CHAPITRE XVII 33i
existe entre cette affaire et un procès fameux qui eut lieu cent dix ans plus tard.
L'aventure arrivée à la veuve de Molière fournit à un auteur dont on ignore le nom le sujet d'une pièce intitulée la Fausse Clèlie, qui ne fut pas représentée. Thomas Corneille y fit allusion dans V Inconnu (25 nov. 1675). Dans cette pièce, une bohémienne, disant la bonne aventure à la comtesse (acte III, scène vi), lui adresse les vers suivants :
Cette ligne qui croise avec celle de vie Marque pour votre gloire un moment très fatal : Sur des traits ressemblants on en parlera mal, Et vous aurez une copie....
N'en prenez pas trop de chagrin :
Si votre gaillarde figure Contre vous quelque temps cause un fâcheux murmure, Un tour de ville y mettra fin, Et vous rirez de l'aventure.
C'était Mlle Molière qui remplissait le rôle de la comtesse.
Le dernier jour de mai 1677, c'est-à-dire moins de deux années après cet esclandre, Armande Béjart épousa « à la Sainte-Chapelle basse de Paris (1) » François Guérin du Tricher ou d'Estriché, comme elle comédien; et elle en eut, en 1678, un fils qui fut nommé Nicolas-Armand-Martial Guérin.
Armande Béjart, qui n'était plus Mlle Molière, mais Mlle Guérin, eut encore de brillants succès au théâtre, ainsi que le constate notamment l'auteur des Entretiens galants à la date de 1681. Elle restait inimitable dans les pièces de son premier mari. Elle prit sa retraite avec une pension de mille livres, le 14 octobre 1694. Dès 1688, l'auteur de la Fameuse Comédienne convient qu'elle était tout entière attachée à son ménag'e, et les auteurs de Y Histoire du Théâtre françois ajoutent que , retirée habituellement dans sa maison de Meudon, elle y menait une vie exemplaire. Il n'entre nullement dans notre intention de tenter une réhabilitation d'Armande Béjart, mais nous n'avons
(1) Registre de La Grange.
pas jugé à propos de suivre pas à pas l'auteur d'un roman graveleux avec autant de complaisance et de zèle que l'ont fait la plupart des biographes de Molière, sans songer qu'à force d'avilir la femme ils pourraient avilir aussi le mari. Elle mourut le 30 novembre de l'année 1700, âgée de cinquante-cinq ans, d'après l'acte de décès (1). Les documents retrouvés par M. E. Soulié prouvent qu'elle avait un peu plus : cinquante-sept ou cinquante -huit ans. Son fils Nicolas Guérin mourut en 1707 ou 1708, sans laisser d'enfants d'une demoiselle Guignard qu'il avait épousée.
La fille de Molièr . Madeleine Poquelin, était, au témoi- Giz< ron-Rival, grande, bien faite, peujolie, mais I 'faut par beaucoup d'esprit. « Elle fait rrimarest, par l'arrangement de sa ! par la solidité et l'agrément de sa conversalie a moins hérité des biens de son père que de - - bonnes qualités. » Elle exigea, à sa majorité, des comptes de tutelle qui lui furent rendus le 9 mars 1691, et qui soulevèrent des contestations entre elle et les époux Guérin. Ces contestations ne furent apaisées que deux ans plus tard, le 26 septembre 1693. Elle se maria le 29 juillet 1705, à l'âge de quarante ans. avec Claude de Rachel, écuyer. sieur de Montaiant. âgé de cinquanteneuf ans. M. de Montaiant était d'une bonne famille, mais pauvre : d'après le témoignage de Titon du Tillet, il avait [uelque temps organiste de la paroisse Saint-André des Arcs: il n'apportait en mariage que cinq cent livres de rente viagère, tandis que l'apport de Madeleine Poquelin est évalué ;'i près de soixante-six mille livrer « C'était, dit M. Soulié. dont les découvertes ont jeté un
i Voici cet acte de décès, inscrit aux registres des convois de la paroisse de Saint-Sulpice. pour l'année 1700, f° 41 :
'• Ledit jour, 2 décembre 1706, a été fait le convoi, service et enterrement de damoiselle Armande-Grezinde-Cllaire-Élisabeth Béjart, femme de M. Fn.nçois-Isoac Guérin. officier du roi, âgée de cinquante-cinq ans. dé' édée le dernier iour de novembre de la présente année dans •sa maison, rue de Touraine. E: ont assisté audit convoi, service et ente reme,t. Nicolas Guérin. fils de ladite défunte; François Mignot, neveu de ladite défunte, et M. Jacques Raisin, officier du roi et ami de ladite défunte, qui ont signé, Guérin, François Mignot et Jacques Raisin. »