CHAPITRE II
ensemble pour l'exercice de la comédie affiii de conservation de leur trouppe soubz le tiltre de l'Illustre Théâtre; c'est à sç avoir :
Que. pour n'oster la liberté raisonnable à personne d'entre eulx. aucun ne pourra se retirer de la trouppe sans en advertir quatre mois auparavant, comme pareillement la trouppe n'en pourra congédier aucun sans luy en donner advis les quatre mois auparavant.
Item que les pièces nouvelles de théâtre qui viendront à la trouppe seront disposées '1 sans contredit par les autheurs. sans" qu'aucun puisse se plaindre du rolle qui lui sera donné; que les pièces qui seront imprimées, si l'auteur n'en dispose, seront disposées par la trouppe mesmes à la pluralité des vuix. sy l'on ne s'arreste à l'accord qui en est pour ce faict envers lesd. Clerin, Pocquelin et Joseph Bejart qui doivent choisir alternatifvement les Héros, sans préjudice de la prérogative que tous les susd. accordent à lad. Magdelaine Bejart de choisir le roolle qui luy plaira.
Item que toutes les choses qui concerneront leur théâtre et les affaires qui surviendront, tant de celles que Ton prévoit que de celles qu'on ne prévoit point, la troupe les décidera à la pluralité des voix sans que personne d'entre eulx y puisse contredire.
Item que ceulx ou celles qui sortiront de la trouppe à l'amiable suivant lad. clause des quatre mois tireront leurs partz contingentes de tous les fraiz, décorations (2) et autres choses généralement quelconques qui auront esté faictes depuis le jour qu'ilz seront entrez dans ladicte trouppe jusques à leur sortie, selon l'apprétiation de leur valeur présente qui sera faicte par des gens expers dont tous conviendront ensemble.
Item ceulx qui sortiront de la trouppe pour vouloir des choses qu'elle ne voudra, ou que lad. trouppe sera obligée de mettre dehors faulte de faire leur devoir, en ce cas ilz ne pourront prétendre à aucun partage et desdommagement des irai- communs.
Item que ceulx ou celles qui sortiront de la trouppe et mail) Le mot disposer était alors le mot technique pour distribuer partager les rôles. Nous avuns reproduit ailleurs ces lignes du procèsverbal de l'assemblée des comédiens français à la date du 26 juillet 1(393 : « M. de Chainpmeslé a disposé le rôle de Josselin dans la Coupe enchantée à M. de La Thorillière... » Voyez notre édition des Œuvres complètes de La Fontaine, tome V, page xxxiv. j
(i) Mot difficile à lire.
licieusernent ne voudront suivre aucun des articles presens, seront obligez à tous les desdommagemens des fraiz de lad. trouppe et pour cet effet seront ypotecquez leurs équipage généralement tous et chacuns leurs biens presens et advenir en quelque lieu et en quelque temps qu'ilz puissent est .retrouvez.
A l'entretennement duquel article toutes les parties s'obligent comme s'ils estoient majeurs pour la nécessité de la société contractée par tous les articles cj dessus.
Et de plus il a esté accordé entre tous les dessus ditz que, sv aucun d'eux vouloit auparavant qu'ils commenceront à monter leur théâtre se retirer de Lad. société, qu'il sera tenu de bailler et payer au profiit des autres delà trouppe la somme de trois mil livres tournois pour les desdommager incontinent el dès qu'il se sera retiré de lad. trouppe, sans que lad. somme puisse estre censée peine comminatoire. Car ainsi a accordé entre lesd. parties promettant, obligeant chacun.
Faict et passé à Paris en la présence de noble homme André Mareschal advocat en Parlement, Marie Hervé, veuve de feu Joseph Bejart vivant bourgeois de Paris, mère desd. Bejarl et Françoise Lesguillon, femme d'Etienne de Burlis, bourgeois de Paris, père et mère de lad. De Burlis, en la maison de lad. veufve Bejart devant déclarée. L'an mil six cent quarante trois le trent" et dernier jour de juin après mid) et ont tous signé les présentes subjectes au scel soubs les pein» ■l'édict.
Beys I '•■ Glerih
Jean Baptiste POQUELIN J. Bejart
BONNENFANT g6 PlNEL
M. Beiart Magdale IIalihgri
Geneviefve Beiart Caterine Desurlis
A. Mareschal Marie Hervé Françoise Lesguillon
Duchesse Fieffé
Cet acte est du plus haut intérêt pour la biographie de Molière. Il est aussi du plus haut intérêt pour l'histoire des origines de la Comédie française. La Comédie franl'ut définitivement fondée, c imme elle-même le constate sur sou sceau et sur ses affiches, le 25 août 1680 par la jonction des deux troupes de l'hôtel de Bourgogne et de l'hôtel de Guénégaud. L'un de ces affluents, la troupe