‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 149 sur 221 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

sieur de Molière s'estant trouvé mal de la maladie dont il décéda environ une heure après, il voulut dans le moment témoigner de? marques de repentir de ses fautes et mourir en bon chrestien, à l'effet de quoy avecq instances il demanda un prestre pour recevoir les sacremens. et envoya par plusieurs fois son valet et servante à Sainct-Eustaehe sa paroisse, lesquels s'adressèrent à messieurs Lenfant et Lechat. deux prostrés habituez en ladicte paroisse, qui refusèrent plusieurs fois de venir: op qui obligea le sieur Jean Aubry d'y aller luy-mesme pour en faire venir, et de faict fist lever le nommé Paysant. aussi prestre habitué audict lieu: et comme toutes ces allées et venues tardèrent plus d'une heure et demye. pendant lequel temps ledict feu Molière décéda, et ledict sieur Paysant arriva comme il venoit d'expirer; et comme ledict feu Molièro est décédé sans avoir reçu le sacrement de confession dan- un temps où il venoit de représenter la comédie, monsieur le curé de Sainct-Eustaehe lui refuse la sépulturo. cp qui obligo la suppliante vous présenter la pré-ento roqupste. pour lui estre sur cp pourvu.

Ce considéré, monseigneur, pt altendu ce que dessus, pt que ledict défund a demandé auparavant que de mourir un prestre pour estre confessé, qu'il est mort dans 1p spntiment d'un bon chrestien, ainsy qu'il a témoigné en présence de deux dames religieuses, demeurant en la même maison, d'un gentilhomme nommé M. Couthon. entre les bras de qui il est mort, et de plusieurs autres personnes: et que M. Bernard, prestre habitué en l'église Sainct-Germain. lui a administré les sacremens à Pasque dernier, il vous plaise de grâce spécialle accorder à ladicte suppliante que son dict feu mary soit inhumé et enterré dans ladicte église Sainct-Eustaehe. sa paroisse, dans les voyes ordinaires et accoutumées, et ladicte suppliante continuera ses prières à Dieu pour vostre prospérité et santé, et ont signé.

Ainsi signé. Le Yasseur et Aubry. avecq paraphe.

Et au-dessoubz est escript ce qui suit : Renvoyé au sieur abbé de Benjamin, noslre officiai, pour informer des faits contenus en la présente requeste, pour, information à nous rapportée, estre ensuitte ordonné ce que de raison. Faict à Paris, dans nostre palais archyépiscopal. le vingtiesme febvrier mil six cent soixante-treize. Signé : Archevesque de Paris.

La veuve de Molière ne se contenta pas d'adresser cette supplique au chef du diocèse. Si l'on ajoute foi à une anecdote recueillie par Cizeron-Rival dans les papiers de Brossette, elle alla à Versailles se jeter aux pieds du roi

pour se plaindre de l'injure que l'on faisait à la mémoire de son mari. Cette démarche, disent-ils, n'eut pas un heureux succès: i elle fit fort mal sa cour en disant au roi que si son mari étoit criminel, ses crimes avoient été autori<-:- par Sa Majesté même. Pour surcroît de malheur, la Molière avoit amené avec elle le curé d'Auteuil pour rendre témoignage des bonnes mœurs du défunt, qui louoit une maison dans ce village. Ce curé, nu lieu de parler en faveur de Molière, entreprit mal à propos de se justifier lui-même d une accusation de jansénisme, dont il croyoit qu'on l'avoit chargé auprès de Sa Majesté. Ce contre-temps acheva de tout gâter : le roi les renvoya brusquement l'un et L'autre, en disant à In Molière que l'affaire dont elle lui parloit dépendoit du ministère de M. l'archevêque. ■ 8 que, malgré cet accueil défavorable, Louis XIV ait fait parvenir à L'archevêché un ordre d'accorder la sépulture chrétienne, soit que l'autorité ecclésiastique agît d'ellemême, In permission sollicitée fut enfin accordée, toutefois avec bien des restrictions. L'entrée de l'église était refusée au corps, et ! 3 pies devaient avoir lieu sans aucune

solennité religieuse et en dehors des heures réguliè Voici le texte de L'arrêté épiscopal :

Veu ladite requeste, ayant aucunement esgard aux preuverésultante? de L'enqueste faicte par mon ordonnance, mmavons permis, an sieur curé de Sainct-Eustache de donner la sépulture ecclésiastique au corps du défuncf Molière dans le

cimetière de la paroisse, à condition néantmoins que ce sera sans aucune pompe, et avecq deuxprestres seullernent et hors des heures du jour, et qu'il ne se fera aucun service solennel pour Luy, ny dans ladicte paroisse Saint-Eustache ny ailleurs. mesme dans aucune église des réguliers, et que nostre présente permission sera sans préjudice aux règles du rituel de nostre église, que nous voulons estre observées selon leur forme et

;r. Donné à Paris, ce vingtiesme febvrier mil six cent soixante-tr

Ainsi signé : Archevesque de Paris.

Et au-dessoubz :

Par Monseigneur : Morange. avecq paraphe. Collationné en son original en papier, ce faict, rendu par

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