L'avocat général est le père de la patrie, la victime qui s'immole généreusement chaque jour jiour

elle » L'auteur assure (note 12 de la page 31) que dans le Recueil A B C D,

'on trouve une très longue dissertation pour prouver que Pibrac ne fut pas amoureux de la reine Marguerite. Pour moi, j'assure qu'il n'en est rien et que le Recueil de 'abbé d'Arligny aura tout simplement été confondu par M. Floret avec le Recueil de Pérau, Querlon, Mercier de Saint-Léger, et, du reste, M. Floret déclare que, pour ce qui regarde la passion.de Pibrac, le témoignage de de Thou « décide la question. »

demie de Toidouse, par M. Mayer (Londres, 1778, iii-S") (1); VElo()e de Guy du Faur de Pibrac, par Guill. -Henri-Charles Goyon d'Arsac (Toulouse, 1779, ïn-i%;\Q CaUdogue des livres composant la bibliothèque poétique de M. Viollet-le-Duc (Paris, 1845, in-8"); Trois magistrals français du xvV siècle, études historiques {Antoine Du Prat, Guy du Faur, seigneur de Pibrac, Jacques Fage, seigneur d'Espcisses), par Edouard Fayc de Bris (Paris, 1844, in-8°; Guy du Faur de Pibrac, par Th. Hue (Toulouse, 1846, in-8"); le Dictionnaire des sciences philosophiques (tome v, 1851) (2); \Qi Mémoires delUtérature ancienne, par M. E. Egger (1862, in-8"); enfin, les Variétés bifjliograpJuques, par M. Edouard Tricotel (Paris, Jules Gay, 1865, in-12) (5).

D'une nouvelle édition à donner des Quatrains de Pibrac.

M. le comte de Pibrac, qui a Fhonneur d'appartenir à la famille du poète, et qui est membre de la Société archéolo-

(1) L'impression de l'ouvrage de M. Mayer est horrible; le papier est plus horrible encore. Est-ce par effroi que personne, avant moi, n'avait coupé les feuilles de l'exemplaire de la bibliothèque impériale ;Ln 27/6507)? Le style est en harmonie avec le papier et avec l'impression. C'est, à proprement parier, une diatribe contre Pibrac. L'auteur dit tout d'abord que Pibrac ne peut être « un sujet d'élogf. i> 11 lui reproche avec véhémence (p. 64 et 65) d'avoir brûlé pour Marguerite « de feux adultères). » A la fin du volume, oa a reproduit (p. 83) l'apologie de la Saint-Barthélémy, et (p. 46) la harangue aux Polonais.

(2) M. Chr. Bartholmess, auteur de l'article, a rai)pelé que ['Encyclopédie de Diderot a grandement vante, en Pibrac, un penseur d'une rare solidité.

(3) P. 90. Sous ce titre : Q^ielques vers de Pibrac, M. Tricotel a mis, à la suilc d'une courte notice, Vcsprit de Lysis disMt le dernier adieu à sa Flore, dialogue. C'est, dit-il, « unepiéce de vers remarquable sur la mort deBussy-d'.4.mboisc, l'amant de Mme de Moiitsorea'.i, lâchement assassiné par le mari, le 19 août 1579. L'Estoile, après avoir relaté le m^iurtre de Bassy, ajoute : Sur cette mort de Bussy furent faits et divulgués divers tombexax et épilaphes entre lesquels j'ay recueilly le suivant qui est digne de l'esprit de M. de Pibrac. Il est intitulé: Ombre de Bussy, Dialogue entre Flore et Lysis (voir le Journal de Henri III, édition Charapollion Figeac, 1837, p. 118). L'éditeur s'est bien gardé do reprodui,-e cette pièce. Nous la donnons d'après un petit volume fort rare, intitulé : Troisième recueil de diverses poésies des plus excellens uuthcurs de ce temps, recueillies par Raphaël du Pelit-Val. Rouen, 1600, in-12. »

giquc de rOrléaiiais, avail lliilcnlioii, il y aqiiehiuos années, de publier iuk; somptueuse édition des Qimtraim. Soit qu'il accouq^Usse un projet (pd a pour lui tout le prix, d'un fdial devoir, soit qu'il laisse à un aulre le soin de rendre un tel hommage à la mémoire du grand homme dont il porte le nom, je demande la permission d'indiquer ici ce qu'à mon humble avis il faudrait faire entrer dans la nouvelle édition.

Je voudrais d'abord que l'on mît en tête un catalogue raisonné, aussi complet que possible, des éditions précédentes, ainsi que des traductions qui en ont été données en tant de langues. Il serait bon de rechercher, à cette occasion, ce qu'il y a de vrai dans l'assertion si souvent répétée relative aux traductions des Quatrains faites par les Turcs, les Arabes et les Persans (1).

L'édition devrait reproduire le texte le plus ancien, avec les variantes recueiUies dans toutes les éditions publiées du vivant de l'auteur, et qui, par conséquent, auraient pu être pour lui l'objet d'une révision dont il y aurait à tenir grand compte (2).

Des notes abondantes devraient accompagner les Qualrains, tantôt pour avertir le lecteur des emprunts faits par Piltrac à Phocy^hde, à Epicharme et aux autres poètes gnomiques de la Grèce, ainsi qu'aux divers autres moralistes de l'Antiquité,

(1) Je me méfie un peu de ces prcleiidues traductions lointaines depuisque je sais avec quel succès Sommalius a raconté qu'un roi de Mauritanie conduisit un jésuite dans sa bibliolliéque, et lui montra le livi-p. de V Imilation traduit en langue turque. (Voir contre cette fabuleuse historiette une note de mon Opuscule : Preuves que Thomas Akempis n'a pas composé l'Imitation de N.-S. J.-C, p. 145.) Le premier auteur qui, à ma connaissance, ait dit que les Quatrains avaient été traduits en trois langues orientales, c'est Scévolc de Sainlo-Marlbe. Adrien Baillet, Kiceron, Goujot, ont à qui mieux mieux répandu ce bruit. M. Cougny vient de le répéter ip. 42)-

{•î} L'édition mise par Lespine de Grainvillc et l'abbé Sepher à la suite de leur Mémoire sur Pibrac est bien supérieure à lo :tes les éditions du xvii-' siècle. Lire (p. 67 de ce Mémoire) unn vive tirade contre les éditions défigurées de 1G87 et de 1730. Les biographes de Pibrac appellent ces éditions modernisées « des traductions d'une espèce toute particulière. » Les critiques de Trévoux constataient, en 1747 (p. 857),. que l'éditeur de 1746 « avail jugé qu'il valait mieux imprimer ces vers tels qu'ils sont originairement...»

lantôt pour expliquer les mots que pourraient trouver difficiles les personnes peu familiarisées avec le langage du XVI' siècle.

Il serait piquant de rapprocher des pensées exprimées dans chacun des Quatrains, cFautres pensées développées par les moralistes qui ont été les contemporains ou les successeurs de Pibrac.

Je souhaiterais encore que, dans un chapitre spécial, on évoquât tous les souvenirs littéraires ou historiques qui se rattachent aux Quatrains, chapitre où seraient tour à tour mentionnés Michel de Montaigne, Pasquier, Héroard, Molière, Yigneul de Marville, Voltaire, etc., et auquel Madame de Maintenon, racontant son enfance, fournirait cette citation {Conseils et instructions aux Dames de Saint-Cyr, édition Th. Lavallée, t. i, p. 98) : « On nous plaquoit un masque sur le nez, car on avoit peur que nous ne hâlassions; on nous mettoit au bras un petit panier où étoit notre déjeuner avec un petit Uvre des Quatrains de Pibrac, dont on nous donnoit quelques pages à apprendre par jour; avec cela, on nous mettoit une grande gaule dans la main, et on nous chargeoit d'empêcher que les dindons n'allassent où ils ne dévoient point aller. »

Enfin, il serait désirable, ce me semble, que Ton joignît aux Quatrains le rarissime et tout petit traité : De la manière civile de se comporter pour entrer en mariage avec une demoiselle (1), le poème de la Vie rustique, les sonnets et

(1) Ce traité, composé de six quatrains, n'est que dans l'édition des Quatrains publiée à Amsterdam par Vander Haglien, in-8o, édition dont il resterait un seul exemplaire, s'il fallait en croire le rédacteur du Catalogue de La A'allière. Le Manuel du Libraire reproduit, sans la démentir, cette désespérante assertion. Voici l'extrait, tel que le donne G. de Bure (t. ii, p. 3611, de la lettre mise en tête du volume et adressée, du chTiteau de Pibrac, le 20 octobre 1757, au duc de La V;illiére, par une pièce du poète (Eulalie Pibrac, comtesse de Conillac) : « Feu M. de Pibrac, mon Srand oncle, avant que de m.ourir, avait remarqué que dans ses édifiants quatrains |l avoit oublié de traiter de ce qui doit se pratiquer en maiiage. U y a suppléé par es quatrains que voici. U les a écrits dans la simplicité du langage des gens du commun, parce qu'ils forment le plus grand nombre. Cet exemplaire est le seul qui reste, et je le sacrifie avec plaisir à la haute réputation de Monsieur le Duc. »

les vers sur la mort de Bussy-d'Amboise, de façon à réuni i en un volume, qui ne serait pas bien gros, les poésies corn plètes de Pibrac (1).

Un tel recueil, préparé avec amour, imprimé avec goût, ne serait pas seulement le bien venu dans tout le Languedoc et dans toute la Gascogne; il ferait encore la joie de tous ceux qui aiment à trouver dans un livre doux à Toeil, doux à la main, de bonnes vieilles poésies entourées de bonnes jeunes annotations.

(1) U ne faudrait pas négliger celle indicalion qui m'est donnée au dernier moment: •< Bouchet, Serce 16, tout au commencement, semble attribuera Pibrac un ouvrage intitulé Banquet, où celui qui donne le repas a nom Colin, et sa femme Clarion. C'est, je pense, un poème. » Ceci est tiré du Ducatiana (Amslerdam, 1738, tome II/, p. 370). — Voici encore une indicalion bibliographique qui peut intéresser un éditeur curieux. : Les quatrains de Pybracmis en musique, par Boni. Paris, Ballard, 1582.

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