‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 37 sur 221 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

par le dépit, ou flattée par la renommée croissante que Molière acquérait, Mlle Duparc se repentit de ses dédains; elle chercha à regagner par ses coquetteries le cœur qu'elle avait rebuté; mais Molière ne répondit à ses tardives avances que comme Clitandre répond à Armande dans les Femmes savantes (1). Tel est le récit que nous trouvons dans les premières pages de l'histoire de la Fameuse Comédienne. Que les détails soient plus ou moins véridiques, il est du moins permis d'inférer de ce récit que cette époque fut en effet pour Molière un moment d'émotions et de contrariétés amoureuses. Cet état de son âme se refléta dans la pièce nouvelle qu'il écrivit, et lui fournit les traits d'une peinture charmante , dont les Italiens ni même les anciens n'auraient pu lui offrir de modèle. Il eut une vue soudaine et claire de la vraie comédie.

Messieurs des Etats se montrèrent peu sensibles à la bonne fortune que le poète leur avait ménagée. Le procèsverbal de la séance du 16 décembre 1656, contient le paragraphe suivant : « Sur les plaintes qui ont esté portées aux estats par plusieurs depputez de l'Assemblée, que la trouppe des comédiens quy est dans la ville de Béziers faict distribuer plusieurs billets aux depputez de cette compaignie pour les faire entrer à la comédie sans rien payer, dans l'espérance de retirer quelque grattification : a esté arresté qu'il sera nottifié par Loyseau, archer des gardes du Roy en la prévosté de l'hostel, de retirer les billets qu'ils ont distribué et de faire payer, si bon leur semble, les depputez quy yront à la comédie, l'Assemblée ayant résolu et arresté qu'il n'y sera faict aulcune considération, et deffendu par exprès à Messieurs du bureau des comptes de directement ny indirectement leur accorder aulcunes sommes, ny au trésorier de la bource de les payer, à peine de pure perte et d'en respondre en son propre et privé nom. »

Les billets de théâtre qui provoquèrent cette délibération avaient-ils été distribués pour la première représentation du Dépit amoureux? En ce cas, la décision aurait pré-

(1) Acte Ier, scène n.

y» VIE DE MOLIERE

cédé de deux ou trois jours, selon toute apparence, la représentation de cette pièce. Les états n'ont pas dû attendre à la dernière heure pour leur déclaration. La représentation pourrait donc être fixée vers le 19 ou 21 décembre. Mais peut-être est-ce tirer de l'acte des états une conclusion qu'il ne comporte point. On peut se tenir pour satisfait de savoir positivement que la seconde comédie de Molière parut d'abord à Béziers dans les six dernières semaines de l'année 1656; il n'y a point grand intérêt à préciser davantage.

Joseph Béjart avait fait un supplément à son Recueil généalogique, il en fit hommage aux états. Ceux-ci furent moins gracieux que MM. du bureau des comptes ne l'avaient été l'année précédente. C'est le 16 avril que lui fut votée une allocation de cinq cents livres, accompagnée d'une invitation à n'y plus revenir; le procès-verbal dit : c A esté accordé au sieur Béjard la somme de cinq cents livres, pour un livre qu'il a faict des qualités, armes et blazons de messeigneurs les prelatz et de messeigneurs les barons quy composent ceste assemblée, et a esté arresté qu'à l'advenir il ne serait faict aulcune considération sur aulcun livre qu'il pourra présenter aux estatz, s'il n'a receu ordre exprès de l'assemblée de le composer. »

Si l'on en croit un passage des Aventures de Dassoucy (Paris, 1679, in-12), la troupe aurait encore reçu, à Béziers, la visite du musicien. Le musicien, dans ses Aventures d'Italie, parle d'une chanson qu'il fit chanter devant Madame Royale, Christine, sœur de Louis XIII et veuve de Victor-Amédée, chanson en deux couplets, dont voici le premier :

Loin de moi, loin de moi. tristesse,

Sanglots, larmes, soupirs;

Je revois la princesse

Qui fait tous mes désirs :

O célestes plaisirs.

Doux transports d'allégress

Viens, mort, quand tu voudras,

Me donner le trépas.

J'ai revu ma prince^t-:

Et, après avoir transcrit le second couplet, que nous

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