‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 124 sur 221 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Qu'il est joli! qu'il est joli!

Est-il des yeux qu'il ne ravisse?

Il passe en beauté feu Narcisse.

Qui fut un blondin accompli... »

\près avoir joué Alceste, passe encore de jouer Sganarelle, mais Lycas ! voilà ce que Boileau ne pouvait comprendre. .

Ce n'était pas tout, que ces travestissements fantasques et ces rôles extravagants: Molière était encore expose sur son théâtre à toutes sortes de risibles aventures celle-ci. par exemple, que rapporte Grimarest : « On jouoit une comédie intitulée Don Quixote ou les enchantements de Merlin (pièce arrangée par Madeleine Béjart), et. dans cette comédie, Molière remplissent le rôle de feancho Panca. Il y paraissent monté sur un âne. Un soir qu ayant enfourché sa monture il attendoit le moment d entrer en scène, l'àne, qui ne savoit pas son rôle par cœur, n obsen a pas ce moment, et. dès qu'il fut dans la coulisse, il voulu entrer quelques efforts que Molière employât pour qu U n'en fit rien. Il tiroit le licou de toute sa force; Jane nobéissoit point et voulait paroître. Molière appeloit ,: « Laforest! à moi! ce maudit âne veut entrer! » Cette femme étoit dans la coulisse opposée, d'où elle ne pouvoit passer par-dessus le théâtre pour arrêter Une; et el e noit de tout son cœur de voir son maître renverse sur le derrière de cet animal, tant il mettoit de force a tirer son licou pour le retenir. Enfin, destitué de tout secours et désespérant de pouvoir vaincre l'opiniâtreté de son ane il prit le parti de se retenir aux ailes du théâtre et de laisser glisser l'animal entre ses jambes pour aller faire telle scène qu'il jugeroit à propos. Quand on fait réflexion au caractère d'esprit de Molière, à la gravite de sa conduite et de sa conversation, il est risible que ce philosophe fût exposé à de pareilles aventures et prit sur lui les personnages les plus comiques. » Boileau trouvai que son ami compromettait sa dignité, mais il n obtena de lui sur ce point aucune concession. Molière persista a exercer la profession d'acteur comique dans toute son étendue. Il ne récusa jamais aucun emploi, même subai-

terne. Il resta tout entier la proie du théâtre. Lui, qui soutenait cette périlleuse gageure que nous avons tout à l'heure expliquée, pouvait-il. en effet, lâcher pied d'un seul pas sans abandonner bientôt tout le terrain? S'il renonçait à un rôle, il n'y avait point de motif pour qu'il ne renonçât pas à la comédie. Boileau tenait le langage de la froide raison à Molière, qui était passionné et qui ne vivait que par la passion.

Au mois de février 1667. Molière introduisit, dans le Ballet des Muses, le Sicilien ou l'Amour peintre, délicieuse esquisse qu'on peut considérer comme un modèle d'opéra-comique. La troupe de Molière, qui était partie de Paris le 1er décembre 1666, ne fit sa rentrée au théâtre du Palais-Royal que le 25 février suivant. Le Sicilien ne fut joué à la ville que le 10 juin. Molière, épuisé de fatigues, éprouva dans l'intervalle une nouvelle crise de sa maladie qui. pendant deux mois, le tint éloigné de la scène. Il avait altéré sa santé par de nouveaux efforts, mais il avait acquis de nouveaux droits à la protection royale.

Lorsqu'il fut rétabli, la scène politique avait changé de face. Après la mort de Philippe IV, roi d'Espagne (septembre 16651, Louis XIV. au nom de sa femme, Marie- Thérèse, réclama le Brabant, le Hainaut, le Limbourg, Xamur, Anvers, etc. Au printemps de 1667. trois armées, dont l'une avait pour chef le maréchal de Turenne, se mirent en mouvement. Le roi partit le 16 mai, et à sa suite toute la cour; la reine, les dames même, Montespan, La Vallière. dans de vastes carrosses prirent le chemin des Flandres. Le 3 juin, Louis entrait à Charleroi: le 25. à Tournai. Le 2 juillet, il était devant Douai, qui se rendit le 6. Le 31, il prenait possession d'Oudenarde. De là. les Français retournèrent sur Lille pour faire le siège de cette place.

Pendant que s'accomplissait cette diversion, et que Paris, au dire de Mrac de Sévigné, était désert, Molière joua, le 5 août, sur le théâtre du Palais-Royal, la comédie qui était interdite depuis trois ans. Il l'avait intitulée l'Imposteur, avait changé le nom de Tartuffe en celui de Panulphe, adouci quelques passages. Il espérait peut-

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