MADEMOISELLE DEBRIE
Catherine Leclerc, qui fut plus tard Mlle Debrie, apparaît dans la vie de Molière pour la première fois à Narbonne en janvier 1650, c'est-à-dire bien antérieurement à l'époque où on la faisait ordinairement entrer dans la troupe à Lyon. Elle figure en qualité de marraine avec Molière et Dufresne dans un acte de baptême, et y est appelée Catherine du Rosé. Elle prit une autre fois ce nom de Catherine du Rosé dans un autre acte de baptême, où elle figure également comme marraine avec Molière, à Paris, le 10 septembre 1669. Ce sont les seules circonstances que nous connaissions où elle ait pris ce nom du Rosé ou du Roset, qui n'était sans doute qu'un nom de guerre ou de comédie. En toutes les autres, elle signe simplement Catherine Leclerc. Sa mère s'appelait Nicolle Ravanne; remariée à Jean Brouart, un des vingt-quatre violons du roi, Nicolle Ravanne eut une autre fille, Jeanne-Françoise Brouart, qui épousa, le 23 avril 1672, Jean Baraillon, tailleur ordinaire des ballets du roi, souvent mentionné sur le registre de La Grange. If. Jal a constaté que M1,e Debrie donna le jour h deux enfants : elle eut une fille le 9 novembre 1659; cette fille fut baptisée le 10 et nommée Catherine-Nicolle ; le parrain fut le peintre Etienne Villequin, la marraine Nicolle Ravanne. Ce fut bien justement que la mère dut être remise pour jouer dans les Précieuses ridicules, le 18 novembre. Elle eut un fils, Jean-Baptiste Villequin dont on n'a que l'acte de mariage du 3 avril 1691; il épousa « Madeleine Jacob, fille du défunt maître Antoine Jacob, vivant avocat en parlement, et de Marie-Marguerite de Soûlas i, et ne parait pas avoir été comédien.
La date du mariage de Catherine Locler^ est inconnue, ainsi que celle de sa naissance. Nous avons dit (1) le rôle
(i) Voyez page 9G.
que le roman fait jouer à M"- Debrie dans les amours de
M Elle prit une grande part à toutes les créations du poète corn iquPe ainsi%lle fut l'Isabelle de VEcoleJes Uar», P ZTs de VÉeole des Femmes, l'Eliante du M^ntkrope Eflf remplit le rôle d'Agnès avec une rare perfection, et 11! 11 dans faire le plus avancé. « Quelques années nvan "aTe raitë du théàtre'dit une note de M . du Tralage 1 1 ,, Tes camarades l'engagèrent à céder son rôle d Agnes a Mu- Du Croisy et cette dernière s'étant présentée pour Ser tout le parterre demanda si hautement M»« Debrie au'on fut force de l'aller chercher chez elle, etonl obligea de iouer dans sou habit de ville. On peut juger des acclamations qu'elle reçut: et ainsi elle garda le rôle d Agnes ïiic/ni'à ce auelle quittât le théâtre. » . . , .,
J Tsemble constant que M- Debrie était bien faite e ioHe et conserva longtemps un air de jeunesse Si elle neùt é é nu un squelette, comme Grimarest le prétend, on n'eu pasté adresser dans sa vieillesse des vers comme
ceux-ci
Il faut qu'elle ait été charmante Puisque aujourd'hui, malgré ses an?.
A peine des charmes naissant?
Égalent sa beauté mourante :
Elle était d'un caractère doux, conciliant, paisible comme on en peut juger par les rôles mêmes que Molière lui aUribua C'est d'elle que veut parler Grimarest dans sa *W M oli>re. lorsqu'il dit : « La... l'amuso.t quand il ne travaillmt pas Un de ses amis qui étoit surpris qu un lomme aussi délicat que Molière eût s, mal place son incÛnatmn voulut le dégoûter de cette comédienne. "È - e la vertu, la beauté ou l'esprit, lui dit->l, qu, vous « Tont aimer cette femme-là? Vous savez que La Barre et « Florimont sont de ses amis ; qu'elle n'est point belle; que
^Recueillie parles frère, Parfait, daus UN*f* THUtr, f,inçoU,
'""pe^tfdefe^édiennes de MM de Guéuégaud, a ta suite de la Fameuse Comédienne.
« c'est un vrai squelette; et qu'elle n'a pas le sens commun. — « Je sais tout cela, monsieur, lui répondit Molière; mais « je suis accoutumé à ses défauts, et il faudroit que je c prisse trop sur moi pour m'accommoder aux imperfec- « tions d'une autre ; je n'en ai ni le temps ni la patience. »
On ne sait trop à quoi s'en tenir sur toutes ces anecdotes, qui nous apportent comme un écho des bruits des coulisses du temps.
Mlle Debrie prit sa retraite et fut mise à la pension le 14 avril 1685. Selon Lemazurier, elle mourut le 19 novembre 1706; mais on n'a point son acte de décès.