MADEMOISELLE BEAUVAL
Jeanne-Olivier Bourguignon était née en Hollande vers 1649. Actrice de la troupe de campagne dans laquelle Beauval remplissait les modestes fonctions de moucheur de chandelles, elle épousa celui-ci de haute lutte. Ils étaient à Lyon, en 1669. quand elle jeta son dévolu sur ce mari débonnaire. Les frères Parfait itome XIVi racontent ainsi les circonstances de son mariage : le directeur de la troupe obtint de l'archevêque un arrêté défendant à tous les curés de son diocèse d'unir les deux sujets dont il s'agit. Mlle Bourguigon se rendit un dimanche à sa paroisse avec Beauval, qu'elle fit cacher sous la chaire où le cure faisait le prône. Quand ce dernier eut fini, elle se leva et déclara qu'en présence de l'Église et des assistants elle prenait Beauval pour son légitime époux. Beauval alors se montra, fit une déclaration analogue, et par suite de cet éclat, on fut obligé de les marier. M. Brouchoud n'a rien trouvé qui confirmât ces piquants détails. « Il n'existe aucune trace de leur union, dit-il, dans les diverses paroisses de notre ville, et rien ne révèle L'intervention attribuée à l'archevêché •, intervention qui, ajouterons-nous, n'est pas très vraisemblable.
Voici la lettre de cachet par laquelle cette actrice fut appelée à Paris :
A Saint-Germain-en-Laye. le xxxie juillet L670. — B. M. voulant toujours entretenir les troupes de ses comédiens complètes, et pour cet effet appeler les meilleurs des provinces, pour son divertissement; et étant informée que la nommée de Beauval. l'une des actrices de la troupe des comédiens qui est présentement à Màcon, a toutes les qualités
requises pour mériter une place dans la troupe de ses comédiens qui représentent dans la salle de son Palais-Royal, Sadite Majesté mande et ordonne à ladite Beauval et à son mari de se rendre incessamment à la suite de sa cour pour recevoir ses ordres. Veut et entend que les comédiens de ladite troupe qui est présentement à Mâcon aient à les laisser sûrement et librement partir sans leur donner aucun trouble ni empêchement, nonobstant toutes conventions, contrats et traités avec clauses de dédit, qu'ils pourroient avoir faits ensemble, dont, attendu qu'il s'agit de la satisfaction et du service de S. M., Elle les a relevés et dispensés. Enjoint à tous ses officiers et sujets qu'il appartiendra, de tenir la main à l'exécution du présent ordre. Signé : LOUIS. Et plus bas :