‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 10 sur 221 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

font reculer, il n'y a qu'à se féliciter de ce résultat, car ils se trompaient assurément sur la carrière qu'ils voulaient suivre et ils n'étaient pas faits pour y réussir.

La résolution que prit Jean-Baptiste Poquelin, le fils du tapissier, de se faire comédien se manifeste premièrement à nous par la renonciation à la survivance de la charge de son père. Le 6 janvier 1643, il reçoit de son père la somme de 630 livres, tant de ce qui lui pouvait appartenir de la succession de sa mère qu'en avancement d'hoirie future de son père, le priant et requérant en outre de faire pourvoir de la charge de tapissier du roi, dont il avait la survivance, tel autre de ses enfants qu'il lui plairait et se démettant de tout droit qu'il y pouvait prétendre.

Jean-Baptiste Poquelin avait vingt et un ans, ce qui alors n'était pas l'âge de la majorité. On n'était majeur qu'à vingt-cinq ans. La survivance de la charge de tapissier du roi fut donnée par le père à son deuxième ûls, également nommé Jean. L'aîné reprit la survivance après la mort de son frère en 1660.

Molière n'a jamais cessé du reste, de se qualifier, à l'occasion, tapissier, valet de chambre du roi, même après la renonciation dont nous venons de parler. Cela se voit dans plusieurs actes et contrats, notamment dans l'acte de baptême du 10 janvier 1650 à Narbonne. Le frère puîné ne fut reçu en survivance qu'en 1657; le père continuant ses fonctions n'avait pas jugé à propos sans doute de donner à cet arrangement de famille la sanction de démarches officielles.

Le projet de fonder un nouveau théâtre à Paris ne se réalisa pas immédiatement après la renonciation du 6 janvier. Nous avons dit déjà que les principaux associés de Molière dans ce projet étaient les Béjart. Le père de ces jeunes gens, Joseph Béjart, décéda au commencement de cette année 1643. Le 10 mars, sa veuve Marie He introduisait une requête devant le lieutenant civil pour demander, en son nom et au nom de ses enfants, à renoncer à la succession de son défunt mari. Marie Hervé, mariée le 6 octobre 1615, avait eu onze ou douze enfants. Il lui en restait cinq vivants à l'époque du décès du père; elle les

nomme dans sa requête : Joseph. Madeleine. Geneviève. Louis, et une petite non baptisée. Joseph Béjart avait vingt-six, peut-être vingt-sept ans : Madeleine, née en 1618, vingt-cinq ans. Geneviève Béjart. si l'on s'en rapporte à l'acte de mariage du 19 septembre 1672. n'aurait eu que onze ans. et. si l'on s'en rapporte à l'acte d'inhumation de juillet 1675, que douze ans. à cette date de 1643. Une erreur semble bien probable dans ces deux actes, car à onze ou douze ans. on ne L'aurait point fait figurer parmi les actrices de l'Illustre Théâtre. C'est elle, sans doute, qui était née le 2 juillet 1624 (Voyez Jal, p. 177 1 et elle avait alors dix-neuf ans. Louis Béjart, baptisé le 4 décembre 1630, avait à peine treize ans. Il est probable que le décès du père de ces jeunes gens retarda de quelques mois la constitution de la troupe.

Le 30 juin, le contrat de société fut passé à Paris. La troupe, avec la présomption de la jeunesse, prenait le nom de l'Illustre Théâtre, l'adjectif illustre étant alors fort à la mode. Cet acte est trop important pour n'être pas donné ici textuellement.

1643. — 30 juin

Contrat de société entre les Comédiens de l'Illustre Théâtre.

Furent présents en leurs personnes : Denis Beys. Germain Clerin, Jean-Baptiste Poquelin, Joseph Béjart. Nicolas Bonaenfant, Georges Pinel, Magdelaine Béjart. Magdelaine Malingre, Catherine De Surlis et Geneviève Béjart. tous demeurant sçavoir :

Led. Beïs rue de la Perle, pars^ 8t-< ais;

Led. Clerin rue st-Antoine, paroisse Saint-Paul;

Led. Pocquelin rue de Torigny, pars" susdite;

Lesd. Béjart. Magdelaine et Geneviefve Béjart en lad. rue de la Perle en la maison de madame leur mère, parse BUSd.;

Led. Bonnenfant en ladite rue St-Paul;

Led. Pinel, rue Jean-de-Lespine. par* si-Jean en Grève;

Lad. Magdelaine Malingre, vieille rue du Temple, par St-Jean en Grève;

Et lad. De Surlis. rue de Poictou. par Saint-Nicolas des Champ? :

Lesquelz ont faict et accordé volontairement entre eulx les articles qui ensuivent soubz lesquelz ilz s'unissent et se lient

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