COLBERT
Mlle Beauval entra dans la troupe de Molière quelque peu avant les représentations du Bourgeois gentilhomme. Robinet, dans sa lettre du 27 septembre 1670. dit que sur la scène du Palais-Roval :
On voit depuis peu la Beauval, Actrice d'un rare mérite, Qui de bonne grâce récite Ainsi qu'avecque jugement.
Et qui. bref, en est l'ornement.
Le Bourgeois gentilhomme fut joué à Chambord le 13 octobre suivant. M1,e Beauval fut chargée du rôle de la servante Nicole.
Le roi, à qui elle n'avait pas eu à première vue le bonheur de plaire, s'en expliqua à Molière et ajouta qu'il fallait donner le rôle à une autre actrice. Molière représenta respectueusement au roi qu'il était impossible qu'une autre personne pût apprendre ce rôle dans un temps si court; de sorte que M1,e Beauval joua le personnage que Molière avait fait pour elle, et le joua si excellemment qu'après la pièce le roi dit à Molière : « Je reçois votre actrice. »
M,le Beauval continua à jouer avec applaudissements
(1) Depping, Correspondance administrative sons Louis XIV, tome IV, page 571.
les soubrettes dans la comédie et les reines-mères dans le tragique. Elle était très exacte à remplir son service : elle ne s'absentait que pour faire ses couches, qui furent nombreuses, mais beaucoup moins qu'on ne l'a dit. L'auteur du Dictionnaire critique n'en a constaté que dix ou douze.
Elle mourut le 20 mars 1720, âgée d'environ soixantedix ans.
Tel est le groupe d'acteurs et d'actrices dont Segrais a dit : « On a vu. grâces à Molière, ce qui ne s'étoit pas encore vu et ce qui ne se verra jamais : c'est une troupe de comédiens formés de sa main, dont il étoil l'àme et qui ne peut avoir de pareille. C'est une des particularités remarquables du siècle dont nous allons sortir (1). > Associés à l'œuvre de Molière, il est juste qu'ils restent jusqu'à un certain point associés à sa renommée,