TROISIÈME ÉPOQUE DU THEATRE
DU MISANTHROPE AUX FEMMES SAVANTES (suite).
Le 14 octobre 1670. la troupe représenta à Chambord le Bourgeois gentilhomme. La gaieté de Molière, bien loin de diminuer à mesure qu'il avance vers le terme de sa carrière, devient au contraire plus étincelante. Une
fantaisie exubérante se déploie dans le Bourgeois gentilhomme et grandit jusqu'à une sorte de lyrisme, c II faut admirer, dit Sainte-Beuve, ce surcroît toujours montant et bouillonnant de verve comique très folle, très riche, très inépuisable, que je distingue fort, quoique la limite soit malaisée à définir, de la farce un peu bouffonne et de la lie un peu scarronesque où Molière trempa au début. Que dirais-je? c'est la distance qu'il y a entre la pi du Roman comique et tel chœur d'Aristophane ou i taines échappées de Rabelais. •
11 paraîtrait que ïe sucres de la première représentation à Chambord ne fut pas décisif. C'est Grimarest qui raconte à ce sujet l'anecdote suivante :
« A la première représentation, le roi n'avoit donné aucun signe de satisfaction, et. à son souper, il ne dit pas un seul mot à Molière. Ce silence du monarque parut aux courtisans une marque certaine de mécontentement, et ils se mirent à traiter le poète comme un homme en disgrâce, c'est-à-dire à le déchirer : c Molière nous prend assurément pour des grues, de croire nous divertir avec de