‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 146 sur 221 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

de musique, sur les théâtres autres que 1 Opéra La partition de Charpentier offre une preuve bien concluante de ce fait Nous y lisons en tête des premiers morceaux : « £ Malade imaginaire avant les défenses. Ouverture du prologue du Malade imaginaire dans sa splendeur *. Et plus loin : « Le Malade imaginaire avec les défenses.

^'n'eûtpas été facile sans doute de faire accepter à la Cour un divertissement dont la musique fut d un autre m icien que Lulli, car la faveur de celm-e, auprès de Louis XIV était alors presque illimitée, le ro. déclarant qu'il ne pouvait se passer de cet homme. ' Ce fut là un grand sujet de tristesse pour Mohère et c'est probablement à cette sorte de disgrâce qui fait allusion dans les paroles rapportées par Grimarest, et que nous allons citer tout à l'heure.

Peut-être aussi Louis XIV, qui avait fait dans le cours de l'été précédent la première et glorieuse campagne de Hollande oui avait vu s'accomplir sous ses yeux ce pas- " g du Rhin eélébré par Boileau, avait-il l'espnt tourne aux choses héroïques et donna- t-d la P^^»» Mithridate de Racine, joué par les comédiens de hôtel de Bourgogne. Robinet, dans sa lettre du 18 février 167», constate en effet le succès de cette tragédie a Saint- Germain :

La cour, à Saint-Germain-en-Lnyc

Continuant d'être fort gaie.

Se divertit en ces jours gras,

Entre autres gracieux ébats,

A celui de la comédie.

Et voit, dit-on. la tragédie

Du roi Mithridate ayant nom

Qui se nourrissoit de poison;

Dans lequel poétique régale

L'admirable troupe royale

Fit merveilles...

Cela ne devait pas consoler Molière, exclu de ces fêtes dont il était l'àme depuis si longtemps.

Le i; février, jour de la quatrième représentation,

Molière se sentit plus souffrant. Il faut s'en tenir, pour les détails de cette dernière soirée, au récit de Grimarest. qui a un caractère assez frappant de vérité : c Molière, dit-il. se trouvant tourmenté de sa fluxion beaucoup plus qu'à l'ordinaire, fit appeler sa femme, à qui il dit. en présence de Baron : « Tant que ma vie a été mêlée également a de douleur et de plaisir, je me suis cru heureux; mais « aujourd'hui que je suis accablé de peines sans pouvoir mpter sur aucun moment de satisfaction et de douc ceur. je vois bien qu'il me faut quitter la partie. Je ne puis plus tenir contre les douleurs et les déplaisirs qui ne me donnent pas un instant de relâche. Mais, ajoutat-il en réfléchissant, qu'un homme souffre avant de mourir! Cependant, je sens bien que je finis. » La Molière et Baron furent vivement touchés du discours de M. de Molière, auquel ils ne s'attendoient pas. quelque incommodé qu'il fût. Ils le conjurèrent, les larmes aux yeux, de ne point jouer ce jour-là et de prendre du repos pour se remettre. « Comment voulez-vous que je fas ' leur dit-il; il y a cinquante pauvres ouvriers qui n'ont a que leur journée pour vivre; que feront-ils si l'on ne joue pas? Je me reprocherois d'avoir négligé de leur « donner du pain un seul jour, le pouvant faire absolua ment. »

On fait observer que cette raison, fort honorable sans doute, alléguée par Molière, n'était pas très décisive, puisqu'il aurait pu aisément dédommager ces pauvres ouvriers. Mais, de même que ce point d'honneur aveo lequel nous l'avons vu tout à l'heure justifier un pareil refus, ce n'est là évidemment qu'un prétexte qu'il se donnait àlui-même. Au fond, ee qui déterminait sa résistance, c'était, nous le répétons, le pacte intime par lequel il avait irrévocablement engagé sa volonté. Mais reprenons le récit de Grimarest :

« Il envoya chercher les comédiens, à qui il dit que. se sentant plus incommodé que de coutume, il ne joueroit point ce jour-là s'ils n'étoient prêts à quatre heures précises pour jouer la comédie. la. leur dit-il, je « ne puis m'y trouver, et vous pourrez rendre l'argent. » Les comédiens tinrent les lustres allumés et la toile levée.

Page 1